Agriculture bio: meilleure pour les abeilles

CHRONIQUE / Les impacts de l’agriculture conventionnelle sur les insectes pollinisateurs sont un sujet de préoccupation depuis plusieurs années. L’utilisation des herbicides et des insecticides à large spectre affectent aussi les insectes bénéfiques. Les insecticides les empoisonnent par l’alimentation ou par l’eau qu’ils contaminent. Les herbicides réduisent la diversité des fleurs qu’ils peuvent butiner. Or, la pollinisation est un facteur important pour la production agricole de fruits et de graines. Les producteurs le savent et font régulièrement appel aux apiculteurs pour s’assurer de meilleures récoltes.

La supériorité de l’agriculture biologique dans le maintien de la biodiversité n’est plus à démontrer. En bannissant les pesticides de synthèse, en protégeant les sols par des pratiques de fertilisation organique et en favorisant les synergies entre les plantes, les producteurs bio permettent à plus d’espèces végétales et animales de coexister. Plusieurs études ont démontré les bénéfices de ce type de culture sur les pollinisateurs sauvages, mais qu’en est-il des abeilles domestiques qui produisent le miel ?

Plusieurs apiculteurs transportent leurs ruches d’une région à l’autre et d’une culture à l’autre pour profiter des abondantes floraisons des cultures conventionnelles. Comme toutes les cultures ne fleurissent pas en même temps, cela permet aux abeilles de profiter de l’abondance tout au long de l’été. Au bout du compte, tout le monde est gagnant ? Pas si sûr, si on en croit une étude publiée le 26 juin dans Applied Ecology.

L’étude réalisée par des chercheurs français s’est réalisée sur six saisons, de 2012 à 2017, et comparait la performance de 180 ruches situées dans une zone d’agriculture biologique et dans des champs de colza cultivés de manière conventionnelle. Le colza est très rare en agriculture biologique, mais il s’agit d’une des fleurs mellifères préférées des abeilles. Les chercheurs s’attendaient donc à voir un avantage pour les abeilles qui avaient accès au colza pendant sa période de floraison.

Surprise… Si, en période de floraison du colza, il n’y a aucune différence entre les deux types de culture, tant pour le couvain, pour le nombre d’adultes que pour la production de miel, il en va tout autrement le reste de l’été. Un net avantage au bio apparaît en particulier lors de la période de disette alimentaire de fin de printemps séparant les floraisons du colza et du tournesol. Les ruches en milieu bio montrent une performance supérieure de 20 % pour le nombre d’adultes, de 37 % pour le couvain et de 53 % pour la production de miel.

Les chercheurs expliquent ces résultats par le paysage florifère plus riche et la diversité des territoires en régie biologique. Les ouvrières peuvent tirer leur épingle du jeu en butinant à tous les râteliers ! Par ailleurs, même si les abeilles en territoire bio ont sept fois moins accès aux fleurs de colza que leurs congénères, elles sont beaucoup moins exposées aux pesticides. Cela se traduit au bout du compte par des ruches plus en santé et plus productives.

Voilà un avantage de plus pour l’idée de faire toujours plus de surfaces en régie biologique. Mais de manière plus pragmatique, pour les propriétaires de terrains dans les villes et les banlieues, cela milite aussi pour favoriser la biodiversité des gazons, des haies et des platebandes, en utilisant une plus grande variété de plantes qui fleurissent tout au long de l’été et, surtout, en bannissant les herbicides et les pesticides.

Je pense ici à l’humble pissenlit que certains combattent à grands coups de chimie sans espoir d’en jamais venir à bout. C’est la première floraison mellifère importante au printemps et les abeilles en profitent à plein au sortir de leur jeûne hivernal. Donnez un petit coup de pouce à la nature. Elle vous permettra de vous sucrer le bec !

Opinions

Innover avec l’écologie

CHRONIQUE / L’écologie industrielle est un mode de pensée inspiré du développement durable. Dans les écosystèmes, les éléments sont recyclés localement alors que l’énergie et les matériaux sont consommés par les relations alimentaires entre les organismes vivants qui se partagent l’espace.

Par analogie, un parc d’entreprises qui sont situées à proximité les unes des autres et qui coopèrent dans la transformation d’une même ressource pour en tirer plus de produits et de services font partie d’un même écosystème industriel. 

On pourrait aller loin. En Islande, par exemple, où le volcanisme permet de capter de l’eau souterraine très chaude, une centrale géothermique qui produirait de l’électricité et de l’eau chaude pourrait alimenter un parc d’entreprises comprenant un complexe de serres, une pisciculture, une conserverie et créer ainsi un pôle bioalimentaire qui utilise l’énergie et les matériaux en s’alimentant les unes les autres et en recyclant sur place un maximum de matériel. Plus près de nous, on peut citer l’exemple de la scierie de La Doré qui valorise la totalité des grumes de bois en alimentant d’autres entreprises de la région.

