Le président des États-Unis, Donald Trump.

Chez Donald l’acquitté

CHRONIQUE / En exhibant jeudi la une du Washington Post, on se serait attendu de Donald Trump qu’il hurle, comme il l’a fait régulièrement dans le passé pour des informations transmises par ce journal et par l’ensemble des médias américains, «Fake News».

Mais comme le titre en grosses lettres de bois disait plutôt «Trump acquitted», fidèle à lui-même, il en a plutôt saisi prétexte à vociférer avec hargne contre tous ceux qui ont tenté de le faire destituer comme président des États-Unis.

Dans ce moment de «célébration», comme il l’a décrit, mais surtout de grande vantardise, Trump aurait pu se résumer en pastichant les propos attribués à l’ancien premier ministre Jean Chrétien, qu’il n’aurait cependant jamais tenus, qu’avec lui, les États-Unis ont élu «le plus meilleur» président de leur histoire.

Même si ce n’est pas vrai, il n’éprouve aucune petite gêne à tenir de telles affirmations. Mardi, les «ennemis du peuple» que sont devenus selon lui les journalistes et qui tiennent un genre de comptabilité de ses mensonges en ont relevé trente et un dans son Discours à la nation.

Il s’est peut-être retenu. De toute façon, avec cet homme, on ne s’enfargera pas dans les détails.

S’il n’y avait pas matière à destitution, faute de témoins que les sénateurs républicains ont refusé d’entendre, on aurait pu penser qu’en cette année d’élection présidentielle, Trump serait en train de sombrer en disgrâce aux yeux des Américains, puisque irrévérencieux comme il l’est, au statut de grand chicanier international, il l’est déjà dans une grande partie du monde.

Pour la grande classe, on repassera.

Pourtant, il a beau se comporter en petit baveux de ruelle, Donald Trump caracole littéralement dans les sondages et si les élections étaient tenues aujourd’hui, il remporterait à nouveau la présidence.

Non seulement la procédure de destitution ne l’a pas affaibli mais, contre toute attente, il a même gagné des points dans l’opinion publique américaine qui l’appuierait maintenant à hauteur de 49 pour cent.

Certes, ce n’est pas le cafouillis des élections de lundi pour désigner les délégués du Parti démocrate, tournés en moquerie nationale, qui pourrait entamer la popularité du président républicain. Quatre jours après le scrutin, on n’était pas encore en mesure de dire lequel des candidats l’avait emporté.

Donald Trump n’a jamais connu, comme pour la plupart des présidents précédents, surtout dans un premier mandat, de grosses pointes de popularité, jusqu’à plus de 70 % dans le cas de Barack Obama.

Par contre, sa base de partisans s’est révélée dure comme du roc, car elle n’a jamais descendu sous les 40 %. Elle s’est plutôt maintenue dans les 44 à 45 %, beau temps mauvais temps et, peu importe ses coups de gueule intempestifs, ses conflits systématiques avec les autres chefs d’État, ses échecs diplomatiques à répétition, elle lui est restée d’une fidélité à toute épreuve.

C’est vrai que les données économiques américaines sont plutôt bonnes. Il y a très peu de chômage, le marché boursier a bien performé et, contre toute attente, l’énorme dette américaine s’est légèrement résorbée. Mais cela est loin de tout expliquer.

Qu’on l’aime ou pas, il n’y a comme pas de milieu, l’homme reste un phénomène et il faut constater que depuis son élection à la présidence, les Québécois se sont intéressés comme peu dans le passé à la politique américaine.

On veut connaître son dernier esclandre ou le contenu de chacun de ses tweets incendiaires.

Donald Trump est quand même loin d’atteindre les mêmes niveaux de popularité au nord du 45e parallèle. Les résultats des dernières élections générales au Canada ont démontré que l’effet domino, certains diront de contamination, de l’ultra-droite américaine, n’a pas vraiment émigré au nord. On n’a qu’à penser à Maxime Bernier et à son Parti populaire du Canada qui cadrerait bien avec le Parti républicain. Ça n’a vraiment pas levé.

Il y a quand même un certain courant d’électeurs admiratifs de Trump. Mais l’endoctrinement en ce sens de la grande majorité des Canadiens et bien sûr des Québécois ne va pas aussi loin.

C’est une chance, car on assiste aux États-Unis à une dangereuse polarisation.

Le discours de mardi soir de Donald Trump avait beau être celui sur l’état de l’Union, quand Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, l’a déchiré, c’était à l’image de ce que sont les États-Unis en ce moment: coupés en deux.

Les partisans républicains d’un bord, ceux des démocrates de l’autre. C’en est rendu qu’à 45 % des parents républicains et 35 % chez les démocrates, on n’accepterait pas que son enfant se marie à un enfant d’un couple de l’autre parti. C’est fanatisé pas à peu près.

Au point que certains analystes ont avancé qu’en évitant la destitution de Donald Trump, on aurait aussi évité des désordres inimaginables, pas loin d’une nouvelle guerre civile. On a pu craindre que s’il était banni de la présidence, l’Amérique s’embrase.

On n’en est pas là et on ne fermera pas nos frontières par prudence. Bien sûr, il faudra peut-être que la campagne des démocrates pour se choisir un candidat devienne plus explosive et qu’un candidat inspirant et rassembleur en ressorte. Car pour l’instant, elle a plutôt été chloroformante.

Autrement, ce n’est pas parce qu’on habite le nord et qu’on n’a pas droit de vote qu’on ne se distraira pas avec la campagne présidentielle américaine.

Coup de cœur: À un homme de grandes réalisations et rempli de sagesse, avec un comportement de gentleman, qui a aussi été un grand patron de presse, Roger D. Landry.

Coup de griffe: Est-ce que la cohabitation envisagée pour le nouveau colisée pourrait s’étendre jusqu’au sein du conseil municipal? Hum...