Brigitte Breton
C’est toujours difficile de vivre la mort d’un parent, d’un enfant, d’une sœur, d’un ami. Chaque jour au Québec, pandémie ou non, quelque 170 familles doivent encaisser la perte d’un proche et repenser leur dynamique en leur absence.
C’est toujours difficile de vivre la mort d’un parent, d’un enfant, d’une sœur, d’un ami. Chaque jour au Québec, pandémie ou non, quelque 170 familles doivent encaisser la perte d’un proche et repenser leur dynamique en leur absence.

Des séquelles pour ceux qui restent

CHRONIQUE / La santé mentale des personnes endeuillées- à cause de la COVID-19 ou non -  inquiète Josée Masson, travailleuse sociale et directrice de Deuil-Jeunesse. «Il y en a qui vont frapper un mur». Un deuil, ça ne se met pas sur pause en attendant le retour à la normalité.

C’est toujours difficile de vivre la mort d’un parent, d’un enfant, d’une sœur, d’un ami. Chaque jour au Québec, pandémie ou non, quelque 170 familles doivent encaisser la perte d’un proche et repenser leur dynamique en leur absence.

Dans le contexte actuel, l’épreuve s’avère encore plus éprouvante. Plus rien n’est comme avant. Ni la fin de vie de ceux dont la mort est prévisible, ni les rituels funéraires.

De plus, signale Mme Masson, ce qui permettait auparavant aux endeuillés d’atténuer l’absence d’un proche et de retrouver une certaine stabilité n’est plus accessible. 

L’école, le milieu de travail, les loisirs à l’extérieur de la maison ne peuvent plus servir de soupape. «Pour un enfant dont la mère vient de mourir, le clin d’oeil et la compréhension de son enseignant, c’est très précieux». La présence des petits amis également.

L’ouverture des écoles et des garderies donne aussi habituellement au parent qui se retrouve chef de famille monoparentale le temps d’apprivoiser son nouveau rôle et de souffler un peu. Ce répit n’existe plus. L’épuisement guette. 

La travailleuse sociale raconte voir apparaître des déchirements au sein des familles où deux sortes d’endeuillés se dessinent :  les «chanceux» et les «pas chanceux». 

Ceux qui ont pu avoir un dernier contact physique avec l’être cher mourant, et ceux qui ont dû se contenter d’un contact visuel sur écran ou de quelques mots au téléphone. Pire, ceux qui n’ont comme souvenir que l’appel de l’hôpital ou du CHSLD annonçant le décès de leur père, de leur mère, de leur conjoint, de leur fille.

Dans certaines familles, il  y a ceux qui ont pu être présents auprès d’un proche qui a demandé l’aide médicale à mourir et ceux qui ont été retirés de la liste d’invités car leur nombre a dû être limité à cause de la pandémie.

Après le décès, il y a ceux qui ont pu assister aux funérailles et ceux qui ont dû se contenter de regarder le tout à la maison, en webdiffusion. 

Et il y a tous les autres qui doivent attendre la fin de la crise sanitaire avant de vivre leur deuil avec leur famille, leurs amis, leur communauté.

Josée Masson estime que l’impossibilité de dire un au revoir, le manque de contacts physiques et de chaleur humaine en période de deuil aura des conséquences. «La latence en période d’isolement me fait peur». Elle s’attend à de la détresse, à des dépressions, à des chocs post-traumatiques chez des personnes endeuillées. 

Notamment, parce que des gens ont tendance en ce moment à minimiser ce qu’ils vivent, à ne pas parler de leur chagrin, de leurs difficultés. 

Josée Masson, travailleuse sociale et directrice de Deuil-Jeunesse

Selon Mme Masson, certains se disent qu’il y a pire que leur deuil, que leur besoin n’est rien par rapport à la pandémie. Ils n’osent donc pas téléphoner et «déranger» le frère qui a perdu son emploi ou la mère dont l’entreprise risque la faillite pour parler du vide créé par la mort d’un proche.

Certaines personnes endeuillées doivent aussi dans l’immédiat mettre leurs émotions de côté pour assurer leur survie financière et celle de leurs enfants.

«Ce qui ne s’exprime pas s’imprime», rappelle cependant la travailleuse sociale de Québec. Elle conseille donc aux personnes vivant un deuil de ne pas hésiter à aller chercher de l’aide et de l’écoute auprès de Deuil-Jeunesse ou d’autres organismes comme le sien.

«Allez chercher des tribunes neutres et outillées. La famille n’est pas toujours la plus aidante avec son schéma de comparaisons». Les autres membres de la famille peuvent en effet être aussi fragilisés par le décès et les circonstances dans lequel il s’est produit.

D’expérience, Mme Masson sait qu’à la suite d’un décès, des enfants taisent leur peine et leur souffrance pour épargner et préserver le parent qui reste. Des adultes font de même. 

 «N’attendez pas pour aller chercher de l’aide. Plus ça va aller, plus ça va aller mal». Remettre à plus tard n’est pas une bonne idée.