La pénurie d’enseignants se fait sentir partout au Québec alors que la clientèle scolaire est en hausse à bien des endroits.

Enseignement: entretenir l'espoir

CHRONIQUE / Les demandes d’admission sont enfin en hausse dans les facultés des sciences de l’éducation. Pour que les recrues en sortent avec un diplôme dans quatre ans et arrivent en renfort dans les écoles en manque d’enseignants, le ministre Jean-François Roberge devra veiller à maintenir «l’espoir» qu’il voit poindre en éducation. L’embellie, attendue depuis bien longtemps, peut s’avérer éphémère.

Ce n’est pas parce qu’il y a une augmentation de 6 % des demandes d’admission en enseignement préscolaire et primaire et une hausse de 7 % en enseignement secondaire que la profession est devenue la plus convoitée au Québec, qu’elle attirera dorénavant les meilleurs étudiants, que ceux-ci feront une longue carrière dans l’enseignement et que les profs auront un plus grand respect de la population.

Le gouvernement Legault a beau vouloir incarner le changement, le ministre Roberge faire preuve de dynamisme et de créativité, il faudra beaucoup d’efforts et de constance pour redorer la profession enseignante et inciter des gars et des filles à s’y engager pleinement et pour longtemps.

La pente risque d’être difficile à remonter. 

La pénurie d’enseignants se fait sentir partout au Québec alors que la clientèle scolaire est en hausse à bien des endroits. Les banques de remplaçants sont à sec. La suppléance obligatoire laisse craindre aux enseignants de vivre ce qu’ont vécu les infirmières avec le temps supplémentaire obligatoire. Les cas d’épuisement professionnel sont nombreux. Difficile dans ce contexte de croire qu’enseigner est le plus beau métier du monde.

«Je me demande bien comment on en est arrivé là», disait mercredi le ministre Roberge à la période de questions à l’Assemblée nationale.

«Comment on est arrivé à avoir une pénurie d’enseignants dans plusieurs classes, à avoir de la misère à trouver des suppléants pour remplacer des enseignants qui parfois sont malades, doivent s’absenter? Comment on a pu penser, pendant cinq ans, pendant 10 ans, pendant 15 ans, dévaloriser une profession comme ça au point de faire baisser les jeunes qui se dirigent vers la profession enseignante, avec de moins en moins d’inscriptions à chaque année, puis pousser des enseignants qui sont là vers d’autres professions?» 

Sa réponse : en dévalorisant la profession trop longtemps. 

Valoriser les profs et l’éducation

Il faudrait ajouter, pour que la réponse soit complète, que l’éducation n’est pas suffisamment valorisée au Québec. Les deux vont de pair. 

Le ministre dit que son gouvernement arrive avec une perspective totalement nouvelle. Le gouvernement caquiste veut revaloriser la profession et l’éducation est une de ses trois priorités.

Un air déjà entendu dans le passé.

Inscrire le statut d’expert des enseignants dans la Loi sur l’instruction publique, hausser le salaire des enseignants en bas de l’échelle salariale, prévoir du mentorat pour les «petits nouveaux» et offrir des bourses d’excellence comme le propose le ministre sont certes des mesures positives. 

Mais suffisantes pour mettre derrière nous les problèmes d’attraction et de rétention dans l’enseignement?

Si la profession est boudée et si des enseignants décrochent c’est en grande partie parce la tâche est lourde et que les conditions de travail sont difficiles.

Le nombre important d’enfants en difficulté dans les classes pèse lourd pour les profs. Ajouter 150 classes spécialisées comme le prévoit le dernier budget ne vient pas leur donner un grand répit. Le Québec compte 3000 écoles. 

Le gouvernement est certes prêt à financer des ressources professionnelles et techniques supplémentaires pour soutenir les enseignants, mais encore faut-il que les commissions scolaires les trouvent et les attirent dans le secteur public. Des psychologues, des orthophonistes préfèrent travailler au privé plutôt que de se promener d’une école à l’autre sur un vaste territoire.

Les conventions collectives viendront à échéance au printemps 2020. Le ton que prendront les négociations entre Québec et les syndicats d’enseignants et du personnel des écoles indiquera vite l’importance réelle qu’accorde le gouvernement à l’éducation. 

La croissance de dépenses en éducation est de 5,1 % en 2019-2020, mais Québec prévoit la restreindre à 3,8 % les années suivantes. Une croissance qui couvre au plus les coûts de système limite l’espoir de changer significativement les conditions de travail des enseignants.