Claude Villeneuve

Choisir le développement durable

CHRONIQUE / Cette chronique complète une série de quatre. Nous y avons décrit un ensemble d’avantages en termes de développement durable de faire affaire avec les gens d’ici.

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Parmi les changements qu’on a observés durant la crise de la COVID-19 figure un certain engouement pour l’achat local. À la suite d’un appel à la solidarité du premier ministre du Québec, l’initiative du Panier bleu a été mise en ligne pour identifier des entreprises locales, mais pour le moment, il s’agit plus ou moins d’un bottin sans lignes directrices. Les fiches des commerces comportent peu ou pas d’informations autres que l’adresse physique et les coordonnées électroniques. Peut-on aller plus loin pour maximiser l’impact positif de l’achat local?

Les règles de base de l’économie consistent à apparier l’offre et la demande. Pour cela, il faut que le consommateur trouve les produits qui répondent à ses besoins auprès d’un fournisseur qui peut lui offrir en temps utile et au prix qui lui convient. Autrefois essentiellement locales, les chaînes de valeur se sont étendues à l’échelle mondiale et aujourd’hui, nous sommes dépendants d’un approvisionnement de marchandises dont il est bien difficile de retracer l’origine et encore plus d’évaluer les impacts environnementaux.

Comme nous l’avons vu, en choisissant des chaînes courtes reliant plus directement le producteur et le consommateur, on maximise les retombées économiques pour le Québec, mais on note aussi des impacts positifs en termes de culture et d’environnement. Par l’intermédiaire de la fiscalité, l’achat local génère aussi des retombées sociales, éthiques et de gouvernance qui couvrent l’ensemble des dimensions du développement durable. Il reste toutefois que les chaînes courtes et l’achat local ne donnent pas nécessairement le signal du prix le plus bas. C’est là que le bât blesse.

Le consommateur, s’il est mal informé des bénéfices qu’apporte le développement durable pour le Québec, fera le plus souvent un choix motivé seulement par le prix. Il faut donc mettre en valeur ces retombées et les bonnes pratiques de nos entreprises pour que les valeurs autres que l’argent favorisent le choix des produits locaux. C’est là que le Panier bleu pourrait être réellement innovant au-delà de la crise actuelle.

Les PME du Québec disposent de nombreux outils pour leur permettre d’améliorer leurs performances en termes de développement durable. Par exemple, le Centre québécois de développement durable offre des ateliers spécifiques sur ce thème. Plusieurs SADC et CAE offrent aussi des services et du financement pour favoriser l’implantation de bonnes pratiques de développement durable dans les PME et les communautés. Voir par exemple l'exemple suivant. Recyc-Québec offre du soutien pour favoriser une meilleure gestion des matières résiduelles et la mise en place de symbioses industrielles. Notons aussi le Fonds Écoleader.

C’est sans compter les détaillants, les distributeurs et autres entreprises qui ont volontairement mis en place des outils pour réduire leur empreinte écologique et maximiser leurs retombées sociales. Ces efforts mériteraient d’être connus des consommateurs et mis en valeur. Si cela était mieux connu, on pourrait consciemment choisir le développement durable dans tous nos achats locaux.

Si les fiches des entreprises inscrites sur le Panier bleu permettaient de documenter la contribution des entreprises au développement durable, on pourrait atteindre plusieurs cibles en même temps : informer les consommateurs, créer une émulation entre les entreprises, faire connaître la réelle portée du développement durable et générer un maximum de retombées positives de notre consommation de biens et de services sur le territoire québécois. Pensez-y bien…