La griffe à Beaudoin

Le plaisir électoral sera partout

Il y a comme toujours beaucoup d’appelés, ou qui se présument appelés ou souhaitent vivement l’être, mais il n’y aura au bout du compte pas plus d’élus qu’il n’y a de postes à combler.

Si on fait un calcul simple, il y aura bien le cinq novembre au soir, journée du scrutin municipal, dans les sept villes de la région, 76 déçus parmi les aspirants à des postes de conseiller et onze dans les aspirants à la mairie.

Avec la fermeture des candidatures vendredi à 16 h 30, la carte électorale est fermée. On sait maintenant qui pourra mettre sa face sur les poteaux, bien que plusieurs l’aient déjà fait et que beaucoup, comme à l’habitude, ne vont pas le faire. C’est leur choix, souvent imposé par les limites de leur maigre financement électoral.

Les politiciens vont certes prendre la parole, et plus souvent qu’à leur tour dans les quatre semaines à venir. Mais le dernier mot, ce sont les électeurs qui vont le prononcer. Une fois aux quatre ans, ils les tiennent par les… parties sensibles. On ne peut pas dire que les électeurs exagèrent. 

La dernière journée pour le dépôt officiel des candidatures n’a pas réservé énormément de surprises, si ce n’est que l’ex-maire de Louiseville, Guy Richard, a déposé la sienne dans les dernières heures et qu’on s’est demandé jusqu’à vendredi si Judeline Corriveau n’avait pas changé d’idée. Elle affrontera Michel Angers.

Il fallait en avoir la certitude. 

Comme on s’y attendait, Geneviève Dubois, qui avait accédé à la mairie de Nicolet en octobre 2016, a été réélue sans opposition. 

Il y aura donc des luttes à la mairie dans six des sept municipalités de la région et on ne peut guère tenir d’acquis presque nulle part chez les maires sortants.

Les résultats électoraux de 2013 ne peuvent que forcer Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, à beaucoup de prudence, car il avait alors glissé sous la barre des 50 pour cent de votes en sa faveur. 

Celui que l’on peut désigner comme son principal adversaire, Jean-François Aubin, lui oppose certes une expérience politique plus modeste et une notoriété plus courte. Mais l’ex-conseiller municipal a confirmé sa candidature dès le début de l’année et il s’est appliqué avec beaucoup de sérieux à faire ses devoirs de candidat. Il a fortement gagné en confiance et en crédibilité.

Le problème, c’est qu’un autre candidat, André Bertrand, ex-commissaire industriel à IDE-Trois-Rivières s’est aussi mis sur les rangs et que ses engagements électoraux portent dans des secteurs de la ville, comme le Cap-de-la-Madeleine et sur des engagements, comme un gel de taxes, qui promettaient d’être productifs à Aubin. 

À Shawinigan, rien de changé. Michel Angers aura bel et bien deux adversaires, mais on peut difficilement le croire en danger. Comme en 2013, il a pu s’éviter des candidatures costaudes. 

Le maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, devra composer avec le scénario électoral le moins intéressant, puisqu’il s’agira d’une lutte à deux avec l’ex-directrice de la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur-du-Québec, Martine Pepin. 

Il faudra voir si la relation de collaboration avec Trois-Rivières, en particulier sur la question du développement économique que cette dernière lui reproche, sera la question de l’urne à Bécancour. Et si tel est le cas, comment cela se traduit dans le vote. 

À Louiseville, on comprend que Guy Richard veut prendre sa revanche. Son échec de 2013 lui était probablement resté bien coincé dans la gorge, défait sans ambiguïté par un petit maire à chapeau de velours et papillons flamboyants, mais aussi coloré dans ses propos et qui n’a pas la langue de bois.

Sauf que Laurent Robitaille, ancien directeur de l’Office municipal d’habitation, avait déjà fait connaître depuis un bon bout de temps sa candidature.

Il y avait au moins un grand point de division entre ce dernier et Yvon Deshaies, le maire sortant: le pot. Le premier étant contre et le second, plus que favorable. Faudra voir ce que Richard, un paramédic, a à dire là-dessus. 

Cela promet des discussions animées à la Tabagie Grand-Père et peut-être même qu’il faudra agiter la cloche pour calmer les esprits.

À La Tuque, avec quatre candidats à la mairie, sans maire sortant, on serait avisé d’ausculter les Chevaliers de Colomb ou de prendre un café, l’oreille bien tendue, chez Gauvin pour avoir une idée duquel a le meilleur panache électoral pour remplacer Normand Beaudoin. 

