Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Achat local et environnement

CHRONIQUE / Dans ma dernière chronique, j’ai tenté de démontrer que l’achat local et les circuits courts de production-consommation présentaient de nombreux avantages pour les dimensions économique, sociale, éthique, culturelle et de gouvernance du développement durable. Mais qu’en est-il pour la dimension écologique?

Il faut d’abord distinguer les composantes locales de l’environnement (eau, air, sol, écosystèmes) et les composantes globales (climat, biodiversité, acidification océanique, etc.). Toutes les activités humaines peuvent avoir des impacts qui se traduiront, selon la résilience des écosystèmes, par des séquelles temporaires ou permanentes susceptibles d’affecter les équilibres naturels ou la santé humaine à l’échelle locale. Dans le cas des composantes globales, c’est l’ensemble du cycle de vie qu’il faut considérer.

Les produits qui viennent de circuits courts ont généralement un cycle de vie moins exigeant pour l’environnement. La réglementation environnementale du Québec est relativement moderne et assez bien appliquée. Bien sûr, rien n’est parfait et, ici comme ailleurs, il existe des entreprises moins soucieuses de leurs impacts. Mais si on se compare avec des pays d’où viennent la majorité des produits que nous achetons, on se console. Aux États-Unis par exemple, depuis 2000, les gouvernements républicains ont systématiquement réduit le pouvoir de l’Environmental Protection Agency (EPA) et émasculé la réglementation environnementale. Les corrections apportées par l’épisode Obama ont été réduites à néant dès l’entrée au pouvoir de Donald Trump. Plusieurs pesticides interdits d’usage au Canada sont encore allégrement épandus au Mexique. Quant à la Chine, même si la situation s’est largement améliorée depuis 20 ans, le manque de transparence du gouvernement central et l’incurie des gouvernements locaux cachent sans doute des bombes à retardement environnementales comme celles que nous a léguées ici même l’industrie dans les années d’après-guerre. L’Europe, pour sa part, a une réglementation environnementale et un contrôle nettement meilleur. Comme le consommateur est l’ultime responsable des impacts du cycle de vie des produits qu’il achète, les circuits courts sont préférables.

Un des immenses avantages des produits fabriqués au Québec vient du faible impact de la fourniture électrique. Le kilowattheure d’Hydro-Québec est l’un de ceux qui ont la plus faible empreinte carbone dans le monde. C’est très certainement le meilleur en Amérique du Nord. Comme la majorité des processus de production nécessitent de l’électricité, voilà un point gagnant pour réduire l’impact climatique. Nos forêts sont aussi gérées de manière à se régénérer et à protéger la diversité biologique et les cours d’eau. Il a fallu beaucoup de travail pour y arriver, mais nos produits forestiers ont des impacts minimaux sur l’environnement.

Le plus grand avantage de contrôler entièrement le cycle de vie d’un produit est qu’on détient un pouvoir sur les pratiques de toute la chaîne de valeur. Bien sûr, il est impossible d’être autosuffisant en tout, mais il y a des bénéfices pour l’environnement localement et globalement de choisir des produits locaux. Au-delà de cette affirmation générale, il y a tout un éventail de nuances selon les produits et les filières. Dans l’agriculture, par exemple, le choix des produits locaux de l’agriculture biologique est clairement meilleur pour la santé des sols et des cours d’eau. Il y en a une variété surprenante. Voir par exemple la coopérative de solidarité NORD-Bio, sur le site de la la Zone Boréale.

Le choix des produits locaux soulève enfin l’enjeu du transport. Celui-ci dépend presque exclusivement des carburants fossiles qui contribuent aux changements climatiques. Il devrait donc tomber sous le sens que les produits locaux parcourant moins de kilomètres présentent un bénéfice environnemental automatique. Mais ce n’est pas si simple. Ce sera l’objet de la prochaine chronique.