Patrick Duquette

Sur les traces d’Amelia

CHRONIQUE / Dis-moi, Aarohi, c’était comment là-haut, dans ton petit avion de rien du tout ?

Aarohi Pandit, une jeune aviatrice indienne de 23 ans, est devenue la toute première femme à traverser l’Atlantique en solo à bord d’un avion ultraléger sportif, la semaine dernière. Un exploit réussi seulement trois fois avant elle, toujours par des pilotes masculins.

Patrick Duquette

Vous en faites un décrocheur!

CHRONIQUE / Un moment donné, Jean-François Demontigny a perdu patience. La direction de l’école secondaire collait des retenues à répétition à son fils Antoine, 14 ans, diagnostiqué du syndrome d’Asperger. Le jeune a commencé à se décourager, à haïr l’école, à parler de tout lâcher. « Vous êtes en train d’en faire un décrocheur ! », a lâché le père à l’attention de l’école.

Pourtant, Antoine est un petit gars brillant. Mais désorganisé ! À la maison, il oublie de fermer les tiroirs ou la porte du garage, ou encore de tirer la chaîne de la toilette. À l’école, il oublie constamment son étui à crayons, il se trompe de cartable, il arrive en retard en classe. Si personne ne l’aide à faire le ménage de son casier, celui-ci se transforme vite en bordel indescriptible. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’Antoine a un syndrome d’Asperger léger avec « troubles organisationnels ».

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Nostalgie ferroviaire [PHOTOS]

CHRONIQUE / Oui, j’ai ressenti un brin de nostalgie en contemplant la carcasse du p’tit train à vapeur Hull-Chelsea-Wakefield (HCW). Comment faire autrement ?

L’ancienne gloire touristique de l’Outaouais, qui a remporté de nombreux prix et attiré des milliers de visiteurs, est en voie de démantèlement dans un parc industriel de Hull.

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L'art perdu de s'apprivoiser

CHRONIQUE / J’ai repensé au Petit Prince, à ce passage où le renard refuse de jouer avec le petit gars qui lui en fait la demande. Essaie d’abord de m’apprivoiser, lui dit le renard. On verra ensuite s’il y a moyen de moyenner…

J’ai repensé au Petit Prince en écoutant Suzanne, André, Claire et Josée me parler de leur club de célibataires pour 50 ans et plus. Un club qui n’est pas qu’un endroit où trouver l’amour, mais aussi un réseau social où se crée de l’amitié, de l’entraide, de l’écoute.

Un réseau social à l’ancienne mode. Où les choses se passent comme avant Facebook, Instagram ou Réseau Contact. Un réseau social de chair et d’os. Où les contacts humains se font en personne plutôt que par écran interposé. Un club où les gens se parlent. Oui, se parlent. À l’heure du texto, la parole est un art qui se perd. Si la théorie de Darwin se vérifie, l’humain aura un jour une langue atrophiée et des pouces surdimensionnés à force de pitonner sur des écrans.

Suzanne Bélair, 52 ans, s’est inscrite au club Les belles rencontres Outaouais d’abord pour trouver l’amour. Mais aussi pour rencontrer des gens, elle qui travaille sur des horaires atypiques. Le club organise 15-20 activités par mois. Des soupers, des danses, des sorties de quilles ou de golf… Suzanne y va quand ça lui adonne. Elle apprécie le « naturel » des activités. Rien à voir avec le côté un peu emprunté des blind dates.

« C’est pas comme aller prendre un café avec un homme rencontré sur Réseau Contact. On voit les gens dans un milieu naturel. On ne saute pas sur la personne. On apprend à la connaître, à la voir interagir avant de l’approcher. La grosse différence, par rapport à des échanges virtuels, c’est l’authenticité. Il y a moins de faux-semblants. »

Même son de cloche de la part de Josée La France, 56 ans, célibataire et responsable des communications. 

Les nombreuses activités organisées par le club font ressortir la véritable personnalité des membres. 

Un exemple ? « Un homme était assis face à moi lors d’un souper. Cette fois-là, rien à faire. Pas moyen de faire la conversation. Depuis je l’ai côtoyé dans différents milieux. Et là, ça a connecté », dit-elle.