Claude Villeneuve

L’idée est belle, mais…

CHRONIQUE / L’urgence climatique nous force à penser autrement notre développement. En effet, malgré les « efforts » déployés depuis 1990 pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), elles ont augmenté de 40 % et continuent de croître encore cette année. L’automne dernier, le GIEC publiait un rapport qui concluait qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température globale de la planète à 1,5 degré à la fin du siècle, mais pour y arriver, il faudra avoir réduit les émissions de 45 % en 2030 et devenir carboneutres en 2050. Méchant retournement !

Alors, quoi faire ? Pour viser les émissions zéro en 2050, il faut se lever de bonne heure ! Mais pourquoi pas rendre carboneutre toute nouvelle source d’émissions ? Toute nouvelle usine, toute nouvelle centrale électrique, mais aussi toute nouvelle auto, toute nouvelle bicyclette, tout nouveau tuyau de PVC sera dorénavant carboneutre ! L’idée est belle.

Environnement

Le choix du boeuf

CHRONIQUE / Les incendies qui ravagent la forêt amazonienne ont mobilisé l’attention internationale la semaine dernière. Et avec raison. L’immense forêt tropicale humide, principal réservoir de biodiversité des Amériques, comptait 41 000 foyers d’incendie contre 22 000 l’an dernier.

Contrairement à nos forêts boréales, dont les espèces sont bien adaptées à se régénérer après les incendies, les espèces tropicales ont peine à reprendre leur place après une conflagration. Les terrains qui résultent des incendies sont beaucoup plus pauvres et se régénèrent au mieux en herbacées. C’est d’ailleurs ce qui permet de les cultiver pendant quelques années ou d’y installer des pâturages pour l’élevage du bétail.

Opinions

Une pollution inutile!

CHRONIQUE / La chose est populaire. Trop facile peut-être ? Le service à l’auto dans les chaînes de restauration rapide est en tout cas un symptôme de l’incurie de certains de nos contemporains pour l’environnement. Et cette incurie est érigée en habitude. « Tout le monde le fait, fais-le donc ! » disait la publicité. Quel plaisir de vivre en troupeau tout en pensant être libre !

Les chaînes de restauration rapide sont un phénomène dont l’origine date de l’après-guerre aux États-Unis. Étroitement associé avec la démocratisation de l’automobile et l’expansion fulgurante des banlieues, le modèle économique qui a permis leur expansion est le plus énergivore et le plus gaspilleur de ressources qui ait jamais été inventé par les humains. Le service à l’auto est la partie visible de l’iceberg, mais l’ensemble de l’œuvre consomme énormément d’énergie et gaspille des ressources tout au long de la chaîne, de la production des aliments jusqu’à la disposition des déchets, dont la majorité ne sont pas recyclables. 

Cela pourrait faire l’objet de plusieurs chroniques. Mais revenons au service à l’auto. Plusieurs personnes m’ont posé des questions à cet égard cet été, surpris par les files de voitures qui attendaient pour recevoir leur commande en laissant tourner leur moteur.

Opinions

Une belle démonstration

CHRONIQUE / Les temps changent. Pour quelqu’un qui étudie les questions environnementales depuis plus de 40 ans, c’est l’évidence. Dans les années 1970, l’environnement était loin des préoccupations des citoyens et encore plus de celles de l’industrie. Il a fallu attendre 1980 pour que le Québec se dote d’un vrai ministère de l’Environnement. À l’époque, la majorité des entreprises rejetaient leurs déchets dans l’air et dans l’eau sans traitement et on trouve encore des sols contaminés par des années d’occupation industrielle. Bref, comme l’avait écrit Jean-Pierre Rogel, dans un livre publié chez Québec Science, éditeur en 1981, le Québec était un véritable paradis de la pollution.

À l’époque, l’industrie forestière ne laissait pas sa place. Au palmarès des pratiques courantes, on comptait le flottage du bois, le creusage des rivières, les rejets toxiques et les dépotoirs à écorces. La ressource était considérée comme infinie et l’efficacité était une vertu ignorée. Telle était la situation il y a quarante ans. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au début d’août, j’ai eu l’occasion de participer à une visite de terrain avec des acheteurs américains de produits forestiers québécois. Ils souhaitaient obtenir des réponses devant les affirmations de groupes écologistes qui accusent les forestiers québécois de gaspiller les ressources et de pratiquer la déforestation. Bien que je sois un observateur critique, j’ai eu de belles surprises.

Opinions

L’envers de l’assiette

CHRONIQUE / Samedi dernier, j’étais invité à un débat dans le cadre du congrès annuel de l’Association québécoise des distributeurs de fruits et légumes, à Québec. À cette occasion, on posait la question : « Quels seront les impacts de la recommandation de la plus récente édition du Guide alimentaire canadien de garnir de fruits et légumes la moitié de l’assiette ? » Dans une perspective de développement durable, c’est une question intéressante, car elle trouve des échos directs dans 15 de 17 objectifs de développement durable de l’agenda 2030 des Nations Unies.

