Yves Duteil

Yves Duteil: la force intemporelle de la bienveillance

TROIS-RIVIÈRES — Yves Duteil s’est fait plus rare au cours des dernières années à cause d’un problème de santé majeur qui l’a amené à ouvrir son cœur une fois de plus, mais cette fois, littéralement. Rassurez-vous: il va désormais très bien. Même que l’an dernier, quand il a lancé Respect, son plus récent album, il n’était pas question qu’il ne vienne pas le présenter lui-même au Québec, sa patrie de cœur, justement.

Sa tournée québécoise d’une durée d’un mois, débutera le 16 mars et son inévitable arrêt à Trois-Rivières aura lieu le 23 au Théâtre du cégep.

«Vous le savez, le Québec a toujours été important pour moi et c’est ainsi depuis les années 70, se remémore-t-il au bout du fil depuis l’Hexagone. Nous avons quelque chose en commun, le public québécois et moi: une émotion, une vibration, même, je dirais. Je n’ai jamais pu l’expliquer vraiment mais le partage est instantané avec vous et la jubilation est réciproque. Sincèrement, j’attends cette tournée avec fébrilité.»

Son spectacle, présenté avec trois musiciens sur scène, se partagera moitié-moitié entre des chansons de Respect et les classiques de son répertoire. «J’ai très envie de partager mes nouvelles chansons avec le Québec mais en même temps, il y a des chansons qui sont des jalons dans ma carrière, des chansons que le public connaît et aime et dont je ne me suis moi-même jamais lassé.»

«Je n’ai pas l’impression de les «rechanter» parce que je les sens toujours actuelles. Je vois bien qu’elles évoquent quelque chose pour le public d’aujourd’hui comme elles le faisaient il y a plusieurs années. Elles ont simplement pris davantage de sens pour moi avec le temps.»

Yves Duteil est demeuré admirablement fidèle à lui-même à travers les décennies et son nouvel album, animé de références à différents rythmes et courants musicaux, en témoigne. À 69 ans, l’auteur et compositeur est toujours, et plus que jamais, l’apôtre de la bienveillance et d’une aspiration simple et vraie au bonheur. Or, dans le monde qui est le nôtre, marqué partout par l’intolérance, le cynisme, par la «déperdition du respect», comme il le dit, son approche n’a peut-être jamais été aussi pertinente; précieuse, même. «Je ne sais pas trop si je suis à contre-courant ou si, au contraire, je suis précisément dans le courant puisqu’on perçoit clairement des réactions contre certains excès. Nous vivons partout des bouleversements profonds qui nous déstabilisent. Il y a moins d’attentats terroristes chez vous mais il y en a eu et c’est en Amérique qu’est né le mouvement #metoo. Il y a une exigence de respect chez vous au même titre qu’en Europe.»

«Beaucoup pensent que la bienveillance, c’est quétaine, fleur bleue. Mais moi, j’estime qu’il y a une impérieuse nécessité de bienveillance dans ce monde: c’est à la base même des rapports humains. Quand on voit tout ce qui s’écrit et se dit sur les réseaux sociaux sous le couvert, souvent, de l’anonymat, quand je vois la malveillance qui gagne de plus en plus de terrain, je me pose en résistant. Je crois qu’il faut être très fort pour arriver à opposer la sensibilité et la gentillesse à la violence ou à l’indifférence ambiante.»

Pour avoir côtoyé la mort un moment, il a compris le besoin de définir son rôle sur cette Terre. «Quand on est un rêveur de nature, une épreuve ne donne pas envie d’arrêter de rêver, bien au contraire. Moi, c’est par la poésie et la chanson que je m’exprime mais ça reste l’expression d’une voix unique qui se manifeste et qui en rejoint d’autres.»

À ses yeux, la culture, l’art, la musique demeurent des éléments constituants de la nature humaine. «Ce sont des traces qui permettent de dire que chacun de nous a existé en ce monde. C’est ce qu’il reste de nous. C’est en cela que je crois que la culture, c’est bel et bien ce qui reste quand on a tout oublié. Je sais l’importance que vous donnez à la culture chez vous et c’est probablement un indice qui explique que j’arrive si bien à communiquer avec les Québécois.»

«Quand les lumières s’éteignent dans la salle de spectacle, quelque chose se produit qui est indéfinissable. J’estime que les humains sont nés pour l’échange et je sens quand, à travers un regard, un geste, le public entre dans un échange intime avec moi. C’est alchimique, mystérieux, mais c’est bien là et c’est ce que je recherche en montant sur la scène. Je le retrouve chez vous. C’est vrai que la tournée va être intense avec 23 spectacles en 34 jours mais ce ne sera pas qu’une dépense d’énergie. Ce ne sera pas une vraie fatigue. Dans ce contact avec le public, je vais aussi faire le plein.»