Cinéma

Mélissa Désormeaux-Poulin: se réinventer

Mélissa Désormeaux-Poulin a grandi devant la caméra, surtout au petit écran, dès l’âge de 9 ans. Puis il y a eu ce bouleversant long métrage qui a tout changé et révélé l’étendue de son talent dramatique : Incendies de Denis Villeneuve, en 2010 — un réalisateur avec qui elle rêve d’un autre tournage, voire d’une carrière américaine. En attendant, l’actrice de 36 ans enfile les rôles à une vitesse folle. Dont celui d’un Trip à trois, qui lui permet de casser son image.

La brune beauté a un talent naturel, mais elle travaille très fort. «Une première de classe», dit Martin Matte, qui partage l’affiche avec Mélissa Désormeaux-Poulin. Elle est d’ailleurs passée par les auditions. Pour pouvoir jouer dans une comédie, mais aussi dans un film qui présente une perspective féminine sur les relations de couple et «une crise existentielle» plus commune qu’on pense.

«J’ai tout fait pour l’avoir. […] Ça me tentait vraiment parce que ça me sortait de ma zone — j’ai fait beaucoup de drames. J’ai un côté drôle dans la vie, mais d’être drôle au grand écran, c’est une autre affaire complètement. Il faut trouver le ton, il y a un timing particulier. Ça me tentait d’explorer ça», souligne la chaleureuse actrice de noir vêtue — blouse transparente, pantalons avec des trous aux genoux et chics petites bottines rougeâtres.

Mélissa Désormeaux-Poulin incarne Estelle, une employée modèle et mère d’une petite peste qui s’enfonce dans une vie rangée auprès d’un conjoint confortable dans sa routine. Elle décide de s’offrir un trip à trois — sans lui. «Elle a besoin de se retrouver et de mettre du piment dans sa vie de couple.»

Un film représentatif de la réalité de bien des gens de la classe moyenne, estime-t-elle. Sans pour autant opter pour une solution aussi audacieuse pour brasser le quotidien. Le trip à trois repose beaucoup sur Estelle, mais aussi sur sa sœur irresponsable (et délurée), jouée par Bénédicte Décary, ainsi que ses deux amies (Geneviève Schmidt et Anne-Élisabeth Bossé). Les actrices ont contribué au scénario, notamment pour la véracité et le niveau de langue de leurs confidences, souvent de nature sexuelle, évidemment.

On est loin de la sage avocate Ariane Beaumont dans Ruptures et tout autant de l’actrice porno Carla Morelli dans Mensonges, à la télévision. Deux extrêmes qui ne la représentent pas du tout, pas plus qu’Estelle. «Ce sont des parcelles de moi qui sont sous la loupe. Je trouve ça ennuyant de me jouer, je n’y aurais aucun plaisir.» Pouvoir se glisser dans la peau de quelqu’un d’autre, «moi, c’est ça mon trip».

Cinéma

Le trip à trois: plus qu’un titre aguichant

Trois-Rivières — Il est rare qu’un simple titre suffise à attirer de nombreux spectateurs dans les salles obscures. Parions que ce sera le cas avec la nouvelle comédie de Nicolas Monette intitulée Le trip à trois.

Notez que ce film a bien d’autres attraits et de plus convaincants puisque l’affiche annonce la présence de Martin Matte, Mélissa Désormeaux-Poulin, Bénédicte Décary ou Anne-Élisabeth Bossé. Séduisant. 

Au-delà de cette impressionnante brochette, le plus gros argument de vente est peut-être qu’il s’agit d’une comédie légère qui sort tout juste à temps pour les congés des fêtes. Or, s’il y a une période de l’année où on veut se divertir sans se casser la tête, c’est bien celle-là. «C’est vrai, convient le réalisateur, que ça tombe plutôt bien et je suis content parce que notre offre est assez unique. Ça me fait plaisir de voir qu’à travers les films de science-fiction et les gros films de Noël pour enfants, il y a de la place pour une comédie québécoise. Et comme c’est un film qui porte sur le couple, je pense que ça va susciter l’intérêt du public. On sait à quel point les Québécois aiment rire et les réactions qu’on a eues aux visionnements préliminaires ont été très positives.»

