Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Le ministre de l’Éducation a annoncé mardi dans un communiqué qu’il ajoute 11 millions $, aux 19,3 millions $ existants, pour élargir l’accès aux services d’aide alimentaire dans les écoles préscolaires, primaires et secondaires du Québec.
Le ministre de l’Éducation a annoncé mardi dans un communiqué qu’il ajoute 11 millions $, aux 19,3 millions $ existants, pour élargir l’accès aux services d’aide alimentaire dans les écoles préscolaires, primaires et secondaires du Québec.

Coins ronds et boîtes à lunch

CHRONIQUE / Ce n’est pas uniquement parce que leurs parents sont pauvres ou peinent à boucler leur budget que des écoliers se présentent à l’école le ventre vide, la boîte à lunch dégarnie ou son contenu peu nutritif. Selon Roseline Roussel, directrice générale de l’organisme Le Pignon Bleu, à Québec, c’est aussi parce que des familles n’ont pas, ou ne prennent pas le temps de cuisiner des repas équilibrés, et tournent les coins ronds.

On parle beaucoup de sécurité en ce début d’année scolaire sous le signe de la COVID-19. Mais très peu, de la sécurité alimentaire des jeunes. 

Pourtant, «ventre affamé n’a point d’oreilles», dit le proverbe.

Le ministre de l’Éducation l’a rappelé mardi dans le communiqué annonçant qu’il ajoute 11 millions $, aux 19,3 millions $ existants, pour élargir l’accès aux services d’aide alimentaire dans les écoles préscolaires, primaires et secondaires du Québec. 

«Les bienfaits d’une saine alimentation pour la réussite scolaire n’ont plus à être démontrés. Un élève ne peut pas être attentif en classe lorsque son ventre crie. Dans le contexte actuel, une aide alimentaire accessible pour tous les élèves dans le besoin devient incontournable», fait valoir Jean-François Roberge, dans un communiqué.

Même si le ministre a annoncé cette mesure à quelques jours de la rentrée et que celle-ci s’ajoute aux nombreux autres défis que doivent relever les directions scolaires cette semaine, l’heure n’est pas à la critique. 

Québec se préoccupe de la sécurité alimentaire des enfants et c’est tant mieux. «Vaut mieux tard que jamais», dit Mme Roussel.

Les prévisions s’annoncent en effet sombres. Selon le Club des petits déjeuners, un écolier sur trois risque d’arriver à l’école sans avoir déjeuné cette année. Avant la pandémie, un enfant sur quatre vivait cette situation au Canada.

Au lieu d’être offerts seulement dans les écoles qui se retrouvent au rang décile 7 à 10 de l’indice du seuil de faible revenu, les services d’aide alimentaire pourront l’être dans toutes. 

Le ministre explique que cette façon de procéder permettra de soutenir tous les élèves ayant besoin d’aide, peu importe le milieu socio-économique de l’école qu’ils fréquentent. 

Une approche saluée par le Club des petits déjeuners. «Il est faux de penser que seuls les enfants qui fréquentent des écoles situées dans des quartiers défavorisés ont besoin de soutien. L’insécurité alimentaire n’a pas de code postal et nous saluons la proactivité du gouvernement dans ce dossier», a commenté Marie-Claude Bienvenue, vice-présidente affaires gouvernementales Québec et affaires municipales.

Critique en matière d’éducation, la députée de Québec solidaire, Christine Labrie, est aussi agréablement surprise de la décision du ministre car encore la semaine dernière, à l’étude des crédits, le ministre Roberge semblait s’accommoder du statu quo. 

L’aide alimentaire est un dossier qui refait surface fréquemment. Le ministre Roberge aurait dû faire face à un autre tollé cette année puisque des écoles de la région de Montréal avaient déjà signalé à des parents que le programme d’aide ne serait pas disponible en 2020-2021.

Le gouvernement répond à un besoin réel devenu plus élevé à cause des pertes d’emplois et de revenus liées à la pandémie. Mais pourrait-il faire encore mieux? 

La députée Labrie rêve du jour ou le Québec s’attaquera à l’enjeu de la sécurité alimentaire de façon pérenne, structurante et non stigmatisante. «En France, les enfants mangent à la cantine». Elle cite aussi l’exemple du Danemark qui utilise les services alimentaires dans les écoles comme levier à l’agriculture biologique.

Mme Labrie croit aussi que des enfants n’auraient pas besoin des déjeuners et des collations offerts à l’école par le Club des petits déjeuners ou des organismes communautaires si leurs parents n’avaient pas à composer avec un salaire minimum à 13,10 $ l’heure ou une faible prestation d’aide sociale.  

Le Club des petits déjeuners a aussi reformulé mardi le vœu que le Québec se dote d’un programme national d’alimentation scolaire universel. 

Au Pignon Bleu, Roseline Roussel préconise également des services qui permettent de rejoindre tous les jeunes et d’éviter que certains aient l’étiquette de pauvres. 

Dans cinq écoles primaires de Québec, tous les enfants, moins bien nantis ou nantis, peuvent acheter les mêmes repas chauds et nutritifs de la cantine. Les uns payeront 1$ pour le repas, les autres plus de 5$, maximum 10$. 

Avec la Cantine pour tous, l’organisme communautaire vise à encourager l’économie sociale, lutter contre la pauvreté et accroître la sécurité alimentaire des enfants. Une recette gagnante.