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En date de samedi matin, Jonathan Drouin avait amassé 11 points en 15 matchs depuis le début de la saison.
En date de samedi matin, Jonathan Drouin avait amassé 11 points en 15 matchs depuis le début de la saison.

Drouin, le mal-aimé : pourquoi ?

Michel Tassé
Michel Tassé
La Voix de l'Est
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De l’avis de plusieurs, Jonathan Drouin connaît ses meilleurs moments depuis qu’il porte l’uniforme du Canadien. Après 15 matchs, après tout, il montrait déjà 11 points. Mais au-delà, des chiffres, il joue du bon hockey, du hockey inspiré.

Mais voilà, ils sont nombreux à s’attendre à plus de Drouin. En fait, on a parfois l’impression que quoi qu’il fasse, ce ne sera jamais suffisant, qu’il sera toujours le mal-aimé d’un groupe de partisans de l’équipe.

Steve Hartley était l’adjoint de Dominique Ducharme derrière le banc des Mooseheads d’Halifax lorsque Drouin a effectué son stage junior. Il connaît bien le jeune homme pour l’avoir vu évoluer pendant trois ans. Et il se réjouit de ses succès.

« C’est toujours agréable de voir un de ses anciens joueurs avoir du succès dans la Ligue nationale, le meilleur circuit de hockey au monde, avoue Hartley, qui dirige aujourd’hui les Voltigeurs de Drummondville. Je n’ai pas vu une tonne de matchs du Canadien depuis le début de la saison, mais j’ai bien remarqué à chaque fois que Joe est impliqué, qu’il joue avec hargne, qu’il est un gros plus pour l’équipe. J’aime ce que je vois, c’est clair. »

Drouin en est déjà à sa septième saison dans la Ligue nationale. Mais reste qu’il n’a que 25 ans, ce qu’on a parfois tendance à oublier, selon Hartley.

« Il est encore jeune, le meilleur est en avant de lui. C’est un jeune vétéran, mais c’est encore un jeune. Clairement, il n’a pas encore fini de se développer. »

Hartley, le fils de Bob, a aussi eu Nathan MacKinnon sous ses ordres à Halifax. Mais personne ne voudra comparer Drouin à MacKinnon, un exceptionnel, même si les deux ont été des choix de première ronde au repêchage. Ce serait injuste.

Steve Harley était l’adjoint de Dominique Ducharme à Halifax lorsque Jonathan Drouin évoluait chez les juniors. Il dirige aujourd'hui les Voltigeurs de Drummondville.

Sous pression

Depuis qu’il est débarqué à Montréal, en 2017, Jonathan Drouin a toujours été sous pression. On s’attend à beaucoup de lui.

« Je me souviens encore de ce match de quart de finale contre les Remparts, à Québec, au printemps de 2012, raconte Hartley. Nous tirions de l’arrière 3-0 dans la série, mais nous avons gagné les trois parties suivantes pour ainsi provoquer un match ultime. Le vieux Colisée était plein et qui est-ce qui a marqué le but gagnant en prolongation? Jonathan Drouin. Il avait à peine 16 ans. Est-ce qu’il est capable de prendre la pression, selon vous? »

Un an plus tard, Drouin a reçu le trophée Guy-Lafleur, remis au joueur par excellence des séries éliminatoires dans la LHJMQ, avant d’aider les Mooseheads à remporter la Coupe Memorial.

« Je ne me souviens pas qu’il m’ait déçu alors qu’il y avait de la pression », note encore Hartley.

Mais à Montréal, Drouin est-il simplement victime du fait qu’il est francophone et qu’on a tendance à être toujours plus dur envers les joueurs de chez nous?

« Je ne sais pas, dit Hartley. Vous savez, il n’y a pas plus passionné que les partisans québécois et cette passion, parfois, elle déborde, il y en a peut-être trop. Si ça peut avoir l’air étouffant des fois, c’est enivrant quand l’équipe gagne. Malgré tout ce qu’on dit – et les sondages menés auprès des joueurs à travers la Ligue nationale le prouvent –, la plupart des gars aimeraient jouer à Montréal. Je suis convaincu que Joe est heureux et fier de jouer avec le Canadien. »

Pas de sa faute

Quand on lui dit que Drouin est mal-aimé à Montréal, Hartley, qui n’est pas prêt à acheter notre affirmation, ajoute que son ancien joueur est probablement simplement victime d’un élément sur lequel il ne possède aucun contrôle.

« L’affaire, c’est qu’il a été un choix de première ronde au repêchage (le troisième au total, par le Lightning, en 2013) et qu’il a ensuite été échangé contre un autre bon joueur (l’excellent défenseur Mikhail Sergachev). Mais ça, ce n’est pas de sa faute. Les amateurs voient ça et ils se disent : “Lui, il doit produire!” Mais il n’a pas demandé à être repêché au premier tour et il n’a pas demandé à être échangé contre un défenseur de premier plan non plus. Ça fait partie de lui, ça fait partie de son statut, mais il n’a rien demandé. »

Mais Hartley ne s’inquiète pas.

« Jonathan joue du bon hockey présentement. Et vous savez quoi? Il a trop de talent pour ne pas réussir. C’est pas compliqué, c’est un naturel. Il n’y en a pas des tonnes comme lui à travers la Ligue nationale. Il est un gros atout pour le Canadien. Et je le répète, on n’a pas encore vu le meilleur de lui. »

Peut-être réussira-t-il à faire ses dénigreurs un jour. Peut-être.