C'est curieux comme les choses ne changent pas

CHRONIQUE / Parmi les courriels que j’ai reçus lundi, celui de Carole commençait comme ça, «c’est curieux comme les choses ne changent pas».

Son histoire remonte à 20 ans.

Et c’est presque un copié-collé de l’histoire que je racontais ce jour-là, celle d’une mère que j’appelais Josée et qui s’arrachait les cheveux pour que son enfant reçoive du soutien à l’école. Il a eu un peu d’aide en maternelle, mais quand le nom de son diagnostic a changé, le code associé au diagnostic a changé.

Et avec le nouveau code, il n’y avait pas de services.

Même si, on s’entend, c’est le même enfant avec les mêmes besoins. Mais de ça on s’en fout, on regarde le code.

Carole, donc. Les problèmes ont commencé en première année. «J’ai cogné à toutes les portes pour obtenir de l’aide, médecin de famille, école, CLSC, mais personne ne pouvait m’aider. Je n’ai obtenu aucune aide.

À 14 ans, ma fille ne voulait plus aller à l’école, je devais me battre avec elle tous les matins jusqu’au jour où épuisée de me battre, j’ai baissé les bras en lui disant qu’elle devra vivre avec les conséquences de ses actes et se justifier auprès de son école, et je quitte la maison pour aller travailler.

À mon retour en fin de journée, ma fille a avalé des flacons de médicaments, Tylenol, Motrin... C’est l’hôpital tout de suite. Et c’est ce que ça a pris, une tentative de suicide, pour qu’enfin on lui accorde des services.»

Carole pose cette question : «fallait-il en arriver là?»

Carole n’a pas été la seule à m’écrire, vous êtes nombreux à vous battre dans le système scolaire d’abord pour arriver à y comprendre quelque chose, puis, si vous êtes chanceux ou particulièrement persévérant, d’avoir des services.

Et ce qui m’a frappé dans les messages que j’ai reçus, c’est que c’est comme ça présentement, c’était comme ça il y a 5, 10, 20 et même 30 ans, comme si le système n’avait jamais été capable de s’occuper de ce problème-là de façon efficace, pour aider les enfants plus tôt que trop tard.

Comme ceux de cette autre mère. «J’ai vécu un enfer pendant près de 10 ans, le temps que mes garçons (juste des TDA...) fassent leur primaire et nous avons payé des milliers de dollars en évaluations neuropsychologiques pour satisfaire l’école. Maintenant qu’ils sont au secondaire (privé, évidemment), c’est le bonheur. Je ne sais pas ce qui est différent, mes garçons sont les mêmes, eux. Je parierais fort que le problème, c’est quelque chose dans le système d’éducation...»

Celui de Suzanne. «Mon fils a 34 ans et j’ai vécu à peu près la même histoire. [...] J’ai demandé une évaluation en orthophonie, car j’avais des soupçons de dyslexie. Non, ils ne voulaient pas, car ils n’avaient pas assez de ressources et le directeur disait que ce n’était pas ça le problème.

J’ai payé pour faire évaluer mon fils en dehors du système scolaire lorsqu’il était en deuxième année. Résultat, mon fils avait besoin d’orthophoniste. J’ai payé de moi-même et j’ai continué à demander une orthophoniste de l’école.

L’orthophoniste l’évalue pendant sa troisième année scolaire, l’école me confirme qu’ils sont d’accord avec l’évaluation.

Problème! L’école ne donne pas de service d’orthophoniste à partir de la quatrième année. Je le demande depuis deux ans et là, je ne peux plus avoir les services! Je me suis battue avec la commission scolaire, j’ai continué avec le privé, car je n’avais pas de temps à perdre pour le développement de mon fils.»

Celui de Nathalie. «Mon fils est maintenant âgé de 22 ans et j’ai aussi vécu le parcours du parent combattant pendant sa vie scolaire, de 2001 à 2014. Il a fréquenté des classes d’adaptation scolaire de sa première année à sa sortie du secondaire où il a finalement fait une formation préparatoire au travail.

Malgré qu’il soit diagnostiqué et intégré dans le système d’adaptation scolaire, il a grandement manqué de services et de ressources pour répondre à ses besoins.

Je pourrais vous entretenir longuement du fait que les professeurs ne se transmettent pas les dossiers des enfants d’une année à l’autre, et ce, dans la même école. Ou que, lors de sa troisième année au primaire, il a eu six enseignantes différentes en cours d’année. Ainsi, très souvent, les enfants ne faisaient rien (aucun nouvel apprentissage), car chaque nouvelle enseignante devait prendre un mois pour observer et connaître les enfants, avant de quitter... Sans compter l’effet sur les comportements des enfants qui devaient aussi s’adapter chaque fois à une nouvelle enseignante.

Je vois malheureusement que les choses ne changent pas...»

Même si, prise individuellement, la majorité des personnes qui travaillent dans le système scolaire a le goût que ça fonctionne, force est de constater que ça ne va pas. Que trop d’enfants qui ont besoin de services n’en ont pas. Ou trop peu. Et après, on s’étonne qu’il y ait tant de décrocheurs.

L’image qui me vient, c’est un enfer pavé de bonnes intentions.

Et de codes.