Cela va se passer en plein festival de chasse…

Reste maintenant à savoir si à Saint-Tite, les électeurs vont tenir rigueur au maire sortant André Léveillé pour le gênant jeu de chaise musicale auquel il s’est prêté, annonçant d’abord son retrait de la vie politique pour revenir sur sa décision parce que son dauphin, le maire sortant de Saint-Prosper, Michel Grosleau n’était pas éligible. 

André Léveillé était habitué aux réélections sans opposition. La dernière fois, c’est même tout son conseil municipal qui avait été réélu en bloc. Mais cette fois, il a une adversaire connue: Annie Pronovost, qui était conseillère municipale. 

À Saint-Tite, il y a aussi des candidatures féminines à quatre des six postes de conseiller dont deux sont déjà réélues sans avoir reçu d’opposition. 

Dans les sept villes de la région, il y a presque le même nombre de candidats à la mairie qu’en 2009, soit 18 comparativement à 17. Il y a par contre vingt-neuf candidats de moins à des postes de conseiller. 

Cette dernière baisse est surtout attribuable à Trois-Rivières parce qu’on y  compte 42 candidats contre 69 aux dernières élections. Il y a certes deux districts de moins. Il y a surtout qu’après l’échec du Groupe des 7 et l’extermination de Force 3R, on a assisté depuis quatre ans à un grand décrochage politique au municipal.

Il reste quand même assez de candidats partout, y compris à Trois-Rivières, pour que l’électeur ait son petit moment de jouissance en se laissant désirer. Qu’il en profite, ça ne durera pas. Ça ne dépassera pas le 5 novembre.

Chronique

Qui a volé l’invention de Michel?

Il y a quelqu’un, quelque part, qui a en sa possession un engin ne lui appartenant pas. Ce vélo à trois roues, reconnaissable entre mille, est l’invention de Michel Landry qui avait le torse bombé en donnant ses premiers coups de pédale. L’homme de 67 ans ne sait pas qu’on le lui a volé. Il est décédé il y a deux semaines.

Une plainte a été déposée à la police et des photos du tricycle électrique ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Son ami Pierre Massicotte ne veut pas en rester là.  Il gère sa colère et choisit ses mots, mais on ne peut pas lui reprocher d’utiliser le mot «crotté» pour décrire la personne qui a vraisemblablement profité de la mort subite de celui qui était aussi son voisin pour s’emparer de la drôle de bécane qui relève du génie. 

Il ne faut pas s’étonner de ne voir aucune photo de Michel Landry  jointe à cette chronique. Son avis de décès a également été publié sans portrait. Quand on le connaît mieux, on comprend qu’il aurait apprécié qu’il en soit ainsi. 

«Michel était un ermite qui passait ses journées dans sa remise», raconte Pierre Massicotte qui l’a côtoyé quasi quotidiennement depuis 37 ans. Lorsque l’enseignant en charpenterie menuiserie a construit sa maison sur le boulevard Saint-Jean,  de biais à celle d’un homme en apparence sans histoire, il est l’un des rares qui a pris le temps de s’intéresser à lui.

Sept jours sur sept, douze mois par année, Michel Landry entrait dans son cabanon à 7 h pile pour en sortir à 23 h, très exactement. Impossible de briser sa routine. Même le jour de Noël, Pierre Massicotte était certain de le retrouver entouré de ses outils, en train de bricoler. «C’est le meilleur chum que tu pouvais avoir. Pas besoin de l’appeler. Il était toujours là.»

Dans la vingtaine, Michel Landry a travaillé chez Pratt & Whitney, dans la région de Montréal, pour revenir à Trois-Rivières aussitôt qu’il a eu les moyens de s’offrir une Plymouth Duster 340. Il n’a plus jamais voulu d’emploi stable par la suite. Il a préféré besogner à gauche et à droite, en faisant les foins et en aidant à refaire des toitures. 

M. Landry n’a jamais demandé non plus à recevoir des prestations d’aide sociale. «Il ne voulait rien devoir à personne», raconte Pierre Massicotte en ajoutant que la débrouillardise était sa plus grande richesse. 

