CRONIQUE

L’autre combat de Jean-Sébastien

Jean-Sébastien Tremblay n’a pas peur de jeter les gants. Un regard de travers et le tout dégénère rapidement.

Des coups de poing au visage de l’adversaire, il en a donné sans compter et à s’en fracturer les doigts.
Le gars de 30 ans n’a pas été épargné non plus. Dents cassées, nez fracturé, commotions cérébrales, douleurs cervicales et maux de dos en permanence... «Je ne sais plus sur quel côté dormir tellement mes épaules sont endommagées.»

Il n’est pas en train de se plaindre. Il assume. C’est le prix à payer pour être un dur à cuire.
Au hockey, Jean-Sébastien ne saute pas sur la patinoire pour compter des buts, mais pour défendre ses coéquipiers, imposer l’ordre et le respect. Le plus gratifiant à ses yeux, ce n’est pas de frapper son rival, mais de l’ébranler par sa seule présence, l’intimider au point où celui-ci préférera battre en retraite plutôt que de s’engager dans un combat.

Bref, la dernière chose à laquelle ce batailleur d’expérience s’attendait, c’est de devoir se mesurer au cancer du testicule.

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Chronique

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.

Chronique

Cracheurs de feu

CHRONIQUE / Aborder la semaine d’Alexandre Taillefer alors que sont en cause l’indépendance des institutions de presse, celle des journalistes et des chroniqueurs, la Loi sur l’accès à l’information, la lutte sans pitié (ni classe parfois) que se livrent des entreprises d’information et la pertinence d’interventions politiques pour à la fois soutenir financièrement et protéger législativement un appareil média mis à mal? Irrésistible.

Alexandre Taillefer n’est pas n’importe qui. Il vous le dira. Entrepreneur à succès, dragon de salon, téméraire en affaires, image savamment négligée... On refuse difficilement une subvention à Alexandre Taillefer à qui tout semble réussir. Pourtant, mettre en doute le succès de ses entreprises peut en déclencher la vindicte. Après un exhaustif et follement médiatisé tour du jardin, le «queer» politique s’est reconnu, entre tous, dans le progressisme de Philippe Couillard.

J’ai dit de l’atterrissage de Vincent Marissal chez QS qu’il s’était plutôt agi d’un écrasement. Dans le cas d’Alexandre Taillefer, le PLQ aura dû le déterrer ce mercredi pour un point de presse à peine moins manqué que la fuite calculée de lundi.

Chapelet de maladresses dont voici un florilège : 

Personne au Parti libéral n’a cru bon de vérifier le passé auprès des autres partis d’une recrue à la présidence de campagne pourtant «queer politique». 

Membre en règle du Parti québécois jusqu’en 2020, il sort la ridicule cassette de l’être… à son insu! C’est à quelqu’un qui ne regarde pas ce qu’il signe que le PLQ confie sa campagne? Bien sûr, il s’agit surtout que de brandir Taillefer comme preuve de renouveau, entrepreneur cool et enfant jusque-là chéri de l’infodivertissement. Quelqu’un de qualifié prendra la direction de la campagne. Ça presse.

Que M. Taillefer ait magasiné une adhésion politique pétrie de convictions sincères à faire pâlir Amir Khadir, on veut bien. Ce n’est pas une maladresse. Il en va autrement d’avoir fait confiance à François Legault qui s’empresse de trahir le caractère privé de la conversation. Une spécialité maison. Le chef de la CAQ nous apprend qu’entre maire de Montréal et premier ministre, le dragon se dandine.

Enfin, M. Taillefer accuse Pierre Karl Péladeau d’exercer des pressions idéologiques sur ses journalistes, chroniqueurs et autres professionnels. Si on ne provoque pas Pierre Karl Péladeau, il s’en chargera lui-même. Donnez-lui un prétexte pour activer ses pouces sur Twitter et vous en aurez pour votre argent. Le dragon a investi une phrase malheureuse chez Québecor que l’empereur a fait fructifier. À juste titre!