Le club compte 30 % d’hommes, dont André Leduc, 68 ans. Il s’est inscrit à la suggestion d’une amie. « Je venais de prendre ma retraite, je voulais enrichir mon côté social, raconte-t-il. Je n’étais pas nécessairement à la recherche de l’amour… même si ce n’était pas exclu d’emblée. »

André non plus n’est pas friand de la frénésie des sites de rencontres en ligne. À force de faire défiler des partenaires potentiels sur un écran, tu en oublies que les véritables rapports humains se forgent à force de patience et d’écoute, dit-il. « Dans le réel, il faut que tu prennes le temps de connaître l’autre, de respecter son rythme. Le réel te force à ralentir. Notre club offre peut-être moins de choix que les réseaux sociaux. Mais en fait de qualité, il n’y a pas de comparaison ! »

Comme disait le renard au Petit Prince, si tu veux un ami, apprivoise-moi ! Il se produit de belles choses quand les gens prennent le temps de s’apprivoiser, sans brusquer les choses, constate la présidente du club, Claire Lavoie. 

« Je me souviens d’un déjeuner, quelqu’un a fait une confidence inattendue. Quelque chose de très personnel. Le premier moment de surprise passé, nous avons tous eu la même réaction : nous asseoir et écouter. Cette personne avait besoin de dire quelque chose. Puis chacun est reparti de son côté. Il n’y a pas eu de bavassage, rien. Seulement l’impression d’avoir partagé un moment précieux. »

***

Renseignements : lesbellesrencontres@videotron.ca ou 819-770-0390.

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L’hydre Facebook

CHRONIQUE / Discipliner Facebook, oui. Mais comment faire ? Les médias sociaux ressemblent au monstre de la mythologie. Tu lui coupes une tête, il lui en repousse deux autres. Seul le héros Hercule pourrait terrasser une telle bête. Et encore…

On le voit ces jours-ci alors qu’une photo de la « fillette de Granby » allongée dans son cercueil circule abondamment sur les médias sociaux — au mépris de la loi et de la bienséance la plus élémentaire. Ni les avocats du ministère public ni le réseau Facebook ne semblent en mesure d’empêcher les photos de circuler.

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Un mauvais pressentiment

CHRONIQUE / Une autre morsure de pitbull à Gatineau, un autre petit gars défiguré. Et encore, et toujours, la sidérante impression que les autorités sont impuissantes à nous protéger des bêtes féroces. Oui, on va euthanasier le chien. La belle affaire ! Il est un peu tard, non ?

Dans le reportage de TVA, j’entendais la directrice de la SPCA de l’Outaouais dire que le « comportementaliste » de service n’avait décelé aucun problème chez le chien qui venait d’être donné en adoption. Je veux bien que les pitous aient des émotions comme les humains. Je veux bien qu’on leur fasse passer des « tests d’aptitude » avant de les confier à leur nouveau propriétaire.

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Mal-être collectif

CHRONIQUE / C’est la semaine de la santé mentale et, comme toujours, je suis subjugué par l’ampleur de notre mal-être collectif.

Une personne sur cinq serait atteinte d’une maladie ou d’un problème de santé mentale chaque année au Canada.

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Quel gâchis !

CHRONIQUE / Oui, quel gâchis ! Mes collègues Justine Mercier et Patrick Woodbury ont survolé la région jeudi alors que le niveau des eaux avait atteint son apogée.

Les images prises du haut des airs illustrent l’ampleur du désastre. Quyon, Pontiac, Aylmer, Constance Bay ont l’air de zones de guerre avec leurs tranchées et leur ligne de front constellée de sacs de sable.

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La vie ne tient qu’à une digue

CHRONIQUE / Est-ce que la digue tiendra le coup?

Ces jours-ci, le destin du quartier Britannia, à Ottawa, repose tout entier sur une impressionnante digue de 750 mètres de long, construite à la demande de la communauté pour mieux la protéger contre les crues printanières.