Le célibataire aimait plancher sur un nouveau projet qu’il ne refaisait jamais deux fois. Chaque modèle demeurait le seul et unique d’une série sans lendemain. À quoi bon. Avant même de poser la première vis, l’inventeur savait que son prototype ne pouvait être à son entière satisfaction, qu’une fois terminé, il allait se dire: «J’aurais dû faire ceci comme cela et cela comme ceci.» 

Un perfectionniste ce Michel, logique, analytique, sensible aux moindres petits détails, doté d’une mémoire infaillible... 

Chroniques

Le tour de Benjamin, le héros

Benjamin avait le choix. Ça aurait pu être Disney. Il y a sérieusement songé d'ailleurs. Puis un bon matin, sa décision était prise. Son souhait le plus cher, celui qui pouvait l'aider à garder le moral entre tous ses traitements, c'était une piscine dans sa cour, pas plus compliqué que ça.
Elle est installée depuis quelques semaines déjà et le garçon de huit ans n'a pas mis de temps à plonger dans l'eau comme on saute à pieds joints dans le bonheur. Il est en rémission complète, comme quoi il faut toujours s'accrocher à son rêve. 

Actualités

La future avocate devenue soudeuse

Marie-Alice Djuka a étudié le droit avec l’ambition de devenir une brillante avocate et de rendre, un jour, son propre verdict. Elle exerce finalement le métier de soudeuse.

Que s’est-il passé entre son rêve d’être nommée juge et sa réalité non moins honorable? La Camerounaise a changé de direction comme les pales d’une éolienne tournent au gré du vent.

Je ne suis pas la première à lui dire qu’on lui donne dix ans de moins. Je ne crois pas non plus faire un faux pas en ajoutant que cette femme de 43 ans est la seule à parler avec un accent africain parmi tous ses collègues masculins. 

Vêtue de sa combinaison de travail, elle m’a suivie dans la salle de réunion de la haute direction de Marmen, l’employeur de celle qui passe habituellement inaperçue avec son masque devant le visage. Cette spécialiste de la soudure a pris place timidement à l’extrémité de l’immense table de conférence, visiblement étonnée que je m’intéresse à son histoire pas tout à fait comme les autres.

Deuxième de six enfants, Marie-Alice Djuka est née et a grandi à Dschang, une ville historique et universitaire pas trop grande ni trop petite, comparable en quelque sorte à Trois-Rivières. Son père, un commerçant qui avait sa propre parfumerie, n’avait pas eu la chance de faire de longues études, mais il s’était promis que ce serait le cas de tous ses enfants. 

À tour de rôle, ces derniers ont bénéficié du soutien pédagogique d’un «répétiteur», une sorte de prof privé qui leur faisait réviser les apprentissages après les heures de classe. Il en a été ainsi pendant toute l’enfance et l’adolescence de Marie-Alice, jusqu’à son entrée à l’université en fait.

«J’ai eu des parents qui nous ont inculqué le sens du devoir, qui nous ont fait comprendre l’essentiel de s’instruire.»

La griffe à Beaudoin

CSAD: le contribuable devra payer

(Chronique) «On est prêt à arriver à une solution pour sauver le CSAD.»

Même après d’infinies réserves sur la responsabilité qui devrait incomber à la Ville de Trois-Rivières dans  le maintien des opérations du Complexe sportif Alphonse-Desjardins, le fait que le maire Yves Lévesque ait prononcé le mot «sauver» constituait déjà une petite victoire pour la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. 

En rapportant cette semaine un déficit accumulé de 4,2 millions $ attribuable en totalité au CSAD, Claude Lessard, le président de la Commission scolaire, avouait qu’il souhaitait que la situation déficitaire du CSAD fasse partie du débat électoral municipal.

Même s’il invitait toutes les candidates et tous les candidats aux postes de conseiller ou de maire à s’exprimer sur le sujet, on sait bien que c’était avant tout les candidats à la mairie qui étaient visés, et peut-être surtout, parce que c’est celui qui est en place et que son potentiel de réélection existe,  il voulait faire se compromettre Yves Lévesque.

Pour le candidat à la mairie André Bertrand, la cause est entendue. La Ville n’a pas à acquérir ces installations .

De son côté, l’aspirant à la mairie offrant le plus fort potentiel, Jean-François Aubin, a d’abord renvoyé la balle au ministère de l’Éducation, qui a approuvé le CSAD, en y ajoutant cependant beaucoup de nuances et une certaine ouverture. «Il faut… que chacun y mette du sien.»