Lorsque Monsieur Péladeau a formulé des allégations semblables à l’encontre du groupe de presse dont vous lisez présentement une publication, je n’y écrivais pas. Je ne me suis pour autant pas privé de le lui reprocher vertement. Ce sont des professions entières — journalistes, analystes, commentateurs, chroniqueurs, titreurs, photographes… — dont l’intégrité fut mise en doute. Venant du plus influent entrepreneur média au Québec, il y avait de quoi choquer. Pourtant, lorsqu’Alexandre Taillefer commet la même bourde, lui aussi propriétaire de médias, des voix s’élèvent pour le défendre et en faire reproche… à Péladeau. Injuste et incohérent. Malaise chez les professionnels hautement qualifiés qui œuvrent à L’actualité et au Voir, dont Taillefer est toujours propriétaire. Et si, sur les ondes du 98,5, Alexandre Taillefer met en doute la probité de PKP, ce dernier est absolument dans son droit de lui répondre.

Les médias québécois ont en effet été confrontés à une lourde séquence de crises au cours des derniers mois : surveillance de journalistes par la police, protection des sources, urgence d’une aide structurée et équitable, vol systématique de leurs contenus par les Facebook et autres Google, et ainsi que leurs revenus publicitaires, déclenchant une crise qui n’est pas que québécoise, mais qui s’y vit avec une acuité toute particulière.

La manne publicitaire ainsi ratatinée, il est tentant de jalouser toute aide que l’ennemi commercial et idéologique obtiendra. L’équité est en effet une valeur à laquelle un gouvernement ne devrait jamais se soustraire. Il est aussi tentant de souhaiter la disparition corps et biens du concurrent. Un tel monopole sur les tables des Tim Hortons du Québec ne servirait ni l’information, ni la diversité, ni la démocratie.

Ajoutez au buffet une loi archaïque qui, dans le cadre de la succession d’un propriétaire de La Presse, imposa en 1967 que toute transaction ultérieure reçoive l’aval de l’Assemblée nationale du Québec. Il n’en fallait pas davantage pour que le Parti québécois pose ses exigences et que tant QS que Martine Ouellet, de passage à Québec, ne prennent carrément en otage idéologique la transaction substituant une fiducie d’utilité publique à Power Corporation comme propriétaire de La Presse. Il s’agit pourtant d’une loi antérieure à la plupart de règles qui régissent désormais les médias et d’une contrainte qu’aucune autre entreprise ne subit.

Bref, le coude média se porte haut sur la patinoire politique.

Le perdant…

Le Parti libéral de Philippe Couillard espérait faire oublier la cascade des départs alors qu’il se morfond dans un sous-sol sans précédent chez les sondeurs. Mal lui en prit. On a oublié les départs, oui. Pour pire… Le sauveur autoproclamé qui devait rafraîchir un PLQ tristounet en a fait une risée.

… et le gagnant

Pierre Moreau, bien sûr. Alexandre Taillefer, membre en règle du séparatiste PQ, s’est confié à Paul Arcand du désir de devenir premier ministre. Ça remonte à sa tendre enfance. Presque de droit divin. Sauf que le PLQ n’a pas cette mansuétude. Pierre Moreau, enfant du sérail, brillant politicien, redoutable et pugnace, voit un adversaire à la direction du Parti libéral se disqualifier lamentablement. On dit toutefois que Taillefer n’est pas le seul dragon — ou dragonne — à lorgner le fond de commerce du PLQ.

Alexandre Taillefer s’est aventuré beaucoup trop tôt, sans entourage, sans conseil, sans lettres de créance, sur une patinoire qu’il n’a pas le souffle de parcourir. Coincé, il insulte à la fois deux équipes de journalistes — la sienne et celle de Québecor — et un magnat de presse qui, lui, ne sait que trop bien cracher le feu. Pour le meilleur et pour le pire, un seul des deux dragons dort sur un trésor.

Chronique

Le voleur à la cigarette

CHRONIQUE / Ça arrive partout, bien sûr, et chaque fois que quelqu’un signale un vol dans sa voiture, on lui demande tout de suite si les portières étaient verrouillées.

Après, s’il a appelé la police.

Des fois, le voleur prend des CD ou carrément la radio. Ce printemps, un voleur est parti avec une boîte à lunch avec des Tupperware pas lavés. Un autre avec un siège d’auto pour enfants. Une fille que je connais avait, dans sa boîte à gants, une lampe de poche et des lunettes fumées. 

Parfois, pour entrer, il casse la vitre.

À Limoilou, le mois dernier, un homme a sévi plusieurs fois, assez pour que les gens du quartier le remarquent et partagent son modus operandi sur Facebook. On avait une description sommaire, maigre, environ cinq pieds huit pouces, un vieux sac à dos vert. 

