Si leurs interventions sont jusqu’à maintenant bien accueillies par la population adulte, le Dr Horacio Arruda et François Legault reconnaissent que leur profil n’est pas le meilleur pour capter l’attention des jeunes et leur livrer un message.

Ni voyage, ni party, ni bingo

CHRONIQUE / Si la date du retour en classe demeure incertaine au Québec, une chose est sûre cependant : des jeunes devront mettre une croix sur les sorties éducatives et les voyages de fin d’année. Des directions scolaires ont déjà décidé d’annuler le séjour à Québec, à Montréal, à Ottawa, à New York ou à Boston que devaient réaliser des écoliers en mai ou juin.

La COVID-19 a peut-être, selon certains, l’avantage d’épargner présence en classe, devoirs et leçons pendant deux semaines, voire plus. Mais, elle a aussi des conséquences négatives pour les jeunes. 

S’éloigner de la maison et des parents pendant quelques jours, explorer une autre ville avec les amis, le voyage de fin d’année est un moment fort attendu des adolescents. Cette année, plusieurs devront en faire leur deuil.

Étant donné qu’elles ignorent quand les risques de propagation du coronavirus disparaîtront, quand les cours débuteront, quand les rassemblements pourront reprendre et quand la circulation redeviendra normale, des directions scolaires ont préféré annuler sorties éducatives et voyages pendant qu’il en est toujours temps.

Elles évitent ainsi aux parents et à l’organisation de payer en vain pour du transport, de l’hébergement ou des entrées à des musées ou à des activités dont les enfants ne pourront profiter si la COVID-19 menace toujours la santé publique en avril, mai ou juin.

Les commissions scolaires des Navigateurs, de la Capitale, et de la Beauce-Etchemin sont de celles qui ont pris une telle décision par précaution. «Il y aura si possible des sorties, mais sur le territoire de la commission scolaire de la Beauce-Etchemin», précise le porte-parole Jacques Légaré.

Décevant et triste pour les enfants dont les sorties et les voyages scolaires sont parfois l’unique occasion dans l’année de sortir de leur quartier, de leur ville, de leur province.

Propage l’info, pas le virus

Mardi, à son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a par ailleurs indiqué que divers scénarios étaient envisagés pour la réouverture des établissements scolaires. Un scénario pessimiste la prévoit pour l’automne, voire décembre. Une si longue pause est pas mal moins amusante qu’une «relâche de trois semaines».

Si le premier ministre et le directeur national cherchent une façon de joindre les jeunes et de les inciter à ne pas propager la COVID-19, ils devraient leur dire — ou suggérer aux influenceurs de leur dire — que l’année scolaire risque d’être perdue si le virus n’est pas contenu rapidement.

Depuis le début de la crise, le trio François Legault, Danielle McCann et Horacio Arruda font un travail efficace et remarquable. Ils l’ont démontré une fois de plus mardi en faisant appel aux artistes, sportifs, personnalités publiques, influenceurs du Web et youtubeurs pour les aider à sensibiliser les jeunes du Québec. 

Si les interventions du trio sont jusqu’à maintenant bien accueillies par la population adulte, MM. Legault et Arruda reconnaissent que leur profil n’est pas le meilleur pour capter l’attention des jeunes et leur livrer un message. Les jeunes n’écoutent pas suffisamment leurs consignes. Ils font appel aux talents des autres pour que le message porte. Bravo.

On l’a constaté dans d’autres campagnes de sensibilisation, notamment contre le tabac et la vitesse au volant. On ne peut s’adresser de la même façon ni tirer sur les mêmes ficelles pour convaincre les jeunes d’adopter un comportement plutôt qu’un autre. Dire que la cigarette nuit à la santé ne convainc pas un ado d’arrêter de fumer. Il y a plus de chance qu’il mette la cigarette de côté en lui montrant des photos de dents jaunies par le tabac et en lui soulignant que la cigarette donne mauvaise haleine. 

À 15 ou 20 ans, on se sent invincible. Le tabac ne tue pas, la vitesse au volant non plus. La COVID-19? C’est dangereux pour les vieux et pas pour les jeunes. J’ai très hâte de voir comment les influenceurs réussiront à formuler leur message de prévention et d’appel à la «distanciation sociale».

Le trio n’avait pas mardi qu’une remontrance pour les jeunes. La ministre de la Santé et des Services sociaux a pointé du doigt d’autres citoyens qui ne se sentent pas concernés par le combat contre le coronavirus : ceux des villages.

«Même si on vit dans un village plus retiré, il faut que tout le monde suive. Il n’y a pas de bingo, il n’y a pas de rassemblement». Elle rapporte qu’il y a des cas d’infection dans des villages plus retirés. «Ce n’est pas dans les grands centres nécessairement». 

La distanciation sociale doit s’appliquer, peu importe l’âge et peu importe la région. Compris?