Brigitte Breton
Comment se déroulera le retour à l’école en septembre?
Comment se déroulera le retour à l’école en septembre?

Rentrée, COVID-19 et communications

CHRONIQUE / Kévin Roy, le président de la Fédération des comités de parents du Québec, se garde bien de donner une note au ministre de l’Éducation pour le travail réalisé depuis la pandémie. Pour la rentrée de l’automne, il souhaite cependant que Jean-François Roberge et le milieu scolaire améliorent une chose : leurs communications.

Comme bien des parents, Kévin Roy, a bien hâte d’entendre ce que le ministre Roberge dira mardi matin sur la prochaine rentrée scolaire qu’il espère la plus «normale possible».

Il est aussi curieux de voir ce que le ministre aura retenu des avis formulés par les 43 000 parents qui ont participé à un sondage mené par la Fédération des comités de parents. «Il faut écouter les gens qui font l’école tous les jours, ainsi que les parents», affirme M. Roy en entrevue téléphonique. Il aurait aimé que le ministre valide son plan auprès des parents avant de faire une annonce.

La direction de la santé publique a donné un aperçu lundi de ce que devront être les mouvements d’étudiants et de personnel pour cette rentrée «covidienne». 

Mais au-delà des «bulles» et du mètre ou du deux mètres de distanciation, comment se déroulera le retour à l’école? 

L’école va-t-elle débuter plus tôt pour reprendre le temps perdu à cause de la pandémie? Sera-t-elle à temps partiel? Les élèves et les parents auront-ils plus de soutien si une deuxième vague est inévitable? Comment appliquer les règles de la santé publique dans une école de 200 enfants et une polyvalente de 1200 ados moins «dociles» que les petits de première année du primaire? Quel sera le ratio maître/élèves? Comment va-t-on fonctionner dans les laboratoires? Que va-t-on prévoir pour les élèves en difficulté?

Les parents, mais aussi le personnel des écoles, veulent des réponses. 

M. Roy déplore le manque de communications claires des derniers mois entre le ministère, les écoles, les enseignants et les parents. Il se désole des jeux de pouvoir dans ce vaste réseau, alors que l’intérêt de l’élève et des enfants devrait primer. 

Depuis le début de la pandémie, la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini, constate que le gouvernement Legault a une méconnaissance de son réseau de l’éducation. Cette méconnaissance et le manque de contacts avec le milieu expliquent, selon elle, le flou, la cacophonie ou les revirements qui ont eu trop souvent cours depuis la mi-mars en éducation.

La dirigeante syndicale refuse d’évaluer le ministre Roberge. Elle préfère donner une note au gouvernement dans son ensemble. «La santé publique a fait des annonces avec une méconnaissance du milieu scolaire», soutient Mme Scalabrini. Pour cette raison, elle accorde la faible note de 58-59 % au gouvernement, 

Selon Mme Scalabrini, il faut être près du monde sur le terrain pour connaître les difficultés à appliquer les mesures préconisées par la santé publique. «L’expérience du terrain, c’est le personnel qui l’a». 

Elle espère que les gens prennent le temps de se parler. «Là où il y a de la collaboration, il y a de belles choses qui se réalisent». 

Professeure en sciences de l’éducation à l’Université Laval et responsable du réseau Périscope, Thérèse Laferrière, prône aussi une meilleure collaboration entre les différents acteurs du réseau de l’éducation. 

Le gouvernement et le ministère de l’Éducation ne peuvent tout décider. Enseignants, directions scolaires, conseils d’établissement et syndicats doivent être impliqués dans les décisions, selon Mme Laferrière. 

La professeure craint un retour scolaire risqué en août avec le déconfinement, les vacances de la construction et les nombreux déménagements de l’été. Elle estime que les enseignants ne sont pas prêts à enseigner à distance. Elle souligne par ailleurs que des jeunes trouvent une grande valorisation sociale à la réussite scolaire et que d’autres ont besoin d’une attention soutenue pour éviter le décrochage.

D’où l’importance de garder le contact entre l’école et l’élève et d’avoir un plan B si le retour en classe ne se déroule pas dans la «normalité».  

Souhaitons que des leçons soient tirées des ratés et des expériences positives des derniers mois. Crise sanitaire ou non, la prochaine année scolaire doit être plus propice aux apprentissages, à la persévérance et à la réussite. Les étudiants ne doivent pas devenir des victimes collatérales de la pandémie.