L’option du transfert du CSAD à la Ville de Trois-Rivières a été rejetée par tous les candidats. Par contre, même si c’est du bout des lèvres, Lévesque et Aubin admettent qu’il faudra accepter de discuter pour dénouer le problème.

C’est vrai que le CSAD est un équipement qui appartient à la Commission scolaire, même si dans les faits la ville et ses citoyens en sont à 75 % les utilisateurs, le reste du temps étant occupé par le programme sport-études de la Commission scolaire.

On s’entend que si le CSAD ne générait pas de déficit, la Commission scolaire ne se proclamerait pas en mode panique pour s’en débarrasser ou s’assurer que la Ville ramasse son ardoise déficitaire.

Le CSAD est dans son genre un équipement assez unique et prestigieux au Québec qui a fait l’admiration de tous ceux qui l’ont visité, à commencer par les politiciens, dont l’ex-premier ministre Jean Charest qui l’avait inauguré.

C’est le genre de complexe que l’on souhaiterait voir implanté partout. Au sport-études, par exemple, la diplomation des élèves inscrits y atteint 99 pour cent comparée à 75 pour cent dans le programme scolaire régulier. Mais c’est aussi, en raison de ses nombreux plateaux, une offre sportive et récréative inestimable pour une communauté. 

Et un outil de développement touristique de première valeur, car on peut y tenir beaucoup de championnats sportifs d’envergure.

Qu’on pense seulement à la Coupe Burrows qui a réuni cet été 1100 joueurs de dekhockey, une discipline sportive en forte croissance. Avec les parents et les amis qui les suivent, ça doit bien valoir en retombées économiques un ou deux superbes bateaux de croisière qui s’amarrent au port de Trois-Rivières.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, pourtant un ancien député de Trois-Rivières, refuse de se mouiller, pour l’instant, et prévient qu’il n’est vraiment pas chaud à l’idée de ramasser le déficit du CSAD. La Commission scolaire n’a pas de volonté, ni même de pouvoir de taxation pour assumer les déficits annuels du CSAD et il n’est pas question pour elle de détourner dans ce sens la moindre cenne du reste de ses responsabilités éducatives et de ses services aux élèves.

Tout le monde se tourne donc vers le partenaire devenu récalcitrant, la Ville de Trois-Rivières, à qui on voudra faire porter l’odieux si, dans un coup de force, on annonçait un jour la fermeture pure et simple du CSAD.

La Ville a une entente d’utilisation de 25 ans avec la Commission scolaire qui lui coûtera 20 millions $. 

Au moment de la signature de celle-ci, en 2013, les deux parties présumaient que les opérations du CSAD seraient à coûts nuls.  

Sauf qu’on a appris dès l’année suivante, à la suite d’un rapport de la Vérificatrice générale du Québec que, dans les faits, c’était loin d’être le cas et que ça ne le serait pas davantage dans l’avenir. 

Il semble que la direction du CSAD parvenait à camoufler des pertes annuelles de 800 000 $ à 1,2 million $ par des inscriptions comptables faussées. Il faut être prudent là-dessus, car la Commission scolaire poursuit en justice d’anciens hauts dirigeants du CSAD et une firme comptable qui ont répliqué par des contre-poursuites.

Il y a qu’en plus, la Ville, qui voulait y rattacher son futur colisée, s’est détournée du CSAD au profit du District 55.

On murmurait à l’époque que les phases à venir servaient à éponger les pertes précédentes. Un genre de fuite en avant. Le colisée, c’était la phase 5, un très gros morceau pour le CSAD qui prévoyait jusqu’à dix phases de développement. La grosse affaire…

Avec pas de colisée, c’était le début de l’effondrement. 

Même si on a mis sur pied un comité tripartite, Ville, Commission scolaire et CSAD pour tenter de régler le problème budgétaire, c’est l’impasse.

La Ville s’en tient à l’entente initiale qu’elle refuse de rouvrir. Même que les en-lieux de taxes de plus d’un demi-million qu’elle retournait chaque année à la Commission scolaire n’ont pas été versés cette année. Parce que cette allocation n’était pas comprise dans l’entente, la Ville est dans son plein droit légal de retenir le chèque. Dans son plein droit moral, c’est à voir…

On peut comprendre les hésitations de la Ville, car en plus du déficit annuel moyen d’un million de dollars, le CSAD nécessitera, très bientôt,  plusieurs millions d’investissements dans la remise à jour de certains équipements. La «promise» n’apparaît pas dans toute sa splendeur économique. 

