Mercredi dernier, Tesla a annoncé l’offre d’une version «sous les 45 000 $» de sa Model 3, afin de rendre le véhicule admissible au rabais de 5000 $ du gouvernement fédéral.

Le rabais fédéral pour les véhicules électriques fait chuter certains prix

CHRONIQUE / Avec le nouveau rabais fédéral pouvant aller jusqu’à 5000 $ à l’achat ou la location à long terme d’un véhicule rechargeable, on a pu constater une baisse de prix de certains modèles dont le prix de base se situait au-dessus de 45 000 $. Mise au point.

Annoncé dans le budget fédéral du 19 mars dernier, le programme Incitatifs pour l’achat de véhicules zéro émission (iVZE) promettait un rabais pouvant atteindre 5000 $ (après les taxes) à l’achat ou la location d’un véhicule rechargeable neuf. Cependant, les conditions ont été dévoilées qu’un mois après le dévoilement du budget.

C’est alors qu’on a appris que pour être admissible au programme iVZE, prix de détail suggéré par le constructeur (PDSC) pour la version de base d’un modèle de six passagers ou moins ne doit pas dépasser 45 000 $. Et que le PDSC des livrées les plus coûteuses ne doit pas dépasser 55 000 $.

Le PDSC de base des véhicules à sept passagers et plus ne doit pas quant à lui dépasser 55 000 $. La limite supérieure est fixée à 60 000 $.

Autrement dit, cette mesure vise à ne pas subventionner l’achat de modèles luxueux, comme une Tesla Model S, dont le prix de base se situe à 97 010 $. De toute façon, la personne qui peut s’acheter une Tesla Model S n’a peut-être pas nécessairement besoin d’incitatif.

Malgré cette contrainte, la liste de véhicules admissibles est somme toute bien garnie. Vingt-huit modèles y figurent.

À ceux qui s’inquiètent que l’attribution d’un rabais gouvernemental aurait eu l’effet d’augmenter les prix des véhicules, il n’en rien. Même que ça a l’effet contraire. En effet, quelques constructeurs ont annoncé un prix à la baisse des versions de base de certains de leurs modèles.

«Tesla a annoncé une version SR [pour Standard Range] à 44 999 $ pour se rendre éligible au rabais fédéral de 5000 $», explique Sylvain Juteau, fondateur du blogue RoulezElectrique.com et de la station du même nom à Trois-Rivières. «Sauf qu’une SR, personne ne va acheter ça, elle n’a que 150 kilomètres d’autonomie et la batterie est bridée, donc pas moyen de l’augmenter. Par contre, ce modèle de base permet à Tesla de vendre la version juste au-dessus [SR+] et d’être admissible au rabais et qui, elle, vaut la peine avec ses options et ses 355 km d’autonomie. Là, ça devient intéressant.»

Il est important aussi de souligner que le rabais fédéral maximal de 5000 $ s’additionne à celui du gouvernement du Québec, pouvant atteindre 8000 $. Un rabais potentiel de 13 000 $. «Avec un tel rabais, c’est un no brainer d’acheter un véhicule électrique», commente M. Juteau. «Il n’y a plus d’argument monétaire qui justifie de ne plus acheter de véhicule électrique.»

Rappelons que les constructeurs Hyundai et Kia ont fait la même démarche avec le Kona EV (déjà en vente) et le Niro EV, qui sera livré d’ici deux ou trois mois.

Élections à l’automne

Cependant, un détail inquiète Sylvain Juteau. L’enveloppe du programme iVZE est de 300 millions $ sur trois ans. «Est-ce que ce sera 100 millions $ chaque année ou 300 millions $ donnés tout de suite jusqu'à épuisement?» s’interroge-t-il. «Si c’est la première possibilité, ça représente 20 000 véhicules par année pour tout le Canada. Et on est capable de bouffer de budget en six mois. Et si ce sont les 300 millions $ qui sont disponibles tout de suite, ça fait un potentiel d’au moins 60 000 véhicules. Et n’oublions pas qu’il y a des élections à l’automne. Si les conservateurs les gagnent, je ne suis pas sûr qu’ils mettront de l’argent dans le programme», ajoute-t-il, en citant l’exemple du gouvernement de Doug Ford en Ontario qui a suspendu l’aide de 14 000 $, dès les premières semaines de son arrivée au pouvoir.

Enfin, M. Juteau estime que l’objectif de Québec d’immatriculer 100 000 véhicules électriques pourrait être atteint en juin 2020. «Ça dépend aussi du résultat électoral de l’automne», conclut-il.