L’alimentation est un besoin essentiel de tout organisme vivant. Les humains ne font pas exception, mais ils ajoutent une couche de complexité à la simple ingestion de calories. Nos choix alimentaires mettent à contribution les écosystèmes de la planète et justifient un système de production, de transformation et de distribution des denrées aussi diverses que les fruits et légumes bien sûr, mais aussi la viande de divers animaux, des poissons de toutes les mers, des céréales et des produits laitiers. Tout cela frais ou transformé au gré des cultures, des modes, des technologies et, plus généralement, des exigences des marchés et des réseaux de distribution.

Chroniques

Vers une agriculture urbaine

CHRONIQUE / L’humanité est urbanisée à plus de 50 % depuis 2008. Cette proportion devrait dépasser 75 % en 2050. Un peu partout, les villes s’accroissent en surface et les infrastructures pour les desservir, routes, aéroports, zones industrielles s’installent le plus souvent au détriment des terres agricoles. Comment peut-on dans cette conjoncture continuer à répondre à la demande pour des produits alimentaires frais s’il faut toujours aller plus loin pour trouver des terres ? Bien sûr, la logistique du transport et de la distribution permet à tout un chacun d’avoir la planète dans son assiette, mais cela se fait au détriment d’une empreinte écologique grandissante. Peut-on faire autrement ?

Depuis une vingtaine d’années, on voit de plus en plus de projets dans toutes les villes du monde pour réintégrer, à diverses échelles, une production d’aliments par ce qu’il est convenu d’appeler l’agriculture urbaine. Bien sûr, il ne s’agit pas de semer des céréales ou d’autres cultures extensives, mais bien d’utiliser les espaces disponibles pour faire une production intensive de légumes, de fruits ou de petits animaux comme les poules ou les lapins qui peuvent contribuer à nourrir la famille ou les marchés de proximité. Et les espaces ne manquent pas, de la cour arrière des maisons aux balcons, des toits aux usines désaffectées. On évalue que l’agriculture urbaine pourrait permettre de satisfaire de 3 à 15 % des besoins de la population d’une ville. C’est une contribution significative qui encourage les circuits courts et comporte de nombreux avantages en termes de développement durable.

Opinions

L’épreuve des faits

CHRONIQUE / C’est aujourd’hui ma 400e chronique publiée dans Le Quotidien depuis 2008. Avec le recul, cet exercice hebdomadaire m’a permis de vulgariser de nombreux sujets d’intérêt et les commentaires que je reçois des lectrices et des lecteurs sont la plupart du temps très positifs. Je voudrais vous remercier de votre fidélité. Le travail d’un universitaire n’est pas évalué sur ce genre de contribution, mais il me semble que c’est important de s’astreindre à cet exercice par respect du service public. Les sujets scientifiques sont quelquefois arides et il convient de les traiter avec respect et mesure, ce qui n’est pas toujours le cas dans les médias.

J’ai parlé très souvent des changements climatiques. C’est un sujet vaste que je fréquente depuis plus de 30 ans. Plusieurs de nos recherches ont contribué bien modestement à l’avancement des connaissances dans le domaine de la quantification des émissions de gaz à effet de serre (GES), du rôle de la forêt dans le phénomène, de la compensation carbonique et de l’adaptation aux nouveaux paramètres climatiques.

Chroniques

Le retour du condor californien

CHRONIQUE / Avec une envergure de trois mètres, le condor californien est le plus grand des oiseaux qui parcourent l’espace aérien nord-américain. L’espèce n’a aucun prédateur. Pourtant, en 1982, il ne restait plus que 22 individus vivants. Son épitaphe était déjà rédigée dans la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) où son statut est « pratiquement disparue » (critically endangered).

Les biologistes ont commencé à étudier le condor californien dans les années 1940, mais ils n’ont pu que constater son déclin sans trop comprendre par quel mécanisme disparaissait cet oiseau charognard. On en retrouve les traces fossiles il y a plus de 40 000 ans. À cette époque, il était associé aux mammouths et aux tigres à dents de sabre, une faune aujourd’hui disparue. Était-ce un déclin naturel ?

Claude Villeneuve

Le dilemme de la conservation

CHRONIQUE / Les plantes et les animaux vulnérables sont tributaires de certains habitats critiques. La biologie de la conservation postule que si l’on peut protéger l’habitat des dégradations occasionnées par une activité humaine, on devrait pouvoir maximiser les chances de maintenir des espèces et des populations en santé en protégeant leur habitat par des lois sévères qui limitent ces activités. L’habitat essentiel se définit quelques fois par des structures physiques, comme des îles pour la nidification des oiseaux marins, mais le plus souvent, c’est une combinaison de facteurs biologiques et physicochimiques qui définissent l’habitat et qui permettent aux espèces d’assurer leurs besoins essentiels, qui se résument à l’abri, l’alimentation et la reproduction.

