Les préposés aux bénéficiaires dans les résidences privées ou les ressources intermédiaires d’hébergement sont payés entre 13 et 15 $ l’heure pour prendre soin des personnes âgées.

Préposés: c’est raisonnable 13 $ l’heure?

CHRONIQUE / François Legault n’hésite pas à critiquer les salariés qui gagnent trop. Il pointe du doigt les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour et les employés municipaux. Quand va-t-il se préoccuper de ceux qui ne gagnent pas assez, comme les préposés aux bénéficiaires, payés entre 13 et 15 $ l’heure pour prendre soin des personnes âgées?

Le premier ministre trouve-t-il raisonnable que les femmes et les hommes qui lèvent, lavent, habillent, nourrissent et mettent au lit les aînés ou les personnes non autonomes touchent entre 13 et 15 $ l’heure dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement, et 21 $ l’heure dans des centres d’hébergement de soins de longue durée publics?

Son gouvernement aura à négocier le renouvellement des conventions collectives qui viennent à échéance au printemps prochain dans le réseau public. 

Il aura l’occasion d’envoyer un premier signal sur la valeur qu’il accorde au travail des préposés aux bénéficiaires à l’emploi des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et des hôpitaux. 

Le gouvernement peut-il espérer attirer et retenir cette main-d’œuvre indispensable au bien-être des personnes âgées en les payant autour de 20 $ l’heure, alors que les gens qui placent des bouteilles sur les tablettes de la Société des alcools touchent tout autant? 

S’il veut mieux traiter les personnes âgées, le travail du gouvernement caquiste ne peut toutefois s’arrêter à la bonification des conditions de travail des employés du secteur public. Il doit également envoyer un signal clair au secteur privé qui accueille des milliers d’aînés vulnérables et en perte d’autonomie. 

Pour que les personnes âgées, semi ou non autonomes hébergées dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires puissent aussi recevoir des services par du personnel qualifié qui ne change pas toutes les semaines, il faut également que Québec s’assure que les conditions de travail y sont à la hauteur. 

Besoin du privé

Le secteur public ne peut accueillir et créer de nouvelles places pour toutes les personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses à requérir des services. Le Québec doit compter sur des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement. 

Le député péquiste Harold Lebel l’a bien rappelé mardi en conférence de presse. «On a besoin des résidences privées. [...] Le public n’arrivera pas à offrir de la place pour tous les aînés.»

Si le Québec veut éviter de se retrouver avec un système à deux vitesses, il presse d’agir. Se fier sur du cheap labor dans le privé pour prendre soin de nos personnes âgées n’est pas une option pour faire face au vieillissement de la population. 

Mardi, le Parti québécois, Québec solidaire et le syndicat des Teamsters ont réclamé que Québec adopte un décret pour que les conditions de travail des salariés qui travaillent auprès des aînés soient équivalentes dans le secteur privé et le secteur public.

Est-ce la meilleure formule pour pallier la rareté de main-d’œuvre qui frappe l’un et l’autre? Cela reste à voir.

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec approuverait l’idée du décret. Celle-ci a eu du mal en 2016 à convaincre l’ancien ministre Gaétan Barrette de la nécessité de réduire l’écart entre le privé et le public. 

En mars, la Presse canadienne faisait état d’un syndicat de la FTQ qui avait réussi à négocier une hausse de 4,48 $ l’heure dans des résidences privées et à se rapprocher ainsi des conditions offertes dans le réseau public. 

Une chose est certaine, le statu quo est intenable. Et ce n’est pas le dernier comité mis en place par la ministre Marguerite Blais pour développer une nouvelle approche pour l’hébergement et les soins de longue durée qui règlera le problème et fera apparaître par magie du personnel avant 2021. Le temps est à l’action et non au surplace, comme le souligne le Réseau FADOQ, déçu de la mise sur pied d’un autre comité alors que l’action s’impose.

«Si les conditions de vie sont plus agréables pour les résidents, vous ne pensez pas que ça va être plus agréable pour le personnel?» a répondu mardi la ministre à une question des médias. Un petit sac de peppermint avec ça? 

Si le gouvernement et la société veulent des milieux de vie plus accueillants afin que les aînés se sentent comme à la maison, il ne peut éluder la question de la main-d’œuvre.

Le premier ministre Legault ne se gêne pas pour intervenir dans le renouvellement des conventions collectives du secteur privé ou des municipalités.

La semaine dernière, il a rappelé aux maires que leurs employés gagnent en moyenne 30 % de plus que les employés de l’État.

Le chef caquiste est toutefois demeuré muet sur le fait que certains salaires payés dans le secteur public ne font plus le poids avec le privé et la fonction publique fédérale, et prive ainsi le gouvernement québécois d’une précieuse expertise.

Au syndicat représentant les salariés d’ABI en lock-out depuis des mois, M. Legault a demandé d’être raisonnable. Selon lui, il ne faut pas risquer de perdre des emplois à 92 000 $ par année. 

Il y a des risques aussi à laisser nos personnes âgées vulnérables aux mains d’une main-d’œuvre changeante, non qualifiée et mal payée. Ce serait apprécié que le premier ministre s’en préoccupe.