Un autre, peut-être est-ce le même, prend le temps de fumer une cigarette pendant qu’il fait l’inventaire de ce qu’il y a à voler.

Il laisse parfois des cendres dans l’auto.

On a aussi partagé un cambriolage où le filou s’était coupé, laissant derrière lui une traînée de 150 mètres de son ADN.

Les vols dont je vous parle se sont produits à Limoilou, d’autres se produisent à Val-Bélair, ou un peu partout en ville. Il y a quelques années, une connaissance s’est fait voler un gigantesque pot de fleurs devant sa maison, dans un quartier que les agents immobiliers qualifieraient d’homogène.

Dans la plupart des cas, les vols sont déclarés à la police.

Et que fait la police? 

Elle donne, essentiellement, un numéro de dossier dont la seule fin, pratiquement, est de remplir la demande de réclamation auprès de sa compagnie d’assurances. Même pas besoin d’appeler à la centrale, on peut faire la plainte en ligne, après quoi un reçoit son numéro d’événement.

C’est que, m’a-t-on expliqué à la police, les vols dans les voitures empruntent un «cheminement particulier». À moins de prendre l’escroc sur le fait et d’arriver à le retenir jusqu’à l’arrivée des policiers, les chances qu’on lui mette la main au collet sont infinitésimales.

«Pour les vols de moins de 5000 $ où on n’a ni suspect, ni indice, ni témoin, on soumet un numéro et le dossier est mis en suspens, m’explique Cindi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec. Le dossier n’est pas transféré à un enquêteur. Après ça, les personnes peuvent faire le cheminement de leur côté.»

Lire, appeler les assurances.

Aux gens qui voudraient retrouver leurs objets, on suggère d’aller sur Kijiji ou de faire le tour des prêteurs sur gages.

Le dossier à la police est, en somme, clos. Même si des citoyens jouaient les Sherlock Holmes et arrivaient à trouver des indices menant vers un suspect, tout porte à croire que ça n’irait pas plus loin. 

Et, chaque dossier étant considéré comme un cas isolé, bien peu de chance non plus de détecter une vague de vols. Récemment d’ailleurs, une femme a signalé ce qu’elle percevait être une recrudescence d’infractions dans Limoilou, ce n’est pas allé plus loin. «Les enquêteurs n’ont rien remarqué.»

Le contraire serait étonnant, vu que les dossiers de vols de moins de 5000 $ sans indices ni témoins ne leur sont pas transférés.

Oui, évidemment, il faut verrouiller ses portes et ne laisser rien à la vue. Ou se munir d’un système d’alarme ou de surveillance. La plupart des personnes qui ont partagé leur mésaventure sur Facebook n’avaient pas été négligentes, certaines ont dû réclamer une vitre cassée.

Selon les chiffres fournis par le SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Me semble que c’est beaucoup.

Et me semble que la police envoie un drôle de message aux malfaiteurs, qui savent trop bien qu’ils n’ont à peu près pas de risques de se faire pincer, que le dossier sera réglé en quelques minutes, «classé en suspens» dans un serveur avec les centaines d’autres dossiers en suspens.

Qu’ils ont, en volant, le temps d’en griller une.

La griffe à Beaudoin

Fins de carrière

Il est difficile d’imaginer qu’une femme aussi gentille et d’apparence si douce que Muguette Paillé puisse avoir tenu des propos racistes et islamophobes d’une si surprenante et parfois grossière violence.

Encore plus qu’elle ait pu faire partie de groupuscules québécois de discussions d’extra-extrême droite ou ultranationalistes comme le Mouvement républicain du Québec, qui vont au-delà même dans leur idéologie de la Meute dont on doit aujourd’hui déduire qu’elle est probablement une grande sympathisante.

Actualités

Les deux pieds sur terre

CHRONIQUE / Elles sont arrivées en short, ne me donnant pas le choix de voir leur jambe artificielle. La droite dans les deux cas.

La prothèse d’Ariane est fleurie. Celle d’Amilie est tout aussi colorée. Les filles ont du goût, une démarche assurée et une poignée de main qui révèle une confiance en soi inébranlable. Le ton est donné. Elles ne se laissent pas marcher sur les pieds.