Qui devra payer? Le ministère de l’Éducation, la Commission scolaire, la Ville? On s’entend que, d’une façon ou d’une autre, ce sera le contribuable.

Coup de griffe: Faudra vraisemblablement pas compter sur les Cataractes ni sur les Canadiens pour nous remonter le moral. À moins que Nashville, avec Samuel Girard et P.K. Subban, fasse l’affaire. Avec Saint-Tite, on est un peu western dans la région.

Coup de cœur: Faudra-t-il l’appeler saint Donald Martel, tant il était peiné cette semaine que les députés de la Mauricie, qu’il espère renversés par la CAQ l’an prochain, n’aient pas eu de ministères et Julie Boulet, un plus gros. L’âme politique a parfois de ses mystères…


Le monde selon Goudreault

Les couilles de l’avenir

« On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. »- Anonyme

CHRONIQUE / Des raisons de s’inquiéter, ça pousse plus vite que des Tim Hortons le long de l’autoroute 20. On a l’embarras du choix : l’accélération du réchauffement climatique, la menace nucléaire, la corruption politique, le retour des Nordiques, etc. Les nouvelles anxiogènes pullulent, mais si je devais en choisir juste une aujourd’hui, j’opterais pour l’avenir de nos testicules.

Ma famille est désormais complétée et ma sérénité ne saurait tolérer son expansion. Ce n’est pas par égoïsme ou phallocentrisme que je m’inquiète pour l’avenir de la couille, mais par pur humanisme; la moitié de l’humanité perd la moitié de sa fertilité! Une étude d’une ampleur inédite vient de démontrer que le nombre de spermatozoïdes produits par les hommes des pays industrialisés a chuté de 60 % en 40 ans. C’est énorme! Surtout quand on considère les migrations urbaines et l’industrialisation des pays émergents. Partout sur la planète, de plus en plus d’hommes sont de moins en moins fertiles. L’avenir de l’humanité est en jeu.  

Dans ma Presse estivale, Phillipe Mercure rapportait d’ailleurs les propos du Dr Hagai Levine, responsable de cette vaste recherche internationale, une méta-analyse de 185 études distinctes : « Il s’agit d’un urgent signal d’alarme. La fertilité de notre espèce est peut-être la chose la plus importante pour nous. » Je m’attendais donc à voir Céline Galipeau afficher un air des plus sévère pour traiter le sujet de long en large au Téléjournal. J’anticipais les réactions enflammées de Denis Lévesque, les entrevues de fond de Paul Arcand, la montée aux barricades de Lysiane Gagnon, les hypothèses alambiquées de Richard Martineau. Mais rien. Rien de rien. À une vitesse alarmante, notre espèce perd les moyens de se reproduire et on ne voit pas l’intérêt d’en faire état?

J’ai envisagé diverses options pour sonner l’alarme et attirer l’attention sur cette recherche. J’ai considéré louer un petit planeur et y accrocher une banderole prônant la protection de la couille occidentale. J’ai ensuite songé à une campagne de sensibilisation en partenariat avec le lobby de l’œuf. Même l’image destiné à cette chronique devait être beaucoup plus choquante, mais mon amoureuse m’a interdit de diffuser mes photos intimes. Vous l’avez échappée belle! Je ne m’inquiète pas moins du manque de retentissement médiatique de cette méta-analyse.

La bombe a éclaté cet été dans la revue scientifique Human Reproduction Update. Le sérieux de la recherche ne peut être remis en question. Les chiffres parlent haut et fort. En 38 ans, les mâles occidentaux ont connu un déclin de 52 % de la concentration de spermatozoïdes dans le sperme. Une perte constante. Et aucun ralentissement de ce déclin à l’horizon.  

À qui la faute? Sont-ce les produits chimiques utilisés dans le traitement de l’eau potable? Nos aliments transformés imbibés de pesticides? Les adjuvants des vaccins? La pollution atmosphérique? Les ondes radio qui saturent nos villes? La surexposition à Éric Salvail? Personne ne le sait, mais ce serait pertinent de le découvrir. Reste à investir dans la recherche, mandater une nouvelle équipe ou convaincre celle qui a documenté le phénomène de reprendre du service. Est-ce que la volonté politique sera au rendez-vous? Comment rassembler les fonds pour mener une recherche internationale de cette envergure? Combien de puissants lobbys contesteront les résultats obtenus? Va savoir!

