Le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel Louis Plamondon est contraint à l’isolement ce qui ne l’empêche pas de travailler... autrement.

Affronter l’épreuve de front

CHRONIQUE / Je ne suis pas médecin mais l’être, je ne sais pas trop si je devrais m’inquiéter pour le député fédéral Louis Plamondon. Contraint à l’isolement, le plus ancien député de la Chambre des communes vit un sevrage violent de son grand vice: rencontrer du monde.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’est pas arrivé à rester complètement enfermé à la maison. Le vieux routier m’a confié qu’il se rend encore quotidiennement à son bureau de comté depuis son domicile.

J’en vois qui se ruent sur le téléphone pour le dénoncer à la police. Du calme! Louis Plamondon est un homme responsable et un citoyen bien au-dessus de tout soupçon de sorte qu’il a élaboré une stratégie. D’abord, il ne reste pas au bureau bien longtemps et ensuite, il a une pièce où il s’isole du monde extérieur. Un isoloir, donc.

Et si quelqu’un demande à le voir, dites-vous? Vous êtes malin... Le député l’est davantage: il reste dans l’isoloir et demande à ce que le visiteur l’appelle au téléphone depuis l’entrée du bureau. Si le coronavirus arrive à déjouer ça, franchement, chapeau pour le monstre.

Le politicien témoigne avec émotion de l’épreuve qu’il affronte présentement. «J’suis pogné pour faire du téléphone, a-t-il lancé non sans une pointe d’exaspération qui ne m’a pas échappé. Normalement, quand je rentre d’Ottawa la fin de semaine, du vendredi après-midi au dimanche soir, c’est toujours entre huit à douze activités auxquelles je prends part. Je n’arrête pas de rencontrer du monde. Si je n’ai pas d’activité, j’arrête à l’aréna en passant, je vais prendre un café, je vais voir des expositions d’art. Avant l’isolement, je me trouvais toujours des endroits où aller pour jaser.»

Je l’interromps pour louer la méritoire franchise avec laquelle il expose le vice qui le ronge.

«Là, poursuit-il, il m’a fallu arrêter ça d’un coup sec.» Il y a de quoi s’inquiéter en l’entendant parler de la sorte. Je vous rassure: sa voix était bonne, son humeur, guillerette. Même qu’il ne faut pas lui parler bien longtemps pour identifier un des mécanismes insidieux du mal dont il souffre: il est diablement sympathique. Ça stimule la conversation, les rencontres. Pas étonnant qu’il ait perdu pied sur la pente glissante de son mal dès ses premiers pas en politique.

D’ailleurs, il n’est pas accro qu’aux rencontres; au boulot, également. «Je suis l’actualité de près à travers les journaux, la télévision. Si un événement a lieu dans mon comté, si on fête un anniversaire, si on ouvre un commerce, j’appelle les gens plutôt que d’y aller. Je continue de m’occuper de ma correspondance. Disons qu’habituellement, c’est moi qui écrit mais là, je dicte davantage les messages. Je continue de travailler, en somme, mais de façon différente.»

«Par ailleurs, je ne me cherche pas de nouveau passe-temps mais je lis davantage. J’ai toujours deux ou trois livres commencés que j’ai le temps de reprendre: il y a normalement un roman avec un livre scientifique ou des bouquins d’économie. Des choses sur le Québec, beaucoup.»

Je suis content d’avoir au bout du fil le député le plus expérimenté pour avoir son point de vue sur l’incroyable crise que nous vivons. «Jamais je n’ai pensé qu’un microbe pourrait un jour prendre contrôle de la Terre. Je pensais avoir tout vu, mais non! Avec toutes les connaissances scientifiques qu’on possède, on n’a pas pu empêcher cette pandémie. Même les deux guerres mondiales du XXe siècle se déroulaient dans des territoires spécifiques alors que là, c’est planétaire.»

Le député est ainsi fait que chez lui, le bon côté des choses prend toujours le dessus. «Je suis agréablement surpris de voir la discipline dont les gens font preuve. Quand on a demandé aux Québécois d’aller donner du sang, on a vu la réaction immédiate. C’est pas mal extraordinaire.»

La conversation a beau être conviviale, l’analyste politique est constamment en embuscade. Notez: c’est si ce n’était pas le cas qu’il faudrait s’inquiéter. Louis Plamondon ne peut s’empêcher de déplorer la lenteur dont a fait preuve le gouvernement fédéral pour réagir. Il s’inquiète pour les nombreux producteurs agricoles de son comté de Bécancour-Nicolet-Saurel et d’ailleurs, il n’est pas égoïste, qui auront bientôt besoin de main-d’œuvre étrangère. «Il faut permettre l’entrée de ces gens au pays en s’assurant qu’ils respectent un isolement de 14 jours à leur arrivée. On ne peut pas se passer d’eux. La production d’asperges arrive tôt en saison, les fraises aussi. On ne peut pas priver les citadins de ces produits.»

Vous savez quoi? Cette crise a du bon: elle oblige cet indécrottable optimiste à affronter une situation inédite et à inventer des solutions à des défis encore jamais rencontrés. «C’est comme être un tout jeune député et aborder des problèmes pour la première fois. Je ne déteste pas ça; c’est toujours agréable d’avoir vingt ans.»