David Goudreault

Uber vs Jipé

CHRONIQUE / « L’exemple est toujours plus puissant que le précepte. » - Samuel Johnson

Hubert et Fanny ont passionné les téléspectateurs cette année. Cette série dramatique a soulevé les passions et relancé le romantisme à la sauce adultérine. Je devrai faire du rattrapage, je n’ai pas eu le temps de suivre les péripéties d’Hubert et Fanny. En revanche, Uber et Jipé ont captivé mon attention et m’ont offert des rebondissements où la réalité dépassait la fiction. Une grande histoire de trahison, avec de la résilience, des voitures qui éclatent et du bruitage hollywoodien. En attendant que ce soit porté au petit écran, laissez-moi vous résumer l’histoire.

Jipé est un rockeur. Un vrai rockeur, pas une pâle imitation de Jim Morrison qui vomit sa Coors light, sur une groupie, dans l’ascenseur du Best Western de Repentigny. Jipé Dalpé, c’est un vrai de vrai qui compose, écrit, interprète, met en scène, se bat pour faire vivre chacun de ses albums, roule sa bosse aux quatre coins du Québec et de la France, organise des tournées, des spectacles-bénéfices, se démène et recommence. Depuis une quinzaine d’années. Il ne s’est pas encore taillé un chemin jusqu’au sommet des palmarès, mais il arpente toujours la montagne et s’acharne à parfaire son art. Un véritable artisan de la musique.

Uber est une personne morale, une compagnie qui révolutionne le monde du transport urbain, une entreprise américaine qui envahit la planète, avec la complicité de particuliers qui arrondissent leurs fins de mois en jouant au taxi avec leurs voitures. Valorisée à 50 milliards de dollars en 2015, l’entreprise a les moyens d’affronter les polémiques entourant ses pratiques commerciales (concurrence déloyale, travail au noir, etc.). Le modèle d’affaires d’Uber est tellement efficace que plusieurs secteurs d’activités s’inspirent du nouveau géant, au point où le terme « ubérisation » s’installe parmi nos néologismes. Un des secrets de ce succès? Les chauffeurs, qui ne sont pas salariés par Uber, sont considérés comme des tierces parties, ce qui dégage la responsabilité légale de la compagnie. Boom!

Bang, crash, aaargh, ouch… Voilà quelques-uns des bruits entendus à l’intersection des rues Saint-Joseph et D’Iberville à Montréal, le 18 juillet 2015 à 3 h 27. Jipé profitait de sa belle relation avec Uber ce soir-là. Peinard, un refrain au bout des lèvres, le rockeur a remarqué une lumière rouge, il s’est empressé d’en informer le chauffeur d’Uber qui ne ralentissait pas. Malgré l’avis avisé de notre troubadour, le chauffeur en question s’est engagé avec élan dans l’intersection, d’où le Bang susmentionné.

« Sécurité pendant la course : notre engagement envers les passagers. Uber met tout en œuvre pour assurer votre sécurité sur la route. Notre technologie nous permet de veiller à la sécurité des passagers avant, pendant et après chaque course. » Petite perle puisée sur le site d’Uber, mais ces belles paroles n’engagent en rien la compagnie. Jipé l’a appris à la dure. Dure comme la longue réhabilitation, dure comme les centaines d’heures de physiothérapie, de neurologie, d’ergothérapie et de psychologie auxquelles il doit se soumettre. Dur comme accepter qu’en une fraction de seconde, l’homme en pleine santé qu’il était doive encaisser une fracture du sternum, une commotion cérébrale, une entorse cervicale, six hernies discales, un déficit vestibulaire, un trouble de la vision, des difficultés de concentration, une dysarthrie, des troubles aux nerfs des quatre membres et un trouble permanent à l’oreille interne gauche (rappelons ici que l’homme est musicien). Une lumière rouge, un chauffeur d’Uber trop téméraire et notre rockeur se retrouve sur le cul pour plus de deux ans. Des contrats et des spectacles annulés, un album mis sur la glace et un corps à la dérive.

Jipé est devenu témoin privilégié de l’avantage commercial d’utiliser des chauffeurs considérés comme des tierces parties. Le silence d’Uber face aux conséquences de l’accident était éloquent. Ce silence n’a cessé qu’au moment où Jipé a consulté une avocate. Uber aurait mieux fait de se taire. Aucun dédommagement possible, d’aucune nature. Se déresponsabilisant complètement, allant jusqu’à nier les faits malgré le rapport d’événement des policiers, les représentants de la compagnie ont finalement claqué la porte au nez de Jipé, lui recommandant de s’arranger avec la SAAQ.