L’été est à nouveau meurtrier pour les baleines noires de l’Atlantique. Cette espèce en voie de disparition, qui compte à peine 400 individus, vient d’obtenir une protection légale dans son habitat historique de la baie de Fundy. Malheureusement, elle n’y est plus. Depuis quelques années, elle se trouve de plus en plus souvent dans le golfe du Saint-Laurent, où s’est déplacée sa principale source d’alimentation. L’interférence de ces cétacés avec les activités de pêche et de transport maritime se traduit par une hécatombe. Ce sont des mammifères lents qui se nourrissent en surface. Résultat: elles sont heurtées par les grands navires lorsqu’elles croisent leur route ou s’empêtrent dans les câbles ou les filets des pêcheurs. En 2018, le gouvernement du Canada a tenté d’imposer des mesures de protection avec plus ou moins de succès. Bref, on a, après de décennies de travail et d’études scientifiques, établi une aire protégée là où il n’y a plus rien à protéger, et tout est à recommencer… Cela laisse songeur quant au dilemme de la protection des espèces menacées dans des espaces limités, dans un contexte de changements climatiques. C’est valable dans les océans comme sur les continents.

Claude Villeneuve

Dix milliards d’égaux

CHRONIQUE / L’augmentation de la population des humains sur la planète est un sujet de préoccupation pour plusieurs lecteurs de mes chroniques.

Évidemment, ils ont raison. Mais il faut voir plus loin que le simple nombre si on veut garder quelque raison d’espérer. Dans une perspective malthusienne, nous sommes condamnés à surexploiter les ressources jusqu’à la rupture des systèmes entretenant la vie. La catastrophe planétaire qui s’en suivra mathématiquement se traduira par l’effondrement des civilisations et par des épisodes de mortalité massive qui décimeront les humains en surnombre. 

La Nature, ou ce qui en reste, reprendra ses droits tant bien que mal, marquant ainsi la fin de l’ère qu’il est convenu d’appeler l’Anthropocène. Bienvenue à Hollywood !

Opinions

L’enjeu des grands vignobles

CHRONIQUE / Depuis le 19e siècle, la France a codifié un ensemble de cahiers de charges concernant les pratiques permises dans les territoires d’appellation d’origine contrôlée (AOC). Bien sûr, la provenance géographique est le premier critère. Même si on fait des mousseux dans plusieurs régions, il n’y a que de la région champenoise que peuvent provenir les Champagnes. De même, les variétés de vignes qui sont permises au sein d’une appellation et la quantité de raisins produite à l’hectare sont sévèrement réglementées. Pinot noir, Chardonnay et Aligoté sont les seuls cépages permis en Bourgogne pour porter l’appellation d’origine de cette région. C’est un système complexe qui vise avant tout à s’assurer de la qualité et de la typicité des vins.

Ce système a fait la réputation des vins français à l’échelle internationale, mais avec les changements climatiques, une réforme s’impose. En effet, si on peut cultiver du Cabernet Sauvignon et du Merlot en Australie, en Afrique du Sud, au Chili ou en Californie, il n’y a que dans la région de Bordeaux qu’on peut faire du Saint-Émilion. Les conditions climatiques particulières, la nature des sols et l’exposition des pentes sur chaque domaine donnent aux vins une personnalité propre. Le savoir-faire des viticulteurs fait le reste.

Claude Villeneuve

La course à la carboneutralité

CHRONIQUE / Les changements climatiques sont causés par un ensemble d’activités humaines qui changent la composition de l’atmosphère en y ajoutant plus de gaz à effet de serre (GES) que les écosystèmes n’arrivent à en recycler.

En raison de leur consommation d’énergie, toutes les activités humaines contribuent peu ou prou aux changements climatiques. En effet, plus de 80 % de l’énergie primaire utilisée sur la planète est d’origine fossile et il faut brûler les carburants à base de carbone pour produire de l’électricité, de la chaleur ou du mouvement. Cette combustion produit du dioxyde de carbone (CO2), qui est le principal GES. 

Mais le CO2 est une molécule indispensable à la vie qui est captée par les plantes et constitue l’assise de toutes les molécules organiques du vivant. Il se dissout aussi dans les océans, où il donne des carbonates qui forment les coquillages et éventuellement les roches calcaires. Dans le cycle du carbone, il y a donc des sources de GES, mais aussi des puits et des stocks.

Chroniques

Les rêves du marchand de sable

CHRONIQUE / Vous aimez la plage ? Regardez-la bien, car elle risque de disparaître faute de sable à la fin de ce siècle. C’est la conclusion partagée par un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et d’un autre du Fonds mondial pour la Nature (WWF). Le sable et le gravier sont les matériaux les plus exploités dans le monde. On estime qu’il en faut entre 32 et 50 milliards de tonnes par année. Le sable et le gravier sont bien sûr des intrants pour l’industrie du béton, mais aussi pour celle du verre et des composantes électroniques. Il a aussi des applications industrielles diverses, et on ne parle pas ici du grain de sable dans l’engrenage ! La grande incertitude sur les chiffres vient du fait qu’il n’y a pas de registres ou de statistiques fiables à l’échelle des pays, et encore moins à l’échelle mondiale, pour évaluer précisément ces prélèvements.

