Environnement

Le bruit maritime, un enjeu émergent

CHRONIQUE / Dans nos vies, le bruit ambiant est une nuisance qui peut engendrer un niveau de stress nocif pour la santé. Bien sûr, il y a toutes sortes de bruits. Circulation, musique des autres, chants d’oiseaux ; ils peuvent définir une ambiance agréable ou dérangeante. Quiconque a vécu quelques jours à New York ou à Paris connaît le bruit de fond des grandes cités. Notre réaction dans un milieu bruyant est d’ajuster le volume de notre voix pour communiquer. Mais au passage d’un gros camion ou d’un motard décérébré, il ne sert à rien de crier, il vaut mieux attendre que la source de bruit soit suffisamment éloignée pour reprendre la conversation. Mais qu’en est-il dans les océans ?

Le son voyage différemment dans l’eau que dans l’air, il n’est donc pas simple de comparer les deux milieux. Dans la revue Nature du 10 avril dernier, un article très intéressant soulevait les enjeux du dérangement occasionné par les différents bruits générés par les activités humaines sur les espèces marines un peu partout dans le monde. Le sujet tombe à pic, dans la perspective d’une augmentation du trafic maritime, mais aussi d’activités comme l’exploration pétrolière et gazière, les forages sous-marins et le dragage, l’utilisation de sonars et j’en passe. Ces bruits, tantôt puissants et brutaux, tantôt continus, représentent pour les poissons, les crustacés et les cétacés une cacophonie dont le niveau sonore peut perturber la communication et augmenter le niveau de stress. Pire encore, certains sons peuvent se propager sur des centaines de kilomètres !

Environnement

Bio ou durable ?

CHRONIQUE / Il y a trente ans, lorsque nous réfléchissions à faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean un laboratoire de développement durable, la question des indicateurs de succès m’avait amené à postuler que la proportion d’agriculteurs certifiés bio pouvait être un bon candidat. La question a refait surface à l’occasion d’une entrevue à l’émission Y’a des matins, à l’antenne de la première chaîne de Radio-Canada, à la suite de l’initiative lancée par Carl Bouchard de devenir la première région du Québec 100 % biologique en 2050. En entrevue à la même émission, le 11 avril, Mario Théberge de l’UPA confirmait que la chose serait possible, mais que la région travaillait déjà sur l’agriculture durable, ce qui semblait plus à portée de l’ensemble des agriculteurs. Bio ou durable, quelle est la différence ?

Le deuxième des 17 Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 vise à : « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». Parmi les éléments qui caractérisent l’agriculture durable, on retrouve des « pratiques agricoles résilientes qui permettent d’accroître la productivité et la production, contribuent à la préservation des écosystèmes, renforcent les capacités d’adaptation aux changements climatiques, aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la sécheresse, aux inondations et à d’autres catastrophes, et améliorent progressivement la qualité des terres et des sols. » Nulle part ne parle-t-on de certification bio. Mais bien sûr, l’agriculture biologique doit respecter un cahier de charges qui la qualifie automatiquement comme une agriculture durable. Alors, pourquoi ne pas viser 100 % bio ?

Environnement

Des impacts insoupçonnés

CHRONIQUE / La Chine est un énorme importateur de grains. Non seulement elle doit nourrir sa population de plus en plus urbanisée et avide de protéines animales, mais comme vous pourrez le constater au supermarché, les produits alimentaires chinois envahissent nos épiceries. L’agriculture chinoise est beaucoup plus performante qu’autrefois, mais elle est menacée dans certaines régions par la désertification, l’industrie et l’étalement urbain. Le pays profite donc de ses échanges commerciaux internationaux pour fournir le complément. Et puis, les Chinois aiment manger de la viande. À mesure qu’ils s’enrichissent, il leur en faut toujours plus. Donc, plus de grain qu’ils ne peuvent en produire.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis et la Chine se font une guerre commerciale à coup de tarifs douaniers. Cette guerre s’est traduite par une réduction des importations chinoises de soja américain destiné à nourrir le bétail. En 2016, la Chine avait acheté 37,6 millions de tonnes de soja aux États-Unis. De 2017 à 2018, cette quantité a baissé de moitié, remplacée par des importations de soja brésilien. S’ajoute à cela la décision de Beijing de cesser l’importation de canola canadien dans le bras de fer qui résulte de la demande américaine d’extradition de Meng Wanzhou, cadre supérieur de Huawei. Or, le tourteau de canola est lui aussi utilisé dans les moulées pour l’alimentation du bétail.