À ce jour, la société Uber a cumulé 161,9 millions de dollars de condamnations pécuniaires dans le monde. The Guardian nous apprend que la compagnie a fait l’objet de plus de 170 procès seulement aux États-Unis. Le 20 décembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne a décrété qu’Uber présente un service de transport qui devrait être soumis aux mêmes réglementations imposées aux compagnies de taxis. Interdit d’opération dans de nombreux pays, dont l’Italie, la Chine et la Hongrie, le géant s’enracine au Canada. Après avoir opéré de façon illégale au Québec, la compagnie Uber le fait maintenant dans le cadre d’un projet pilote loin de faire l’unanimité.

Jipé et Uber ne s’aiment plus. Après les fractures est venue la rupture. Jipé se reconstruit tranquillement, il a repris la production de son album, il remonte sur scène et il apprend à composer avec les séquelles de l’accident. Il s’en remettra, c’est un rockeur. Uber aussi va s’en remettre, c’est une personne morale…

Chronique

Une très mauvaise idée!

CHRONIQUE / François Legault devrait visiter l’Outaouais avant de laisser ses députés spéculer sur un projet de casino à Québec. L’idée peut sembler attrayante à cause des milliers de croisiéristes qui visitent la capitale, mais elle ignore un facteur important. Un casino, ce n’est pas que des appareils de jeux de hasard. C’est une ou deux salles de spectacles, des restaurants, des bars, et des évènements culturels ou récréatifs de toute nature. Or en Outaouais, l’ouverture d’un casino a créé une dure concurrence aux restaurateurs et aux bars locaux.

La ville de Québec a une belle réputation en terme d’offre gastronomique et culturelle. Désire-t-on vraiment voir l’État y faire concurrence aux commerçants locaux? 

«C’est une compétition déloyale», m’a expliqué mercredi le propriétaire du restaurant Le Troquet, de Gatineau, Éric Gaudreault. Membre de Vision Centre-Ville, un regroupement de commerçants qui ont vécu l’implantation du Casino du Lac-Leamy, M. Gaudreault explique «que personne dans le privé ne peut faire une offre comme le Casino peut en faire». 

En 2014, une initiative du Casino a soulevé la grogne chez les propriétaires de bars. Il s’agissait d’une nouvelle boîte de nuit visant à attirer les jeunes de 18 à 24 ans.

«Certains d’entre nous font des affaires depuis 35 ans à Gatineau, et tous les investissements faits dans nos établissements proviennent du privé. L’État québécois nous taxe déjà suffisamment et voilà qu’il va nous livrer une compétition directe en finançant ses activités avec les fonds publics. C’est carrément indécent», avait averti M. Gaudreault.

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, avait lui aussi déploré l’attitude de la direction du Casino : «C’est un grand navire qui se dirige souvent seul. Ils font souvent peu de cas des doléances des personnes autour».

Les deux hommes n’ont pas changé d’idée. Pire encore, M. Gaudreault estime que l’annonce de la création d’un nouveau casino à Ottawa, en 2021, forcera celui de Gatineau à se montrer encore plus agressif dans son offre de jeu et de restauration, au détriment des commerces locaux. «On ne peut pas faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’affecte pas le commerce local, ce n’est pas vrai».

M. Gaudreault signale par ailleurs que la compétition du Casino ne se limite pas à la clientèle, mais touche également le personnel. «Présentement, il y a une pénurie incroyable de cuisiniers et ils [le Casino] ont un avantage parce qu’ils offrent de meilleurs salaires. Alors c’est toujours difficile de leur faire compétition sur les salaires. C’est de plus en plus criant depuis un an ou deux».

«S’il y a un endroit où il y a tellement de choses à faire qu’on n’a pas besoin de casino, c’est bien le Vieux-Québec, estime M. Gaudreault. Si on parle de problématique en région, mettez plutôt un beau casino en Gaspésie, ça va peut-être aider Percé.»