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Le traumatisme invisible

CHRONIQUE / J’écoutais Sylvie Goneau à la radio l’autre jour. L’ex-conseillère municipale racontait à l’animateur Roch Cholette comment elle se sentait à la veille de vivre une seconde inondation en trois ans à Gatineau.

Malgré un combat de tous les instants, Mme Goneau a perdu sa maison du boulevard Hurtubise en 2017. Depuis, elle s’est fait reconstruire, au même endroit, une demeure censée résister aux crues printanières.

À l’abri dans sa nouvelle maison surélevée, Mme Goneau pensait qu’elle pourrait observer d’un œil serein cette nouvelle montée des eaux à travers la fenêtre de sa cuisine. Au lieu de quoi, les images de 2017 reviennent la hanter. Elle devrait avoir le cœur en paix. Mais elle ne l’a pas. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas fini de vivre les inondations de 2017, a-t-elle expliqué en substance à l’animateur.

Et je pense qu’elle a raison.

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Après 2017, des efforts considérables ont été dirigés vers la réparation de dommages matériels immenses et évidents. Nous n’avons pas réalisé pleinement l’ampleur des dommages humains. Du drame invisible qui se tramait dans la tête des sinistrés. L’eau n’inonde pas que les caves, elle s’infiltre dans les esprits. Au centre des sinistrés Jean-René Monette, tout près de la ligne de front des inondations, les intervenantes psychosociales voient arriver les mêmes sinistrés qu’en 2017. Sauf qu’ils sont plus fragiles que la première fois, raconte la chef d’équipe Marie-Claude Blanchard.

« Certains se sont remis assez bien des inondations de 2017. D’autres sont encore fragilisés. Ils ont des flash-back. Ils s’imaginent les pires scénarios, ruminent des pensées pessimistes, voire des idées suicidaires. Certains sont résignés à perdre leur maison. Beaucoup veulent juste obtenir un dédommagement et quitter le secteur. »

Des sinistrés présentent même des symptômes rappelant un choc post-traumatique. Hypervigilance, anxiété anticipatoire… Face à cette détresse, les intervenantes psychosociales écoutent, encouragent. Celles qu’on a rebaptisées les « anges blancs », en raison de leur sarrau distinctif, aident les sinistrés à faire la part des choses.

« Si quelque chose de gros survient dans notre vie, c’est normal d’avoir peur, d’être triste, de se sentir dépassé. Ce sont des symptômes normaux de stress aigu. Nous, on tente d’intervenir rapidement pour éviter que ces gens se détériorent », explique Mme Blanchard.

Une centaine d’« anges blancs » sont mobilisés en Outaouais. Les intervenants multiplient les appels de bienveillance auprès des sans-réseau, des sans-argent, des gens avec des problèmes de santé ou de consommation… « Les plus vulnérables, on les connaît pas mal tous de la première inondation. On n’est pas obligés de tout recommencer à zéro », explique Mme Blanchard.

Après les inondations de 2017, les services psychosociaux sont restés impliqués pendant six mois. Le temps que les gens se replacent. Cette fois-ci, l’entre-deux risque de s’éterniser en raison de la pénurie de logements. « Nous, on va ramasser la détresse liée à cela. Le découragement, les idées noires, la colère, voire la rage… », décrit Mme Blanchard.

Le plus dur à vivre, et pas seulement pour les sinistrés, c’est l’impuissance.

Tout le monde se sent impuissant face à une nature capable d’emporter une digue d’un coup d’épaule comme à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Mais c’est cette même impuissance collective qui nous rend si solidaires. On vit dans un monde où des politiciens se plaisent à nous dresser les uns contre les autres. Contre dame Nature, c’est un pour tous, tous pour un. Rien de plus fédérateur qu’une catastrophe naturelle !

Justement, ça fait une sacrée différence. « Le message le plus apprécié des sinistrés, reprend Mme Blanchard, c’est vraiment le soutien et la solidarité de la communauté. Si vous êtes membre de leur entourage, soyez patient. Soyez vigilant. N’hésitez pas à demander de l’aide pour eux. »