Mais il y a sable et sable. Le plus recherché vient des rivières qui le charrient à partir de dépôts situés en amont. Le sable de rivière est anguleux, ce qui le rend intéressant pour le béton. En comparaison, le sable des déserts, à force d’être roulé par le vent, est trop lisse pour la plupart des usages. Les rivières charrient aussi des cailloux qu’elles déposent selon leur granulométrie et qui constituent un excellent matériau pour faire des routes, comme le savent les ingénieurs avides d’eskers et de bancs d’emprunt. Avec une population humaine en croissance et une urbanisation accélérée, les marchands de sable s’en mettent plein les poches… Sans compter qu’il y a aussi des voleurs de sable qui pillent les ressources d’autres pays, particulièrement en Asie et en Afrique. Bref, on craint que la demande actuelle pour cet humble matériau dépasse le taux de renouvellement des stocks et qu’on puisse manquer de sable dès la moitié du siècle. En conséquence, le prix du sable va augmenter. Quel cauchemar pour les marchands de sable !

Chroniques

Hissez les voiles!

CHRONIQUE / Le transport maritime international a connu une augmentation fulgurante au cours des trente dernières années à la faveur d’une libéralisation du commerce et du transfert des activités manufacturières vers les pays émergents.

Conséquence ? La marine est aujourd’hui responsable de sept pour cent de la consommation mondiale de pétrole et contribue ainsi à une production annuelle d’émissions de gaz à effet de serre (GES) trois fois plus importante que celle du Canada. 

Malgré l’épisode protectionniste que nous vivons avec l’actuelle présidence américaine, il semble que la tendance soit lourde. Avec une population en pleine croissance et les prévisions de l’OCDE qui annoncent une multiplication de l’économie mondiale par un facteur quatre d’ici 2060, il faudra extraire et transporter 167 milliards de tonnes de matières premières contre 80 aujourd’hui. 

Une grande partie voguera sur les mers, soit comme matériel brut (vrac) ou comme produits manufacturés. Cela représente beaucoup de boulot en perspective pour les chantiers maritimes, mais aussi tout un défi dans un contexte d’urgence climatique !

Opinions

Le premier 20 %

CHRONIQUE / Une lectrice du Quotidien me demandait récemment quel était l’impact des excès de vitesse sur la pollution et la consommation de carburant. À voir la façon dont les gens conduisent « en cowboy » au Québec et plus particulièrement à Saguenay, la question prend tout son sens. Elle interpelle bien sûr la dimension environnementale du développement durable, mais aussi la dimension sociale et la dimension économique. Dans le modèle de la chaire en éco-conseil, les dimensions éthique, culturelle et de gouvernance sont aussi interrogées pour comprendre la complexité de ce phénomène et tenter d’y trouver des pistes de solution.

Dans le domaine énergétique, il faut distinguer l’énergie de la puissance. La seconde est la capacité d’une machine à utiliser ou à produire de l’énergie par unité de temps. Par exemple, une centrale électrique de 10 mégawatts ne peut pas produire plus que 10 mégawattheures par heure. De la même façon, un moteur d’une puissance de cent chevaux-vapeur (US) correspond à 74,5 kilowatts. Comme il y a 10 kilowattheures dans un litre d’essence, si la transformation était parfaite, il consommerait environ sept litres et demi de carburant à l’heure. Mais la transformation est loin d’être parfaite, car la combustion de l’essence dans un moteur a une efficacité de moins de 35 %. Donc, à pleine puissance, vous consommerez trois fois plus. Ainsi, plus un moteur est utilisé à fond, plus il consomme de carburant. La puissance des moteurs est rarement utilisée à fond. C’est surtout lors des accélérations et en lien direct avec la vitesse qu’on a besoin de puissance. En effet, plus on roule vite, plus la résistance de l’air est grande et il faut de la puissance pour la vaincre et maintenir sa vitesse. C’est à partir de ces bases simples qu’on peut comprendre qu’une conduite caractérisée par des accélérations brutales et par des excès de vitesse se traduira par une facture d’essence plus élevée. Sans compter le stress imposé aux autres composantes du véhicule, en particulier les pneus. Voilà pour le côté économique. Ça coûte plus cher de conduire en cowboy !

Opinions

« L’écologie en action »

CHRONIQUE / C’était le titre d’une exposition de 36 tableaux produite par le Programme de l’Homme et de la Biosphère (MAB) de l’UNESCO à l’occasion de son dixième anniversaire en 1981. Chacun faisait la synthèse de projets de recherche menés un peu partout sur la planète pour imaginer une alternative au développement économique conventionnel.

À l’époque, j’en avais obtenu une copie à Paris. Avec quelques amis, nous l’avons fait circuler dans la région du Saguenay Lac-Saint-Jean. Vingt mille visiteurs avaient ainsi pu être sensibilisés au « développement durable » (DD), un terme qui était inconnu au Québec à l’époque. L’objectif était de faire de l’éducation à l’environnement dans une région qui en avait bien besoin. Au début des années 1980 en effet, le Québec était « un paradis de la pollution ». Il y avait du chemin à faire !

Chroniques

L’utopie de l’hydrogène

CHRONIQUE / À la réunion 2019 du G20 au Japon, les chefs des plus grandes économies de la planète ont à l’ordre du jour une séance portant sur deux technologies susceptibles de favoriser la décarbonisation de l’énergie et l’atteinte des cibles de l’Accord de Paris. Les deux vedettes sont le moteur à hydrogène ainsi que le captage et le stockage du CO2 (CSC). Les deux technologies présentent, semble-t-il, un réel potentiel d’ici vingt ans. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Voyons cela d’un peu plus près.

