Mario Labbé et Josée Scalabrini, négociateur en chef et présidente de la FSE, croient que la population est prête à reconnaître le travail des enseignants à leur juste valeur.

De l’air pour les enseignants

CHRONIQUE / Le Québec est déjà confronté à un manque d’enseignants et de classes, ce qui n’empêche pas la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) de proposer des modifications à la convention collective qui nécessiteront plus d’enseignants et de locaux. Un non-sens? Pour la présidente Josée Scalabrini, c’est plutôt le moyen de donner de l’air et de l’espoir aux enseignants en poste, et d’assurer une relève.

Ne sautez pas tout de suite à la conclusion que l’organisation syndicale est irréaliste et déconnectée.

Elle sait pertinemment que les changements qu’elle propose dans la ronde de négociations qui s’amorce avec le gouvernement ne peuvent tous se concrétiser en quelques années. 

«Ça fait 15-20 ans qu’on déconstruit en éducation. Ça va prendre quelques années pour reconstruire», affirme Mme Scalabrini qui effectue cette semaine une tournée des médias pour expliquer la démarche et les objectifs de sa fédération qui représente 63 000 enseignants d’écoles primaires et secondaires. 

Est-ce que cette ronde de négociations sera la bonne pour les enseignants? Avec le gouvernement Legault qui répète que l’éducation est sa priorité et qu’il veut valoriser la profession enseignante, avec les surplus budgétaires, la syndicaliste constate que les attentes de ses membres sont très grandes.

Est-ce que les gens cesseront de focaliser sur les deux mois de vacances des profs et leur congé des Fêtes pour s’attarder à ce qu’ils font au quotidien dans une école publique devenue fourre-tout et dont près de 20 % des élèves ont des difficultés d’adaptation, d’apprentissage ou des handicaps?

Mme Scalabrini est persuadée que le vent a changé, que la population est maintenant prête à reconnaître le travail des enseignants à leur juste valeur. 

Une reconnaissance qui doit aller bien au-delà de la paye pour attirer et retenir les enseignants dans les classes.

Oui, la fédération syndicale réclame une majoration de traitement de 8 % au 1er avril 2020 en plus des augmentations salariales annuelles. Mais la composition de la classe est aussi un élément majeur et extrêmement important. «Les enseignants ont besoin d’air et de compensation». Il faut travailler sur les deux plans.

De l’air, ça vient notamment avec des baisses de ratio maître/élèves en maternelle 4 ans, 5 ans et en première année. Le syndicat adhère à l’idée, partagée par le gouvernement, qu’il faut agir tôt. Il met donc de côté le mur-à-mur et ne réclame pas de baisses de ratio pour toutes les classes du primaire. 

De l’air, ça vient aussi avec des moyens pour diminuer le nombre d’enfants en difficulté dans les classes de la 2e à la 6e année du primaire et mettre fin à «l’intégration sauvage». Là aussi, pas d’uniformité, de mur-à-mur. «On va où sont les besoins».

La fédération réclame aussi davantage de classes spéciales. Elle veut aussi que des sommes à cette fin soient inscrites dans une annexe de la convention collective au lieu d’être une simple règle budgétaire que le ministre peut changer d’une année à l’autre.

La fédération souhaite également que l’intégration d’un élève handicapé ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage en classe régulière soit le fruit d’une «démarche analytique rigoureuse» où l’on prend en considération les besoins et les droits de cet élève, mais aussi ceux des autres élèves de la classe. 

Mme Scalabrini ne peut chiffrer le nombre d’enseignants qu’il faudra embaucher pour alléger la tâche des enseignants, réduire leur temps en classe, faire du mentorat et ouvrir des groupes où les besoins sont plus grands.

Plus de 40 % des enseignants du primaire et du secondaire sont à statut précaire. Un bon nombre pourrait donc obtenir une tâche plus complète avec les modifications proposées.

La porte-parole syndicale estime que Québec n’a pas le choix d’investir et d’envoyer des signaux positifs pour garder les enseignants en poste, en attirer dans la profession et faire revenir en classe des enseignants qui ont délaissé la profession, comme le souhaite le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

Il y a beaucoup de souffrance sur le terrain, rapporte Mme Scalabrini. Des profs en pleurs, ça existe aussi. 

«Ça ne peut plus seulement être des promesses de politiciens. Il faut que ce soit inscrit dans les conventions collectives». 

La présidente est toujours en attente de gestes concrets de la part de M. Roberge, un ancien enseignant. 

Le négociateur de la fédération, Mario Labbé, a déjà indiqué à ses vis-à-vis patronaux que la négociation ne peut se faire à coût nul et sur un mode «donnant-donnant» cette fois-ci. «C’est impossible.»

Dans quelques semaines, le ministère de l’Éducation et le président du Conseil du Trésor arriveront assurément à une autre conclusion.