N’en déplaise aux voyeurs, Monette soutient que le sujet de son film, c’est comment sauver son couple de la monotonie, cette scélérate qui s’allie avec le temps pour miner l’amour petit à petit. «En parallèle, il y a l’aspect de la sexualité qui apparaît souvent comme une solution miracle à ce problème. Alors, je me disais que de voir un couple ordinaire confronté à ce problème était une solide base pour faire une bonne comédie.»

«L’idée d’un trip à trois, on y a tous pensé à un moment ou à un autre. Ce que je trouvais intéressant, c’est l’idée non pas qu’un couple y pense, mais qu’il passe à l’étape suivante et l’organise, ce qui ne peut pas être aussi simple qu’on l’imagine. Et comme je n’ai aucunement le talent de scénariste, j’ai confié l’idée à Benoît Pelletier, un excellent scénariste, lui.»

Par contre, le choix des interprètes c’est Nicolas Monette. Comme il avait travaillé avec Martin Matte pour réaliser le tout dernier épisode de sa série Les beaux malaises, on s’imagine que Matte s’est imposé naturellement pour être la tête d’affiche masculine. Qui d’autre qu’un humoriste chéri des Québécois dans une comédie, n’est-ce pas? Ce n’est pourtant pas si simple. 

«Ce que je voulais surtout, c’est utiliser le rire pour passer un message plus chargé émotivement. Ça, c’est quelque chose que Martin fait particulièrement bien dans ses spectacles quand il parle de son frère, victime d’un traumatisme craniocérébral, notamment. J’ai senti qu’il n’est pas qu’un humoriste mais qu’il y a un comédien en lui.»

«Il m’a fallu le retenir un peu de faire de l’humour. Je voulais qu’il incarne un personnage un peu beige, un peu mou. Il s’est laissé aller et je le trouve vraiment excellent.»

En Mélissa Désormeaux-Poulin, il est allé à l’opposé. Elle se mourait pour jouer dans une comédie alors qu’on le lui offre rarement. Elle s’est volontiers pliée au processus des auditions et a dû apprendre les exigences de la comédie. «Je cherchais une comédienne qui soit juste, pas une comique. Elle n’a jamais à jouer les gags parce que ce sont les situations qui sont drôles.»

«J’étais moins apeurée en apprenant ça, avoue la comédienne qui s’est bâti une crédibilité dans des rôles dramatiques dans lesquels elle excelle. Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi parce que j’adore rigoler. Mais la comédie, je l’ai apprise un peu par instinct en espionnant Martin (Matte). Il est extrêmement travaillant et il comprend instinctivement ce qu’il y a de drôle à exploiter dans n’importe quelle scène. J’ai compris qu’il y a un ton qui vient avec la comédie et que le rythme est essentiel. C’est une mécanique particulière.»

Le défi

Mélissa Désormeaux-Poulin possède cette qualité naturelle et indéfinissable qui fait les grandes actrices: elle rayonne à l’écran, presque malgré elle. Or, elle incarne ici une femme qui doit être exactement le contraire. Il a donc fallu travailler à atténuer cette présence naturelle et éclatante. «On a travaillé sur de multiples détails pour y arriver dit Nicolas Monette. Les maquillages, les coiffures, les costumes: tout était conçu pour qu’elle soit terne.»

«Mon mot d’ordre, précise la comédienne, c’était qu’Estelle devait évoluer tranquillement vers une sorte d’émancipation. Je ne voulais surtout pas reprendre le classique de la vamp qui se révèle parce que c’est d’abord et avant tout une fille ordinaire, straight. Il fallait donc qu’elle soit très réservée au départ. J’ai travaillé sa posture physique, l’absence de maquillage, des vêtements banals, etc. Tranquillement, de scène en scène, on augmentait le maquillage, on lui donnait des coiffures plus élaborées et son attitude se transformait très graduellement, subtilement. Il y avait une certaine complexité sous-jacente au personnage qui en a fait un très beau défi d’interprétation.»