L’hydrogène (H) est l’élément le plus léger du tableau périodique. Très réactif, on ne le retrouve pas à l’état élémentaire dans la nature. Dans chaque molécule d’eau (H2O), il y a deux atomes d’H, mais il faut beaucoup d’énergie électrique pour les séparer de l’oxygène. Il y a aussi beaucoup de H dans des carburants fossiles comme le gaz naturel (CH4), mais pour le séparer, on produit du CO2.

Chroniques

Alors, qui est de trop?

CHRONIQUE / C’était à Strasbourg il y a trente ans. J’enseignais aux futurs éco-conseillers les grandes problématiques environnementales qui affectaient déjà la planète et nous faisaient craindre pour le futur. Dans la classe, un étudiant me demande : « Professeur n’y a-t-il pas trop d’humains sur terre ? » La question méritait qu’on y réfléchisse.

Théâtralement, je descends de l’estrade et je vais à l’arrière barrer la porte. Puis, sans un mot, j’ouvre les fenêtres (Eh oui, les fenêtres s’ouvraient à cette époque !). Nous étions au quatrième étage. Je remonte sur la tribune et demande à la classe : « Alors, qui est de trop ? » Silence.

Chroniques

F1: la paille dans l’oeil du voisin

CHRONIQUE / La semaine dernière, l’équipe de l’émission scientifique Les Années lumière de Radio-Canada m’a demandé de répondre à une question d’un auditeur. Ce dernier voulait savoir combien il fallait planter d’arbres pour absorber le CO2 émis par une voiture dans une course de Formule 1 comme le Grand Prix de Montréal. La question mérite une réflexion plus large.

Pour la course, une voiture consomme de 50 à 75 litres par 100 kilomètres et parcourt 305 km. Cela représente de 600 à 700 kilos de CO2. C’est la quantité que cinq épinettes noires mettront 70 ans à absorber dans le nord du Lac-Saint-Jean, selon les équations que nous utilisons avec Carbone boréal.

Opinions

Subventionnons-nous les carburants fossiles?

CHRONIQUE / La fiscalité est un domaine complexe dans lequel je n’ai aucune compétence, sinon comme payeur d’impôts et de taxes. Toutefois, dans mon domaine d’expertise, il faut s’intéresser aux forces motrices qui motivent les choix de société à l’origine des problèmes environnementaux. C’est dans cet esprit que j’ai pris connaissance d’un rapport du Fonds monétaire international (FMI) qui fait état des subventions données par les États à l’industrie des carburants fossiles, pétrole, charbon et gaz naturel. Le portrait qu’on y trace met bien en perspective l’insondable duplicité du discours politique sur la lutte aux changements climatiques.

Les chiffres à l’échelle mondiale sont difficiles à concevoir, mais avec des subventions de 4 700 milliards de dollars US en 2015 et une estimation de 5 300 milliards en 2017, cela représente 6,5 % du produit mondial brut… En tête de liste, la Chine subventionne à hauteur de 1 400 milliards, les États-Unis à 649 milliards, la Russie à 551 milliards, la Communauté européenne à 289 milliards et l’Inde à 209 milliards, ce qui représente 58 % du total. 

Le Canada avec 43 milliards $ US semble un tout petit joueur, mais si on remet ce chiffre en perspective, cela représente une subvention de 1 600 dollars canadiens par personne… ce qui est 20 % plus élevé que la Chine, mais tout de même deux fois moins que les États-Unis et trois fois moins que l’Arabie saoudite et la Russie.

Environnement

Halte à l’exportation des déchets !

CHRONIQUE / Le commerce international est un phénomène aussi vieux que la civilisation. Dans l’antiquité, les Phéniciens parcouraient la Méditerranée, des caravanes de marchands suivaient la route de la soie, de la Chine jusqu’à Antioche en passant par l’Afghanistan, l’Iran et le Moyen-Orient. Le trafic des galions entre l’Amérique centrale et l’Espagne, la route du rhum et du sucre, et l’exportation de bois et de fourrures ont créé notre infrastructure économique et fait la richesse des empires. Aujourd’hui, plus que jamais, les échanges commerciaux ne cessent d’augmenter en volume. Cela se reflète dans la croissance du trafic maritime, ferroviaire et routier.

Si, dans le passé, on exportait et importait des marchandises de grande valeur, aujourd’hui, les navires transportent n’importe quoi, y compris des conteneurs de déchets. Sous prétexte que la main-d’oeuvre y est peu chère, on envoie recycler chaque année des millions de tonnes de déchets plus ou moins bien triés, des pays industrialisés vers des pays en voie de développement. Comme on l’a vu récemment avec le contentieux entre le Canada et les Philippines, les déchets exportés par certaines entreprises ne sont carrément pas recyclables. En conséquence, comme le dénonçait Greenpeace en début d’année, des déchets de plastique canadiens se retrouvent sur les plages indonésiennes. Bref, pas vus pas pris, nous exportons nos problèmes plutôt que de payer le prix d’une bonne gestion des matières résiduelles. C’est un peu comme si on abaissait nos exigences environnementales au même niveau que celles des pays où nous exportons nos déchets. Il y a là une grande hypocrisie et un enjeu environnemental mondial qui affecte la biodiversité, la santé des populations exposées aux résidus et les changements climatiques. Mais le commerce international ne tient pas compte de ce genre de choses et les pays qui reçoivent les déchets peuvent rarement les refuser.

