Depuis des années, on ressasse les mêmes explications et arguments au sujet de la prise de médicaments pour contrôler le TDAH.

Surdose de surplace

CHRONIQUE / Ça fait 20 ans que des voix s’élèvent, que des politiciens alertent le public et s’inquiètent de la forte consommation de médicaments comme le Ritalin, au Québec. «Sommes-nous allés trop loin?» demande cette semaine une quarantaine de pédiatres. Pourquoi rien ne change? C’est une question qu’il faudrait également poser.

La lettre des pédiatres et les réactions à celle-ci reprennent des airs connus à quelques variantes près.

«Le Ritalin est en train de remplacer les services professionnels dans les écoles.» C’est ce que des députés libéraux soutenaient à l’Assemblée nationale en 1998, constatant une hausse du nombre de prescriptions de Ritalin.

L’opposition libérale réclamait au gouvernement péquiste de réduire l’utilisation du médicament, cette «camisole de force chimique».

Aujourd’hui comme hier, l’école est montrée du doigt. Les profs — en majorité des femmes — et les directions scolaires ne tolèrent plus les petits turbulents, les élèves qui dérangent et qui les confrontent. Ils feraient pression pour que les parents consultent et obtiennent une prescription.

D’autres explications avancées par le passé reviennent.

Pour certains, le recours à la médication pour traiter un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), c’est la loi de la facilité pour les écoles, mais aussi pour les jeunes, pour leurs parents et pour le système de santé.

Pour d’autres, c’est la faute à la société de performance qui fait que des parents mettent trop de pression pour que leur petit chéri soit le meilleur, le plus beau et le plus fin, du premier jour à la maternelle à l’obtention de son doctorat à l’université. À l’inverse, d’autres ciblent la «mollesse» des parents pour expliquer l’anxiété et les difficultés de leur progéniture. 

D’autres préfèrent accuser les médecins et les psychologues. Ils colleraient trop facilement un diagnostic de TDAH et proposeraient trop souvent la prise de médicaments plutôt que le recours à d’autres moyens trop peu accessibles. L’industrie pharmaceutique ne s’en plaindra pas.

À ce discours, des professionnels rappellent les bons côtés de la médication et signalent que la consommation de ce type de médicaments est peut-être plus grande au Québec parce que notre régime d’assurance médicaments est plus généreux qu’ailleurs au Canada.

Ces explications et ces arguments, ça fait des années qu’on les brasse au Québec.

Lueur d’espoir

Et pourtant, il y a 20 ans, des chercheurs indiquaient déjà que le recours à la médication serait moins répandu si des équipes multidisciplinaires travaillaient avec l’enfant et ses parents.

Invité en novembre dernier à commenter les dernières données de la Régie de l’assurance maladie du Québec faisant étant d’une hausse de consommation de médicaments spécifiques au TDAH, le ministre et neuropédiatre Lionel Carmant a affirmé que les médecins avaient souvent tendance à se tourner vers la médication, faute d’autres supports à leur portée.

«L’accès à l’aide psychologique pourrait éviter la surmédication», indiquait le Dr Carmant, en entrevue à La Presse.

Le Québec est-il sur le point de se rapprocher d’une solution?

Les pédiatres signataires de la lettre publiée jeudi constatent aussi que l’intervention psychosociale, le soutien aux parents et aux enseignants ne sont pas assez utilisés.

«Seuls les parents disposant d’une marge de manœuvre financière suffisante peuvent aller chercher de l’aide via les services psychothérapeutiques offerts dans les cliniques privées», écrivent-ils.

Pour les autres, c’est donc, dans certains cas, la pilule, faute de plus, faute de mieux. C’est vrai pour le jeune qui souffre d’un TDAH, comme d’ailleurs pour celui qui souffre de dépression.

Les attentes sont grandes à l’égard du ministre Carmant et du gouvernement Legault. Les caquistes misent sur le dépistage précoce des troubles de développement chez les enfants.

Très bien, encore faut-il que tous les parents, ainsi que les professionnels de la santé, des écoles et des garderies, aient accès à l’ensemble des traitements pour aider les jeunes, et non seulement à des médicaments.