Environnement

Les villes et l’urgence climatique

CHRONIQUE / Le rapport spécial du GIEC sur la possibilité de limiter le réchauffement du climat à 1,5˚C avant la fin du siècle a provoqué un sentiment d’urgence climatique.

Les déclarations des autorités onusiennes relayées par les groupes écologistes déterminent un horizon très court pour prendre des mesures musclées. Deux ans pour renforcer considérablement les engagements et les actions nationales, 12 ans pour avoir réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45 %, 32 ans pour que l’humanité soit totalement carboneutre. C’est indispensable, mais est-ce bien réaliste ? Quelle que soit la réponse, on ne peut plus se payer le luxe de ne pas prendre la situation au sérieux. J’ai participé le 21 mars dernier à un panel dans le cadre du sommet municipal « Résilience Climat » organisé par l’Union des municipalités du Québec (https ://umq.qc.ca/evenements/sommet-municipal-resilience-climat/).

Opinions

Quoi de neuf docteur?

CHRONIQUE / La célèbre question que pose Bugs Bunny à tout propos m’est venue à l’esprit lorsque j’ai lu cette semaine, dans la revue Nature, un article traitant de l’utilisation d’antibiotiques pour arroser des orangeraies en Floride. Il faut dire que plusieurs nouvelles interpellant la santé et l’environnement ont été publiées dans le dernier mois.

D’abord, on a appris que 91 % de la population humaine était exposée à la pollution de l’air dans les villes, ensuite le deuxième rapport Global Chemical Outlook qui montre que 1,6 million de morts sont attribuables chaque année à l’usage de produits chimiques. 

Finalement, on apprenait la condamnation de Monsanto en Californie pour le cancer d’un citoyen attribuable à l’utilisation de l’herbicide Round-Up. Quoi de neuf docteur ?

Environnement

Couler dans le béton

CHRONIQUE / La production de béton est l’une des plus importantes sources de dioxyde de carbone (CO2) à l’échelle mondiale. Les estimations les plus récentes indiquent que 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) proviennent de ce secteur. L’accroissement de la population humaine et l’urbanisation accélérée font que la demande pour ce matériau ira en accélérant dans les prochaines décennies.

Notre monde est littéralement bâti avec du béton. Lorsque nos habitations ne sont pas faites en béton, elles sont construites sur du béton. Il en va de même de la majorité des infrastructures et des bâtiments publics. Les ponts, les ports, les aéroports, les barrages hydroélectriques, les ancrages d’éoliennes nécessitent des millions de tonnes de béton. Le barrage des Trois gorges en Chine en a consommé à lui seul 16 millions de mètres cubes soit près de 40 millions de tonnes. Ce matériau polyvalent, peu cher et durable fait partie de ce que les économistes appellent les commodités.

Chroniques

L’ubiquité et le plastique

CHRONIQUE / Au petit catéchisme, on nous faisait répéter en réponse à la question « Où est Dieu ? » « Dieu est partout ». Cette faculté attribuée jadis au grand barbu s’appelle l’ubiquité. Naturellement, si on avait le malheur de demander comment cela se pouvait, on se faisait invariablement répondre qu’il s’agissait d’un mystère et qu’il fallait se contenter d’y croire, voilà tout. Fin de la discussion : « Crois ou meurs ! »

La science nous dit tout le contraire. Il ne faut rien croire qu’on ne peut pas démontrer. Il est légitime de poser des hypothèses, mais elles doivent être examinées à la lumière des faits, le plus objectivement possible, et soumises au jugement des pairs. C’est un processus long et souvent frustrant, mais il nous permet de mieux comprendre le monde. C’est pourquoi la science nous permet d’agir sur nos destinées mieux que les simples croyances. Dans le domaine de la santé ou dans celui de l’environnement, si on trouve quelque chose d’incroyable, on ne peut l’affirmer que si on sait l’expliquer et qu’on accepte d’être contredit, voire de se rallier à une explication plus convaincante.

