Aux prises avec une pénurie d’enseignants, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge disait mardi qu’il aimerait bien avoir le numéro de téléphone de ceux qui ont abandonné l’enseignement pour les inviter à revenir devant les classes.

L’argent ne fait pas le bonheur

CHRONIQUE / Le téléphone va-t-il vraiment se mettre à sonner au bureau de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et à celui du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge?

Leur collègue des Finances, Éric Girard a beau prévoir une croissance des dépenses de 5,4 % et de 5,1 % pour leur ministère en 2019-2020, et bonifier le crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience, il est loin d’être assuré que les enseignants, les infirmières et les professionnels qui ont quitté le secteur public pour «écœurite», pour épuisement ou pour une retraite hâtive vont y revenir travailler.

Mme McCann et M. Roberge fondent beaucoup d’espoir sur le retour d’anciens employés pour dispenser et améliorer les services dans les hôpitaux, les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD), les soins à domicile, les écoles, et réaliser les promesses électorales de la CAQ et les mesures qui en découlent dans le premier budget du gouvernement Legault.

Aux prises avec une pénurie d’enseignants, Jean-François Roberge disait mardi qu’il aimerait bien avoir le numéro de téléphone de ceux qui ont abandonné l’enseignement pour les inviter à revenir devant les classes.

Jeudi, la ministre de la Santé suivait son exemple et priait à son tour les infirmières et infirmiers qui ont délaissé le réseau de la santé ces dernières années de reprendre du service.

Mme McCann parle d’une grande corvée. Si plusieurs des quelque 1000 infirmières et infirmiers quittant chaque année le réseau y reviennent, même à temps partiel, les heures supplémentaires à réaliser seront moins nombreuses, estime-t-elle.

La ministre est aussi persuadée que la bonification du crédit d’impôt aux travailleurs de plus de 60 ans atténuera l’envie de partir tôt à la retraite.

Est-ce bien réaliste de miser ainsi sur des retraités ou des employés qui ont migré vers d’autres disciplines ou vers le secteur privé?

Mme McCann et M. Roberge débordent d’optimisme. Espérons que ce n’est pas de la pensée magique et souhaitons qu’ils ont déjà en tête un plan B.

Le ministre Jean-François Roberge sent un «retour de l’espoir» en éducation.

Il croit notamment que l’ajout de 150 classes spécialisées dans les écoles va alléger la tâche des enseignants et envoyer un bon signal à tous.

Deux classes par commission scolaire, ça semble pourtant bien peu pour donner du répit à des enseignants débordés.

L’espoir n’anime pas Sonia Éthier, présidente de la CSQ (Centrale des syndicats du Québec). Elle craint que le Québec retombe dans le cercle de l’austérité dès l’an prochain.

De 5,1 %, la croissance des dépenses passera à 3,8 % par la suite, prévoit le ministre des Finances. Québec a aussi accepté de se priver de près de 1 milliard $ en uniformisant la taxe scolaire au plus bas taux existant.

Si l’économie s’essouffle, l’espoir risque aussi de s’amoindrir. Même si le gouvernement investit gros pour construire et rénover des écoles, les retraités ou les recrues en enseignement ne prendront pas le chemin de l’école si les conditions d’exercice ne sont pas améliorées.

Les conventions collectives viennent à échéance en 2020. C’est à suivre.

Même chose en santé, la croissance des dépenses descendra à 4,1 % en moyenne l’année prochaine et la suivante. Les besoins ne seront pourtant pas à la baisse avec le vieillissement de la population.

Le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, admet qu’il y a un enjeu de pérennité.

Mais, après des années de contraintes budgétaires, il savoure le réinvestissement dans son réseau et constate, comme le ministre Roberge, que l’espoir anime enfin le milieu de l’éducation.

Québec couvre cette année les coûts de système dans les cégeps et investit 68 millions $ dans la mise en œuvre d’un nouveau modèle de financement.

Si Éric Girard et le gouvernement caquiste veulent rattraper l’Ontario, leurs efforts en éducation ne peuvent en effet se limiter au préscolaire et aux écoles primaires et secondaires.

Si la volonté de développer le plein potentiel des jeunes s’arrête en secondaire 5, le Québec risque de souffrir encore longtemps d’un déficit de productivité et d’une surabondance de bas salaires.

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