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent sortir l’actuel Salon de jeux de Vanier, l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Cette préoccupation a ses mérites. Mais elle fait fausse route en la doublant d’un autre projet, celui de transformer le Salon de jeu en casino afin d’y attirer les croisiéristes qui font escale à Québec. Les caquistes se sont immédiatement attiré la colère des gens de Charlevoix, qui craignent une concurrence directe à leur propre casino, situé à La Malbaie. Les restaurateurs, les tenanciers de bars et les dirigeants des salles de spectacle de Québec n’ont pas encore réagi, mais si j’étais à leur place, je garderais l’œil ouvert. La proposition de la CAQ, c’est une très mauvaise idée.

Chronique

L'homme qui voulait (re)vivre

CHRONIQUE / Jocelyn Prescott était membre de la Chambre de commerce, il avait une trentaine d’employés, cinq millions de chiffre d’affaires. Il avait une femme, une belle maison.

Sa femme est partie, sa compagnie a pris l’eau. «L’entreprise a bien fonctionné pendant environ 13 ans, mais les deux dernières années, c’était plus difficile. Après le divorce, ça a périclité. J’ai fait une faillite commerciale et puis une faillite personnelle. Je suis passé d’homme d’affaires reconnu à... rien.»

Sa vie s’est effondrée comme un château de cartes.

En novembre, il est monté dans son auto. «J’étais en dépression, je ne voyais pas de solution, j’avais l’idée d’en finir. J’ai quitté Gatineau, je suis venu à Québec. J’ai couché cinq jours dans mon auto, dans des stationnements de Tim Hortons. Et un matin, je suis parti avec l’intention d’aller frapper un poteau.»

À la place, il est allé frapper à la porte de la Maison Revivre, rue Saint-Vallier Ouest. 

Il avait entendu parler par hasard de cette maison pour les hommes qui n’ont nulle part où aller, mais il n’arrivait pas à se faire à l’idée d’aller là. «J’avais des préjugés... Et quand je suis arrivé, j’ai rencontré un homme à peu près du même âge que moi, qui avait aussi eu une entreprise, qui avait tout perdu.»

Ils sont de plus en plus comme eux, des hommes qui avaient une «vie normale» et qui, du jour au lendemain, se retrouvent dans la rue. 

Le pire, c’est que Jocelyn, avant de se lancer en affaires, avait travaillé pendant 15 ans en relation d’aide. Avec un baccalauréat en psychologie, un certificat en adaptation psychosociale, un autre en toxicomanie et un autre en santé mentale, il savait, en théorie, comment s’en sortir.

Je lui ai demandé si quelque chose aurait pu l’aider à bifurquer avant le cul-de-sac. «Je pourrais te dire plein de choses, des belles phrases... mais est-ce que ça aurait été utile? J’avais tous les outils en main, toute la théorie, mais je suis tombé quand même. Il n’y a pas de recette magique, pas de solution miracle. Tu descends, tu touches le fond et, arrive un moment où tu as deux choix...»

Mourir ou vivre.

Jocelyn a choisi de vivre.

Le 9 novembre, il est entré à la Maison Revivre. Le lendemain, il est allé s’inscrire à l’aide sociale. «J’ai tourné pendant une heure et demie autour... je ne me voyais tellement pas faire ça, je n’en revenais pas d’être rendu là, moi qui avais toujours connu le succès, bac avec mention, qui a été reconnu pour mon travail en relation d’aide, puis comme entrepreneur. Toute ma réalité était liée au succès.»

Il a pris une sacrée débarque.

À 59 ans, il est reparti de là. Du zéro kelvin. Il est allé chercher de l’aide chez Autonhommie, un centre de ressources pour hommes. «On a travaillé mon estime, je n’en avais plus, j’avais toujours vécu pour mon image. Ça a l’air super cliché ce que je vais te dire, mais j’ai compris que j’avais toujours vécu dans le paraître et là, je vis dans l’être.»

C’est la base.

Jocelyn a habité à la Maison Revivre jusqu’en février, le temps de se revirer de bord, d’encaisser un premier chèque d’aide sociale, de se trouver une place pour rester. «Je me suis trouvé un studio tout meublé, j’en suis à mon troisième mois. Là, j’économise et je calcule qu’en septembre, je vais pouvoir me trouver un 3 et demi.»

Il s’implique maintenant dans l’organisation du 40e anniversaire de la fondation de la maison, qui sera fêté cet automne. «J’ai trouvé le slogan “la Maison Revivre crée encore de l’espoir”. C’est ce que j’ai vécu. Je n’étais plus rien et maintenant, après sept mois, tout redevient possible.»

