Collaborer au bien des familles

CHRONIQUE / La COVID-19 a éclipsé une bonne nouvelle et un beau moment de politique cette semaine à Québec. Voir le ministre Jean Boulet et la députée péquiste Véronique Hivon à une même tribune pour annoncer que les parents adoptants auront droit, tout comme les parents biologiques, à 55 semaines de prestations parentales, cela aide à combattre le cynisme à l’égard des politiciens.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, en avait déçu, mais aussi étonné plusieurs en novembre dernier lorsqu’il avait présenté son projet de loi 51 concernant le Régime québécois d’assurance parentale.

La Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis en campagne électorale de mettre fin à l’iniquité entre les parents biologiques et ceux qui adoptent un enfant.

Or dans son projet de loi, le ministre dont le gouvernement se fait un devoir de respecter ses engagements électoraux ne tenait pas parole. Il proposait certes d’augmenter le nombre de semaines de prestations parentales auquel les parents adoptants auraient droit, mais sans toutefois mettre fin à l’iniquité.

Il prévoyait de plus un traitement différent pour les parents qui adoptent un enfant au Québec et ceux qui recourent à l’adoption à l’international. Comme si le petit Québécois qui arrive dans une nouvelle famille avait moins besoin de la présence de ses parents que celui venant d’Asie ou d’Amérique du Sud.

Qui plus est, le ministre Boulet justifiait ses choix en soutenant que traiter de façon identique parents adoptifs et parents biologiques exposerait le gouvernement à des poursuites judiciaires provenant de mères biologiques.

Évidemment, le projet de loi avait été fort critiqué, notamment par la députée Hivon qui y voyait «le maintien d’une injustice absolument intolérable», et aussi par la Fédération des parents adoptants du Québec qui réclamait l’égalité depuis des années et qui croyait leur objectif atteint avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement.

Au lieu de s’entêter, de profiter de son statut de gouvernement majoritaire pour imposer ses vues, le ministre Boulet a vite accepté de remanier son projet. Il a présenté jeudi des amendements qui satisfont la 

Fédération des parents adoptants et le Parti québécois puisqu’il en a discuté avec eux.

Le ministre dissipe aussi sa crainte des poursuites judiciaires en créant une prestation d’accueil et de soutien pour les parents adoptants. Parents biologiques et adoptants disposeront de 55 semaines de prestations pour rester auprès de leur enfant.

Tout le monde y gagne.

Les parents sont égaux, les enfants ont tous la même valeur et pourront profiter d’une année ensemble à la maison.

Certains diront que Jean Boulet et la CAQ ne veulent pas perdre de vote et espèrent plutôt en gagner en corrigeant ainsi le tir. Selon d’autres, la première version bâclée du projet de loi démontre le côté brouillon du gouvernement Legault.

C’est une façon de voir les choses.

On peut voir aussi dans ce remodelage de projet de loi qu’il n’est pas «péché» de faire un pas de côté- ça peut même donner des indulgences- qu’il est constructif d’écouter les propositions qui viennent de l’extérieur de sa propre machine et d’admettre que des éléments ou des réalités ont pu nous échapper à la rédaction d’un projet de loi.

Le ministre évite de prononcer le mot recul ou erreur. Véronique Hivon se garde bien aussi de crier victoire. Elle salue l’ouverture, l’écoute et le travail infatigable du ministre.

Tous deux parlent de collaboration, de «politique collaborative». Un travail d’équipe d’ailleurs souligné par la Fédération des parents adoptants.

Jean Boulet estime que «ce qui est important, c’est qu’on avance».

C’est en effet ce que souhaitent les Québécois, qu’importe leur allégeance politique.