La liste des maux modernes s’étire encore une fois. À la hausse fulgurante des cas d’autisme, à l’augmentation soutenue des allergies en tous genres, de l’obésité, du diabète, des cancers de la peau, des dépressions et nombreux autres problèmes de santé concentrés dans les pays industrialisés, nous devons ajouter une infertilité galopante. Et quelle sera notre réaction collective? Probablement aucune. Que pourrions-nous faire, exiger des moratoires? Suspendre la commercialisation de tous les produits susceptibles de menacer la survie de notre espèce? Bonne chance! La prévention est inenvisageable, nous traiterons les hommes stériles au cas par cas. Nous transformerons une crise sociale, un phénomène de santé publique international, en problèmes individuels. Dommage pour nos enfants. Et nos petits-enfants, qui seront de plus en plus difficiles à concevoir.

Chronique

Marie-Michèle, passagère de l’éternité

CHRONIQUE / Des photos et des anges décoratifs sont disposés ici et là autour de l’urne qui représente une larme ornée d’un cœur.

«C’est mon petit columbarium», montre Caroline Chouinard en ouvrant les portes vitrées de la bibliothèque blanche, entre la cuisine et le salon. C’est ici que reposent les cendres de sa fille dont la vie a été fauchée le 14 décembre 2012, à quelques semaines de son vingtième anniversaire.

Cinq années se sont pratiquement écoulées depuis ce vendredi soir où deux policiers ont sonné à sa porte.

«Êtes-vous la mère de Marie-Michèle Malo?»

C’est la question qu’aucun parent ne veut se faire poser par des agents qui, l’air grave, demandent à entrer.

«Votre fille est décédée dans un accident de voiture...»

La femme n’a pas crié, n’a pas pleuré non plus, mais tout son corps s’est mis à trembler. Se mettant instinctivement les mains sur les oreilles, elle a lâché: «Où? Avec qui? Comment? Dites-moi tout.»

Il était environ 18 h, sur la route 132, à Bécancour. Le conducteur de la voiture dans lequel prenait place la jeune femme avait également trouvé la mort. Sa témérité était mise en cause: dépassement illégal dans une courbe. L’impact à haute vélocité contre le véhicule arrivant à sens inverse avait été foudroyant. Les deux occupants étaient vraisemblablement morts sur le coup, leurs corps retrouvés dans une partie de l’auto sectionnée en deux.

«J’ai vu des photos et des vidéos. C’était juste un tas de ferraille.»

Le monde selon Goudreault

800 blessés et une morte

« Il n’y a pas de meilleur gendarme que celui qui a été bandit. » - Proverbe catalan

CHRONIQUE / La démocratie est morte. Encore. Un peu plus. Elle meurt souvent la démocratie, quand on frappe ou torture en son nom; quand on éviscère le sens du mot pour justifier la barbarie; quand on laisse le peuple voter seulement quand ils votent dans le bon sens. Dimanche dernier, dans un pays comme le nôtre, bon élève occidental, siégeant à toutes les tables de toutes les organisations où les pays civilisés ont le droit de se pavaner, on a battu des citoyens pour leurs idées. 

Des centaines de Catalans ont goûté à la matraque espagnole. Leur volonté d’expression démocratique s’est heurtée à la violence de l’État. On a demandé, encouragé ou laissé se déployer une violence calculée, organisée. On ne compte plus le nombre de photos et de vidéos exposant des personnes âgées ensanglantées, des hommes et des femmes pacifiques battus à coups de pieds, à coups de bâtons, tirés par les cheveux dans la rue. Le bras armé du gouvernement a frappé. Souvent. Partout où se trouvaient les séparatistes. Les policiers tabassaient ferme, même à visage découvert, devant les caméras. Imaginez comme ils devaient s’en donner à cœur joie au fond des ruelles ou à la gendarmerie…

Ce référendum sur l’autodétermination n’aurait pas été reconnu par l’administration de Mariano Rajoy, de toute façon. Mais le gouvernement a préféré miner les efforts des séparatistes, confisquer les bulletins de vote et les urnes, faire planter les systèmes informatiques et, ultimement, violenter ses propres citoyens. Les policiers envoyés de Madrid ont d’abord annoncé aux militants catalans qu’aucune violence ne serait utilisée. Puis ils ont enchaîné les descentes, les arrestations arbitraires, les coups de matraque dans le dos, les coups de poing sur la gueule et les coups de pied dans le ventre, entre autres saloperies. Au bout de ces nombreuses et laborieuses démarches, le chef du gouvernement espagnol s’est permis d’affirmer laconiquement : « Aujourd’hui, il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. » Rien à voir, circulez!