Claude Villeneuve

« Chauffer le dehors »

CHRONIQUE / Chez les anciens, c’était une aberration de laisser portes et fenêtres ouvertes lorsqu’il faisait froid. « Arrête de chauffer le dehors », entendait-on quelques fois dans mon enfance lorsqu’on prenait trop de temps à rentrer dans la maison où le poêle peinait à lutter contre le froid. Les choses ont bien changé ! À la mode aujourd’hui, l’outdooring nous incite, au contraire, à profiter de la terrasse en toute saison, quitte à y mettre des appareils de chauffage alimentés au gaz propane pour la chaleur ou l’ambiance d’un feu de foyer. Bref, en termes crus, il est à la mode de « chauffer le dehors ».

Il semble que les publicitaires ne soient jamais à court d’idées pour nous faire gaspiller. C’est à ce prix, paraît-il, qu’on fait rouler l’économie. Produits à usage unique, modes vestimentaires éphémères, dictature de la décoration intérieure. « Pas de changement, pas d’agrément ! », disait le proverbe. Il suffit de visiter votre quincaillier ou votre centre jardin pour voir ce qu’on vous offre pour « chauffer le dehors ». Des dizaines de modèles de chaufferettes, surtout alimentées au propane et coûtant de 150 $ à 1500 $, se disputent votre attention. Au point de vue environnemental, c’est désolant.

Chroniques

Réinventer le mutualisme

CHRONIQUE / Le constat est alarmant. Lundi dernier, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, connue sous l’acronyme IPBES, a rendu public son premier rapport au terme de trois ans de travail. Pour le moment, seul le résumé à l’intention des décideurs est accessible en anglais, mais la version française suivra bientôt et le rapport complet, un colosse de 1800 pages, sera édité et publié un peu plus tard cette année. L’IPBES est à la Convention-cadre sur la biodiversité ce que le GIEC est à la Convention-cadre sur les changements climatiques : un groupe international de chercheurs qui font une revue de la littérature scientifique récente et qui statuent sur les grandes tendances qu’on peut y trouver sur l’évolution de la diversité biologique.

Un million d’espèces sur la planète seraient en voie de disparition. Le chiffre est impressionnant, la réalité est cruelle. Depuis la nuit des temps, l’humanité dépend de la Nature. Les populations de chasseurs-cueilleurs ont quelquefois surexploité les espèces vivantes, mais comme elles en payaient le prix, leurs cultures ont intégré une cosmologie qui les incitait à rechercher un équilibre avec les écosystèmes dont dépendait leur survie. On parle de mutualisme. On pourrait résumer cette posture par « tout être vivant mérite le respect ». Avec l’invention de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans, l’attitude a beaucoup changé. « Ôte-toi de là que je m’y mette » serait la formule la plus appropriée pour caricaturer un brin. L’agriculture, même si elle doit compter avec la Nature, amène de profondes transformations dans les habitats et favorise certaines espèces aux dépens d’autres. On maximise ainsi le rendement du territoire en fonction de nos propres besoins et on fait disparaître les espèces concurrentes. Tant que l’activité agricole se déroule sur une portion acceptable du territoire, la résilience des écosystèmes permet tout de même un certain équilibre.

Claude Villeneuve

L’écologie industrielle… pourquoi pas?

CHRONIQUE / L’écologie est une science qui étudie les êtres vivants et leurs interactions entre eux et avec leur milieu. Fondée au dix-neuvième siècle, que vient faire cette science du vivant dans le monde industriel ?

L’expression écologie industrielle a été inventée à la fin des années 1980 dans la foulée des efforts pour rendre opérationnelle la notion de développement durable. Elle décrit les échanges entre des unités de production industrielle ou municipale qui s’alimentent des mêmes flux de matière et d’énergie à différents stades de leurs opérations. Dit plus simplement, les déchets des uns deviennent les intrants des autres. C’est un parallèle avec les écosystèmes où les déchets des végétaux et des animaux sont recyclés par les décomposeurs qui s’en nourrissent et recyclent les éléments minéraux qui seront récupérés par les plantes.

Claude Villeneuve

Les continents de plastique

CHRONIQUE / Chaque année, environ huit millions de tonnes de plastique supplémentaires se retrouvent dans les océans. À ce rythme, on estime qu’il y aura en 2050 plus de plastique qu’il n’y a de poissons dans la mer. Depuis une vingtaine d’années, on constate qu’il s’accumule au gré des courants d’immenses masses de débris de plastique dans les mers du monde. Mais quand cela s’est-il produit ?

