Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Du bon usage de l’achat local

CHRONIQUE / La sécurité et la qualité des produits des PME et des artisans du Québec font partie des éléments qui ont été mis en valeur par la COVID-19. Paradoxe de la crise qui plombe l’économie traditionnelle, plusieurs petites entreprises ont vu leur chiffre d’affaires et leur notoriété augmenter dans les derniers mois grâce à la promotion de l’achat local.

On a bien sûr lancé le Panier Bleu (https://lepanierbleu.ca/) pour faire la liste des produits et fournisseurs québécois, mais bien avant, des initiatives comme la Zone boréale (https://zoneboreale.com) s’activaient à faire connaître les producteurs de la filière agroalimentaire de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ce n’est pas qu’une bonne nouvelle économique, car la promotion des circuits courts amène de multiples bénéfices en termes de développement durable (DD). Mais cela survivra-t-il au déconfinement?

Le DD interpelle six dimensions : sociale, culturelle, économique, écologique, éthique et de gouvernance, selon le modèle développé par la Chaire en éco-conseil (http://ecoconseil.uqac.ca). Il se décline en objectifs, mais relève d’une démarche intégrée qui reconnaît l’interaction entre les objectifs, les moyens et les parties prenantes. Il permet de comptabiliser les bénéfices de l’activité humaine sur bien des plans autres que financiers. Voyons un peu comment les circuits courts et l’achat de produits québécois peuvent contribuer au DD.

Sur le plan économique, plusieurs diront que le produit local revient plus cher au consommateur, mais il faut creuser la question plus en profondeur pour voir qu’il n’en est rien. Lorsqu’un commerçant vous offre un produit, le prix regroupe l’ensemble des composantes qui ont permis de l’amener sur la tablette, de l’extraction des ressources à la transformation, aux emballages et au transport avec les profits de chacun des intermédiaires, peu importe où ils sont sur la planète. Il y a donc nécessairement une partie, souvent majeure, du prix payé par le consommateur qui échappe à l’économie locale. Comparons une tomate importée du Mexique et une tomate biologique locale : à part peut-être le coût des semences, toute la valeur ajoutée de la seconde reste au Québec et est sujette à des prélèvements fiscaux. Seuls le profit du détaillant et le salaire de ses employés restent dans notre économie pour la tomate du Mexique. C’est la même chose pour les meubles, les fromages, les vélos…

Donc, la valeur ajoutée pour l’économie du circuit court procure des moyens d’existence à nos concitoyens et des revenus à l’État. Cet argent permettra de rendre des services sociaux importants comme la santé et l’éducation, la sécurité publique, etc. En termes de gouvernance, l’achat local donne aussi des garanties puisque nous bénéficions de lois qui assurent la santé et la sécurité au travail, par exemple. Il est beaucoup plus difficile d’exploiter des immigrants illégaux ou des enfants au Québec qu’aux États-Unis ou en Amérique du Sud, sans parler de l’Asie. L’éthique du consommateur ne s’en porte que mieux. L’ensemble de ces bénéfices vaut bien la différence de prix.

Pour l’aspect culturel, l’achat local met en valeur les savoir-faire de nos artisans et soutient la vitalité culturelle des régions. En affichant fièrement leurs produits issus du terroir ou de l’innovation, les PME, les coopératives et les petits producteurs favorisent l’émergence d’un sentiment d’appartenance et de solidarité et bien sûr cela attire le tourisme.

Je n’ai pas parlé encore d’environnement parce que le DD c’est beaucoup plus large que l’environnement, mais surtout parce qu’il y a beaucoup à dire et quelques surprises à la clé. Je réserve cela pour la prochaine chronique.

J’espère vous avoir déjà ouvert des perspectives sur une nouvelle façon de voir l’achat local, au-delà des slogans et des modes. Si ce n’est qu’une mode, ça passera, si c’est un mode de pensée, ça durera!