Plus de deux millions de personnes ont réussi à voter et ont exprimé, à 90 %, leur désir d’indépendance. Leur route sera longue et on peut parier que le gouvernement espagnol, sans égard à la démocratie ni aux droits des individus et des peuples à l’autodétermination, s’affaire déjà à saboter leurs efforts. L’indépendance des Catalans reste à conquérir, mais ils ont déjà gagné beaucoup : la légitimité d’un peuple debout face à l’État voyou, la solidarité internationale de tous les humanistes préoccupés par les droits des humains, la démonstration patente que certains élus n’hésitent pas à réprimer les actions démocratiques par la force. Et la dignité. Au-delà de l’indépendance et de la liberté, les Catalans ont acquis un siège permanent à la table des peuples dignes. Debout et droit, le peuple a réclamé le droit d’être, d’être à part, à part entière, et de s’affirmer.

Entre l’interminable silence de Justin Trudeau et le refus du parlement canadien de condamner les violences espagnoles, des millions d’individus, aux quatre coins du monde, ont vu, relayé, partagé et condamné la brutalité dont se sont rendus responsables les élus de Madrid.

Fascinant et inquiétant constat; l’histoire n’immunise pas contre le fascisme. L’extrême-droite fait une percée historique en Allemagne. La plus significative depuis le régime nazi. Partout en Europe, le racisme a le vent dans les voiles. Et l’Espagne renoue avec un certain autoritarisme qui n’aurait pas déplu aux franquistes. Pendant ce temps, les pays alliés, ces bons bergers de la démocratie conquérante, gardent le silence. Tout va bien, madame la marquise!

N’oublions pas que nous avons dégusté de la matraque au poivre de cayenne au Québec aussi, il y a quelques printemps à peine. Et que le papa de Justin a imposé les mesures de guerre pour faire arrêter des dizaines d’intellectuels québécois dans le plus pur déni de leurs droits fondamentaux. Et qu’on mandatait des policiers pour aller battre des grévistes peu de temps avant. Et qu’encore aujourd’hui, un policier condamné pour meurtre se fait plus rare qu’un palmier au Nunavik. Entre autres injustices bien de chez nous.

La violence n’est jamais loin. La peur non plus, elle sert nos politiciens. La peur des référendums, du changement, de l’étranger, de la crise financière, etc. La démocratie est une excellente raison de se battre et de se faire mal, pas d’avoir peur. Les Catalans nous ont servi une grande leçon cette semaine. Plus de mal que de peur. En occupant les urnes et la rue, ils ont fait marcher la démocratie. J’aurais honte d’être Espagnol aujourd’hui; je serais fier d’être Catalan. Mais je suis Québécois. Et je prends des notes.

Chronique

Recette de thon et de bienveillance

CHRONIQUE / À 94 ans, Colette ne mange pas de grosses portions. Ce n’est pas qu’elle se prive, bien au contraire, mais à cet âge on est vite rassasié. Même chose pour Madeleine, âgée de 95 ans, Paula, 91 ans ou Cécile, 100 ans et sept mois. Elles aussi mettent le restant au frigo pour mieux piger dedans le lendemain.

C’était un lundi, un peu avant midi. Ces charmantes dames ont ouvert la porte à un tout aussi sympathique bénévole venu leur remettre un repas encore tout chaud. Au menu: du flan au thon avec sauce aux champignons, une recette facile et rapide à concocter. Saupoudré de bienveillance, ça goûte le revenez-y.

L’idée de faire une tournée avec la Popote roulante me vient d’un contenant en aluminium débordant de saveurs qui a été déposé sur mon bureau, dans la salle de rédaction du Nouvelliste. J’ai raté de quelques minutes cette livraison expresse, mais il y avait ce mot attaché au lunch que je n’attendais pas: «Vous dégusterez un plat cuisiné maison, à la façon des bénévoles, pour les bénéficiaires du service!»

Je ne sais pas si c’est parce que ma mère a donné, jadis, de son temps à cet organisme quasi quinquagénaire, mais ce poulet au parmesan mijoté lentement m’a sincèrement réchauffé le cœur. J’ai tout mangé, même les légumes. Pas de reste. 