Il est très difficile de remonter le temps pour répondre à des questions comme celle-là. On peut prendre appui sur des données indirectes, comme les statistiques de production de plastique dans le monde. Mais entre la production et l’océan, il y a un monde. Après tout, personne ne produit du plastique pour le jeter à la mer… La semaine dernière, un article de la revue Nature Communications (Ostle, C. et al. Nature Commun. 10, 1622 (2019)) présentait une contribution originale pour retracer l’évolution du phénomène depuis 60 ans. De manière surprenante, la source de données utilisée n’avait rien à voir avec la question de recherche.

Environnement

Le bruit maritime, un enjeu émergent

CHRONIQUE / Dans nos vies, le bruit ambiant est une nuisance qui peut engendrer un niveau de stress nocif pour la santé. Bien sûr, il y a toutes sortes de bruits. Circulation, musique des autres, chants d’oiseaux ; ils peuvent définir une ambiance agréable ou dérangeante. Quiconque a vécu quelques jours à New York ou à Paris connaît le bruit de fond des grandes cités. Notre réaction dans un milieu bruyant est d’ajuster le volume de notre voix pour communiquer. Mais au passage d’un gros camion ou d’un motard décérébré, il ne sert à rien de crier, il vaut mieux attendre que la source de bruit soit suffisamment éloignée pour reprendre la conversation. Mais qu’en est-il dans les océans ?

Le son voyage différemment dans l’eau que dans l’air, il n’est donc pas simple de comparer les deux milieux. Dans la revue Nature du 10 avril dernier, un article très intéressant soulevait les enjeux du dérangement occasionné par les différents bruits générés par les activités humaines sur les espèces marines un peu partout dans le monde. Le sujet tombe à pic, dans la perspective d’une augmentation du trafic maritime, mais aussi d’activités comme l’exploration pétrolière et gazière, les forages sous-marins et le dragage, l’utilisation de sonars et j’en passe. Ces bruits, tantôt puissants et brutaux, tantôt continus, représentent pour les poissons, les crustacés et les cétacés une cacophonie dont le niveau sonore peut perturber la communication et augmenter le niveau de stress. Pire encore, certains sons peuvent se propager sur des centaines de kilomètres !

Environnement

Bio ou durable ?

CHRONIQUE / Il y a trente ans, lorsque nous réfléchissions à faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean un laboratoire de développement durable, la question des indicateurs de succès m’avait amené à postuler que la proportion d’agriculteurs certifiés bio pouvait être un bon candidat. La question a refait surface à l’occasion d’une entrevue à l’émission Y’a des matins, à l’antenne de la première chaîne de Radio-Canada, à la suite de l’initiative lancée par Carl Bouchard de devenir la première région du Québec 100 % biologique en 2050. En entrevue à la même émission, le 11 avril, Mario Théberge de l’UPA confirmait que la chose serait possible, mais que la région travaillait déjà sur l’agriculture durable, ce qui semblait plus à portée de l’ensemble des agriculteurs. Bio ou durable, quelle est la différence ?

Le deuxième des 17 Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 vise à : « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». Parmi les éléments qui caractérisent l’agriculture durable, on retrouve des « pratiques agricoles résilientes qui permettent d’accroître la productivité et la production, contribuent à la préservation des écosystèmes, renforcent les capacités d’adaptation aux changements climatiques, aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la sécheresse, aux inondations et à d’autres catastrophes, et améliorent progressivement la qualité des terres et des sols. » Nulle part ne parle-t-on de certification bio. Mais bien sûr, l’agriculture biologique doit respecter un cahier de charges qui la qualifie automatiquement comme une agriculture durable. Alors, pourquoi ne pas viser 100 % bio ?

Environnement

Des impacts insoupçonnés

CHRONIQUE / La Chine est un énorme importateur de grains. Non seulement elle doit nourrir sa population de plus en plus urbanisée et avide de protéines animales, mais comme vous pourrez le constater au supermarché, les produits alimentaires chinois envahissent nos épiceries. L’agriculture chinoise est beaucoup plus performante qu’autrefois, mais elle est menacée dans certaines régions par la désertification, l’industrie et l’étalement urbain. Le pays profite donc de ses échanges commerciaux internationaux pour fournir le complément. Et puis, les Chinois aiment manger de la viande. À mesure qu’ils s’enrichissent, il leur en faut toujours plus. Donc, plus de grain qu’ils ne peuvent en produire.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis et la Chine se font une guerre commerciale à coup de tarifs douaniers. Cette guerre s’est traduite par une réduction des importations chinoises de soja américain destiné à nourrir le bétail. En 2016, la Chine avait acheté 37,6 millions de tonnes de soja aux États-Unis. De 2017 à 2018, cette quantité a baissé de moitié, remplacée par des importations de soja brésilien. S’ajoute à cela la décision de Beijing de cesser l’importation de canola canadien dans le bras de fer qui résulte de la demande américaine d’extradition de Meng Wanzhou, cadre supérieur de Huawei. Or, le tourteau de canola est lui aussi utilisé dans les moulées pour l’alimentation du bétail.