À tel point qu’elle a pris goût à la comédie. «Oh oui! J‘ai vraiment eu la piqûre. Je pense que je pourrais en faire d’autres et dans d’autres styles de comédie. Pour l’instant, je dirais qu’à travers ce qu’on me propose, il y a des propositions intéressantes qui font que je vais peut-être reprendre la comédie. Mais rien n’est encore définitif.»

Week-end

Isabelle Blais: au terme d’une grande année

Trois-Rivières — S’il n’y a pas de petit rôle selon Stanislavsky, il n’y a probablement pas de petits films non plus. La comédienne d’origine trifluvienne Isabelle Blais peut en témoigner, elle qui brille dans "Tadoussac", un film à tout petit budget dont personne ne savait, au moment de son tournage, s’il pourrait seulement être distribué un jour dans des salles commerciales.

Or, il vient de sortir dans cinq salles, dont au Tapis Rouge, à Trois-Rivières. 

Ce long métrage tourné en deux semaines avec quelque chose comme 250 000 $ de budget a remporté le prix Coup de cœur du public à l’événement Trois-Rivières - Images, fêtes et films (TR-IFF), il y a deux semaines. Il était le film de clôture de l’événement Cinéma du Québec à Cannes 2017, son actrice principale a remporté un prix d’interprétation au Festival international du film francophone de Namur, et le film a décroché le Prix Spécial du jury du Festival du Film Canadien de Dieppe en plus d’être dans les sélections officielles de festivals en Abitibi-Témiscamingue, à Sao Paulo, en Thessalonique en plus d’être à Cinémania à Montréal. Pas mal pour un tout petit film sans ambition; et sa carrière ne fait que commencer.

Difficile, en le voyant, de ne pas être bouleversé par les deux principales interprètes, la jeune Camille Mongeau et Isabelle Blais qui, malgré son statut, a suivi l’astreignant processus des auditions pour décrocher le rôle. 

«Au Québec, c’est assez rare qu’on se fasse offrir des rôles sans audition, en tout cas, pour moi, disait-elle en entrevue téléphonique avec Le Nouvelliste la semaine dernière. On convient que ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable dans le métier mais je comprends très bien que ce soit nécessaire. Je ne connaissais pas le réalisateur Martin Laroche et qu’on le veuille ou non, c’est important qu’on ait une certaine chimie dans un projet comme ça.»

«En plus, il fallait bien voir si le duo des deux personnages principaux fonctionne bien à l’écran, si les énergies sont compatibles. Ce n’est pas une question de talent qu’on évalue mais de voir si telle interprète est la meilleure pour incarner tel personnage. Si j’avais été moi-même la réalisatrice, j’aurais voulu faire des auditions même en sachant que c’est difficile pour les interprètes.»

Week-end

Un auteur et compositeur libre

Trois-Rivières — Alors que de nombreux artistes peinent à produire le moindre disque, faute de perspectives de rentabilité, d’autres résistent et continuent à pérenniser leurs chansons comme cela se faisait dans le passé. C’est le cas de Mononc’Serge qui sortira le 1er décembre "Révolution conservatrice", un 12e album en carrière pour lequel il fera un lancement au café-bar trifluvien Zénob le 5 décembre.

D’où lui vient cette volonté à contre-courant? «Ma vie, c’est de faire de la musique, plaide-t-il candidement. Je ne sais pas vivre autrement. C’est vrai que le chiffre de douze albums peut paraître gros mais réparti sur 20 ans de carrière, ce n’est pas démesuré.»