La popote roulante, c’est de la cuisine réconfort à petit prix pour des gens en perte d’autonomie, malades, handicapés, mais d’abord et avant tout âgés, voire très âgés si je me fie à la moyenne d’âge des personnes croisées l’autre jour dans leur cadrage de porte. 

Pour 4 $, un plat leur est livré à domicile par un «baladeur» tout sourire comme Bernard Pellerin, bénévole responsable de l’unité Rayon de soleil que j’ai visitée avant de mitonner cette chronique à la bonne franquette.

On m’avait donné rendez-vous au sous-sol de l’église Saint-Sacrement, à Trois-Rivières. C’est ici que j’ai fait connaissance avec Lise Goyette, Hélène Dussault et Jocelyne Boutet qui, tablier à la taille et filet sur la tête, étaient à mettre la dernière touche au mets du jour.

«Il y a du bonheur et de l’amour là-dedans!», ont souligné les dames qui, une fois par deux semaines, cuisinent vingt-quatre repas pour autant de personnes qu’elles n’ont jamais rencontrées. 

Ces retraités ne se connaissaient pas non plus avant de se tourner vers la popote roulante pour répondre au besoin de faire du bien autour de soi sans rien demander en échange. Elles font équipe depuis cinq ans et à les voir faire deux ou trois choses en même temps, ces femmes prennent un réel plaisir à se raconter leur vie entre deux pincées de sel.

À Trois-Rivières, le Centre d’action bénévole Laviolette réunit cinq unités comme le Rayon de soleil. Au cours de la dernière année, quelque 287 bénévoles ont passé 7425 heures devant les fourneaux pour permettre à 498 bénéficiaires de bien manger. Tant qu’à être dans les statistiques, ce sont 8340 repas chauds, 19 675 plats congelés et 630 dîners réfrigérés qui ont été livrés. 

C’est beaucoup, mais ça pourrait être plus encore. Le nombre de personnes âgées est en croissance constante sur le territoire. Les bénévoles vieillissent aussi. La relève est toujours la bienvenue pour répondre à une clientèle qui augmente d’année en année. 

«Nul besoin d’expérience! Votre sourire et votre soutien seront davantage utiles», assure-t-on du côté de l’organisme qui a besoin de cuisiniers, mais aussi de chauffeurs et baladeurs, d’acheteurs et de chefs d’équipes comme Bernard Pellerin avec qui je suis partie en tournée.

«La popote, ça me libère un peu. J’adore ça!» 

Jean-Marie Alarie est le fils, mais aussi l’aidant naturel de Madeleine Panneton, 95 ans. Deux fois par semaine, un bénévole comme M. Pellerin se présente à leur porte avec les petits plats encore fumants. 

Le temps de saluer la vieille dame en train de se bercer doucement et d’échanger quelques politesses avec son garçon que nous sommes en direction de la maison de Cécile Pépin-Descôteaux. Cette centenaire vit également avec son fils qui a cru bon de faire appel à la Popote roulante à raison, lui aussi, de deux fois par semaine. L’homme peut s’occuper de sa mère sans être obligé d’avoir la tête dans les chaudrons. 

«Ça manque peut-être d’un peu de sel, mais ça a du goût!», assure Claude Descôteaux avant de retourner auprès de celle qui, sans lever les yeux des mots croisés de son journal, ajoute simplement: «C’est pas compliqué, du sel, on a juste à en ajouter nous-mêmes.»

Difficile de l’obstiner. Elle a 100 ans et sept mois après tout. Même chose pour Colette Lacoursière qui, à 94 ans, nous accueille d’un retentissant «J’arrive!» dès qu’on sonne à sa porte. 

«J’aime ça quand c’est lui. Il me fait rire!» 

Le rire timide, le baladeur avait raison. Elle est toujours de belle humeur la dame, coquette aussi, et sa recette n’est pas un secret. 

«Les régimes, ça m’ennuie. Je mange santé!», révèle Colette avant d’humer ce qu’on a cuisiné pour elle avec bonté.

La Griffe à Beaudoin

Le végé en apéro électoral

Produit à moins d'une semaine du déclenchement officiel de la campagne électorale municipale à Trois-Rivières,  le rapport annuel de la vérificatrice générale risquait d'être dévastateur pour l'administration sortante... et surtout pour le maire Yves Lévesque.
Ces rapports sont toujours une excellente source de renseignements qui garnissent en munitions l'opposition.