Claude Villeneuve

Vous avez dit Flexitarien?

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans le monde des néologismes, on voit toutes sortes de choses. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une nouvelle déclinaison des orientations sexuelles alternatives. Le flexitarisme est une expression qui désigne un mode d’alimentation varié faisant appel à une grande diversité de sources protéiques d’origine végétale et animale. Bref, le flexitarien et la flexitarienne mangent de tout. Ce sont des gens bien agréables à recevoir ! Mais pourquoi mettre l’emphase sur ce type d’alimentation ?

La production d’aliments pour une population de bientôt huit milliards d’habitants, de plus en plus urbanisés et riches est l’une des sources les plus importantes d’impacts sur l’environnement planétaire. Localement, l’utilisation des pesticides, la transformation des forêts en pâturage ou le drainage des milieux humides causent une dégradation de plus en plus marquée de l’environnement. Les conséquences comme la disparition de la biodiversité, la contamination chimique des eaux souterraines, l’eutrophisation des lacs et des estuaires n’en sont que quelques exemples. Globalement, une étude récente de l’Institute for Climate Economics évalue que plus du quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont attribuables au cycle de vie des activités de production alimentaire. Devons-nous jeûner pour protéger le climat ? Loin de là. Il existe de nombreuses marges de manœuvre à exploiter pour améliorer la performance de la filière alimentaire à toutes les échelles et la modification du régime alimentaire est à la portée de tout le monde.

Environnement

Relevez le défi

CHRONIQUE / Mardi dernier à Radio-Canada, on dévoilait les résultats d’un défi original. L’équipe de l’émission Médium large avait demandé à trois volontaires de mesurer leur empreinte carbone et de poser des gestes pour la réduire en suivant mes recommandations, entre le 16 janvier et le 19 février. L’objectif était de mesurer « en vrai » comment les petits gestes peuvent faire une différence.

Beaucoup de gens ne croient pas à l’efficacité de l’action individuelle. « Pourquoi moi, je changerais mes habitudes alors que ce sont les grosses industries qui polluent ? » Cette attitude défaitiste ne fait qu’amplifier les problèmes écologiques liés à la société de consommation. Je le dis souvent à mes étudiants : « Si le problème est causé par une infinité de gestes insignifiants, tout geste répété par un grand nombre peut avoir un effet significatif. » Alors, voyons ce qu’a donné le défi.

Opinions

Des analogues climatiques

CHRONIQUE / Les simulateurs du climat sont des programmes informatiques d’une grande complexité qui calculent, à l’aide de puissants ordinateurs, les probabilités de l’évolution du climat selon des scénarios prédéfinis. Par exemple, on peut évaluer la probabilité d’une trajectoire d’évolution du climat dans les 100 prochaines années dans un scénario où on émet plus ou moins de gaz à effet de serre. Avec le dernier rapport spécial du GIEC sur la stabilisation du climat à 1,5 °C de plus que la moyenne préindustrielle par exemple, les modèles ont permis de calculer que la planète entière devrait être carboneutre en 2050 pour espérer y arriver. De même, j’ai expliqué dans une série de chroniques l’été dernier (du 30 juin au 25 juillet 2018) quels étaient les scénarios envisagés pour la prochaine série de rapports du GIEC qui devrait paraître en 2020-2021.

Pour la plupart des gens, une augmentation de 1, 2 ou 5 degrés sur le climat dans 60 ou 100 ans peut apparaître très abstraite et difficile à interpréter. En effet, peu de gens connaissent la température moyenne annuelle qu’il fait dans leur patelin. En gros, on sait qu’il fait en moyenne plus chaud à Montréal qu’à Chibougamau ou à Québec qu’à Sept-Îles, mais pas plus. Le 13 février, un article dans la revue Nature communications a utilisé la méthode des analogues climatiques contemporains pour illustrer l’évolution du climat dans 540 villes en Amérique du Nord selon le scénario où on continue d’émettre des gaz à effet de serre au rythme actuel ou celui où on contrôle les émissions. Un site Internet permet de comparer les résultats à la fin du siècle (https ://tinyurl.com/urbanclimate). Les villes choisies représentent environ 75 % de la population des États-Unis et 50 % de la population canadienne.