Il passe encore plusieurs nuits à la Maison. 

Comme employé maintenant. «Ici, ils ont vu mon potentiel et ils m’ont offert de travailler comme surveillant la nuit. Ils m’ont embauché, je suis rémunéré. J’ai retrouvé ma dignité que j’avais perdue. Tu sais quoi? Je gagne 400 $ clair par semaine et je n’ai jamais été heureux comme ça.»

– Et si tu n’étais pas venu ici, serais-tu mort?

– C’est clair.

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ENTREZ

Chronique

Un seul rapport d’impôts?

CHRONIQUE / Même si la saison des rapports d’impôts est terminée, personne au Québec n’est insensible au vieux débat sur notre obligation de faire deux déclarations de revenus, alors qu’ailleurs au pays, les contribuables n’en font qu’une seule. C’est lourd à porter, ça coûte plus cher en frais d’expertise pour la préparation des rapports, et c’est un fardeau économique supplémentaire pour les deux gouvernements.

Malgré ces constats qui font consensus depuis longtemps, personne ici n’a soulevé sérieusement la possibilité de changer le système. On a toujours tenu pour acquis que le Québec ne voudra jamais céder sa collecte des impôts à Ottawa, et vice-versa. C’est dans ce contexte que le parti conservateur dirigé par Andrew Scheer se dit ouvert à un compromis sur le sujet : tout comme dans le cas de la TPS, c’est Québec qui collecterait tous les impôts sur son territoire, et qui verserait au gouvernement canadien la part qui lui revient.

Je n’ai jamais cru à un tel compromis parce que la puissante bureaucratie fédérale combattrait une telle idée avec acharnement. Il y a beaucoup d’emplois en jeu dans un tel scénario, et le transfert des compétences comporterait des changements complexes. Lorsque le gouvernement fédéral a cédé la formation de la main-d’œuvre au Québec, en 2007, il a fallu transférer des fonctionnaires fédéraux à la fonction publique québécoise. Imaginez un peu la complexité du transfert au Québec des employés de l’Agence du revenu du Canada qui traitent l’impôt fédéral des Québécois…

Il faudrait donc une volonté politique réelle, mais qui sait? Le gouvernement canadien a bien accepté que le Québec collecte la TPS en même temps que la TVQ sur son territoire. Pourquoi pas les impôts?

Malgré mon scepticisme, j’ai quand même appelé le député de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, pour sonder le sérieux des intentions de son parti. C’est son association de comté qui a fait adopter une résolution sur le sujet en fin de semaine. Question à Deltell : serait-il prêt à mettre son siège en jeu sur une telle promesse électorale?

Ancien journaliste, Deltell a trop d’expérience pour tomber dans un tel piège. Dans un premier temps, il m’a fait valoir que pour la mise en place d’un seul rapport d’impôts au Québec, il faudrait que le gouvernement de la province soit d’accord. François Legault et Jean-François Lisée applaudiraient à un tel changement. Lundi, Philippe Couillard a déclaré que le Québec pourrait prélever les impôts fédéraux sur son territoire, à la condition qu’il demeure maître de ses politiques fiscales.

Est-ce à dire que c’est dans le sac? Loin de là. Gérard Deltell a fait valoir que la proposition adoptée par les conservateurs québécois en fin de semaine, à Saint-Hyacinthe, doit maintenant passer le cap du congrès national à Halifax au mois d’août. Il faudra ensuite qu’elle fasse partie de la plateforme électorale du parti, en vue des élections d’octobre 2019. C’est là que ça se corse : on a déjà vu des gouvernements ne pas tenir leurs promesses électorales, mais le bris d’un tel engagement envers le Québec serait lourd de conséquences.

Je demeure donc sceptique, mais je constate une chose : à partir du moment où les conservateurs québécois se sont commis sur le sujet en fin de semaine, ce serait une véritable gifle s’il fallait que leur chef ne les suive pas dans cette voie. M. Scheer s’est dit ouvert à étudier cette idée. Nous sommes loin d’une promesse politique ferme et claire. Mais à partir du moment où l’idée est lancée, il faudra bien qu’il se commette d’un côté ou de l’autre, avant les prochaines élections. On verra alors si son désir de séduire les Québécois est vraiment profond.