Moi?, c’est un spectacle où l’on sourit plus que l’on rit franchement. Mais il se dégage de l’ensemble le chaleureux sentiment d’avoir renoué avec un vieil ami qu’on aimait… et qu’on aime encore, avec ses qualités et ses défauts.

Yves P Pelletier: sympathique «bibitte»

CRITIQUE / «Celui que vous n’attendiez plus, de plus en plus en chair, de moins en moins en os», annonce-t-on lors de l’entrée en scène de Yves P Pelletier pour son spectacle Moi?, présenté mardi à la salle Albert-Rousseau. En effet, l’ex-RBO surprend avec la création d’un premier one-man-show très personnel, où ses vieux personnages de scène reprennent du service, dans le cadre d’un spectacle sympathique et un peu hétéroclite.

Pourquoi se lancer dans le vide avec un premier spectacle solo à 57 ans? C’est la question qu’il se fait poser depuis des mois, avoue Yves P Pelletier. Ça, et «mais de quoi vas-tu parler?» Même s’il n’a plus besoin de présentation, le membre le plus flyé de Rock et Belles Oreilles nous ouvre avec Moi? les portes de son univers un peu étrange, nous fait entrer dans sa tête… où ils sont quelquefois plusieurs à vouloir prendre la parole, nous explique-t-il.

«Moi, je me trouve normal, mais j’ai toujours été perçu comme une bibitte», se souvient candidement Pelletier à propos… de toute sa vie finalement. «Quand on parle de moi, on ne se demande pas “qui c’est ça”, mais “quessé ça”!» Ceci expliquant cela, il a développé son premier talent de comique, le «bitch and run», grâce… à l’intimidation dont il a été victime une partie de sa jeunesse (ceci dit sans aucun apitoiement, mentionnons-le).

Bref, à part l’humour et sa joyeuse période avec RBO, le sensible et curieux Yves a trouvé la véritable passion (et l’évasion) de sa vie dans le voyage, dont il nous parle un (longuet) moment, histoire de voir le monde autrement qu’à partir de Laval (d’où il est originaire). Et arriver au constat que finalement, le monde est rempli de Laval… mais ailleurs, pareils, mais différents.

Comme on vous disait plus tôt, Yves P Pelletier a amené avec lui ses plus marquants personnages de RBO. Comme le naïf Stromgol l’extraterrestre, reçu pour l’occasion à «Demi Lévesque», où il raconte avoir empêché un astéroïde de détruire la terre… et Yohan de sortir un autre disque.

Ou Cherze Siachon, et son insensée gymnastique verbale (où on remplace notamment les «s» par des «ch», et vice-versa), et qui nous donne mal à la tête juste à penser l’essayer.

Et, évidemment, le tragi-comique Monsieur Caron, presque son personnage signature, à qui Pelletier avoue ressembler de plus en plus en vieillissant. Monsieur Caron a-t-il déjà envisagé l’aide médicale à mourir? Oui, en allant manger dans un CHSLD. Ouch.

Trop court

Le principal défaut de ce premier spectacle solo? La brièveté des apparitions des personnages fétiches: quand on ressort des personnages aussi «mythiques» que Monsieur Caron et Stromgol, ça mériterait des numéros plus consistants, non?

Parmi les nouveaux personnages, soulignons le simili-gourou-ex-détenu Capharnaüm, venu nous entretenir de façon délirante et corrosive de religion et du très à la mode vivre-ensemble.

Pelletier termine la soirée avec le moment le plus drôle du spectacle, son fameux bulletin de nouvelles pour les malentendants (un segment impossible à vous décrire ici, bien sûr). Un bulletin très à jour d’ailleurs, qui parle même… du dernier congédiement en lice d’André Arthur!

Avouons que c’est un spectacle où l’on sourit plus que l’on rit franchement. Mais il se dégage de l’ensemble le chaleureux sentiment d’avoir renoué avec un vieil ami qu’on aimait… et qu’on aime encore, avec ses qualités et ses défauts. Et ça, ça n'a pas de prix.

Yves P Pelletier revient chez nous pour une supplémentaire de Moi?, toujours à la salle Albert-Rousseau, le 8 mai prochain, et les billets sont en vente dès mercredi matin (31 janvier).