Biomasse et climat: une percée

CHRONIQUE / Le 7 février dernier, la centrale thermique de Drax en Grande-Bretagne a testé pour la première fois son unité de captage de CO2. Malgré ses résultats très modestes, l’unité ne captant qu’une tonne de gaz carbonique par jour, cette initiative ouvre néanmoins de nouvelles perspectives pour la lutte aux changements climatiques. En effet, la centrale de Drax introduit depuis 2016 une portion croissante de biomasse forestière pour la substituer au charbon comme combustible. La biomasse qu’on brûle émet du CO2, mais celui-ci n’est pas comptabilisé comme facteur de changement climatique si le territoire d’où il provient conserve sa vocation forestière. Les arbres qui poussent captent en effet une quantité de ce gaz équivalente à celle qui provient de la combustion.

En captant du CO2 issu de la combustion de la biomasse pour le séquestrer dans des formations géologiques ou pour l’utiliser à d’autres usages comme la gazéification de bière ou la croissance de légumes en serre, on obtient un avantage pour la lutte aux changements climatiques. D’ailleurs, le dernier rapport du GIEC sur la stabilisation du climat à 1,5 °C considère que le captage et le stockage de CO2 issu de la biomasse énergétique (BECCS) est l’une des mesures dites « à émissions négatives » qui devrait être rapidement déployée pour stabiliser le climat. Les experts estiment que la BECCS devrait retirer de l’atmosphère une quinzaine de millions de tonnes de CO2 par année en 2030. On en est encore loin !

En revanche, cette technologie offre des perspectives intéressantes pour les régions forestières du Québec. Par exemple, à Saint-Félicien, les Serres Toundra vont utiliser le CO2 de la chaudière de l’usine de pâte Résolu située à proximité pour remplacer le gaz naturel de manière à favoriser la production de concombres. L’entreprise Barrette-Chapais est devenue la première scierie au Canada à installer un complexe intégré de production de granules de biomasse forestière, « Granules 777 », qui devrait commencer à exporter au mois de juillet 2019 grâce à de nouvelles installations portuaires situées au port de Grande-Anse au Saguenay. L’usine produira 200 000 tonnes de granules par année.

Drax est la centrale électrique la plus puissante du Royaume-Uni avec 4000 MW, ce qui représente 70 % de la plus grande centrale d’Hydro-Québec. Pour alimenter trois de ses six chaudières, Drax Power consomme déjà 7 millions de tonnes de briquettes de bois importées de Louisiane. C’est plus que tout le bois récolté dans les forêts britanniques chaque année. Quant au potentiel des résidus forestiers du Québec, il est actuellement sous-utilisé. Il est toutefois légitime de se questionner si la demande mondiale pour la biomasse forestière ne deviendra pas un facteur de déforestation dans certains pays, auquel cas le bénéfice climatique serait perdu. Mais on peut penser à d’autres sources de biomasse comme la paille ou d’autres résidus agricoles. Certains proposent aussi de faire de la ligniculture d’espèces à croissance rapide pour des fins énergétiques.

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Pour réellement bénéficier à la lutte aux changements climatiques, il faudra que les centrales utilisant la biomasse résiduelle puissent enfouir de manière durable le CO2 qu’elles captent. Pour le moment, le projet pilote de Drax laisse échapper le gaz capté qu’il ne peut ni vendre ni pomper dans une formation géologique.

Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, la lutte aux changements climatiques ouvre la porte à une nouvelle économie. Il faudra toutefois développer les compétences appropriées, soutenir l’innovation technologique, imposer un prix dissuasif aux émissions de carbone fossile par la fiscalité ou les mécanismes de marché. Le défi de stabiliser le climat est probablement le plus important de ceux que devra relever l’humanité au 21e siècle. On ne peut pas se permettre de prendre du retard en ce domaine.