S’il peut y arriver, c’est non seulement parce qu’il est un créateur prolifique, mais aussi parce qu’il est indépendant. «J’ai un contrat avec un distributeur depuis l’an 2000 mais je n’ai pas une maison de disques qui me dicte ce que je peux ou dois faire; je suis libre. Jusqu’à un certain point, on peut dire que je suis à la tête de ma propre petite entreprise. Je suis parfaitement conscient que c’est un grand privilège d’avoir cette latitude-là. En fait, je considère c’est une grande chance de simplement gagner ma vie en musique.»

L’autre face à cette médaille, c’est qu’il s’occupe de tout lui-même: la comptabilité, les demandes de subventions, la promotion, le graphisme, etc. Derrière son personnage outrancier d’iconoclaste tout azimut ayant un penchant pour le rock metal, se cache un homme résolu et rigoureux. «Je n’irais pas jusque là, répond-il, mais disons que j’arrive à me démêler et à être organisé. Ce sont des tâches souvent fastidieuses que tous les artistes n’ont pas nécessairement le temps ou l’envie de faire, mais j’aime mieux faire ça que d’avoir à me trouver un travail sans intérêt à l’extérieur du monde de la musique. Au moins, la gestion que je fais me permet de vivre de la musique; ça donne un sens au boulot. Par ailleurs, j’aime bien être au courant et en contrôle de tous les aspects de mon travail.»

# 12

Malgré sa production d’un album aux deux ans, Mononc’Serge arrive à se renouveler artistiquement. À la musique acoustique de son dernier album, 2015, Révolution conservatrice oppose un rock générique mais appuyé avec une instrumentation plus lourde. «En fait, l’idée ne vient pas de moi, admet-il. J’ai envoyé presque une trentaine de nouvelles chansons à mes musiciens sous la forme voix-guitare-contrebasse. Ce sont eux qui m’ont proposé de revenir à un rock de la vieille école, qui peut ressembler à ce qui se fait dans les années 70, par exemple, avec Neil Young ou Jimmy Hendrix. Ça ne flirte même pas avec le metal que j’ai fait avec Anonymus.»

«De mon côté, j’étais conscient que le danger quand on produit beaucoup, c’est de savoir se renouveler. Je voulais donc un album qui se démarquerait des autres et je n’avais jamais exploité la musique électrique dans mes albums précédents. Chaque chanson a été travaillée individuellement mais en cours de route, j’ai bien perçu qu’il se dégageait une homogénéité d’ensemble que je souhaitais.»

Si on a envie, en écoutant ses textes qui demeurent au premier-plan, de voir chez lui un discours revendicateur ou de critique sociale, Mononc’Serge se dissocie presque complètement de pareille démarche. «Je pense qu’il est difficile de tirer un thème général de l’album. Je m’amuse, je ne dénonce pas une position particulière. Je m’en prends un peu aux propos qu’on peut entendre sur certaines radios de Québec mais je ne milite pas pour leur fermeture non plus.»

«Je ne crois même pas qu’il y a un profond courant de pensée rétrograde qui soit en train de se répandre sur le Québec. Il y a des choses qui se disent qui me dérangent, mais en même temps, il continue d’exister une multitude de courants de pensée. Par moments, mes textes frôlent le commentaire social mais je ne fais pas de critique de la société: je laisse ça à des sociologues ou autres spécialistes qui sont bien mieux armés que moi pour le faire.»

«Je me contente de profiter de la liberté que la création me permet. J’ai des chansons qui sont sur le mode comique, d’autres, nettement plus sérieuses alors que d’autres encore sont carrément bizarres. Comme Révolution conservatrice qui est une sorte de trip dans lequel j’imagine comment serait le Québec si on revenait en arrière avec les idées qui dominaient dans les années 40. C’est loufoque plus qu’autre chose: je m’amuse, tout simplement. Tout cela est fait sans prétention.»

Pour découvrir ce que Mononc’Serge a à offrir, le public trifluvien pourra le voir gratuitement au Zénob le 5 décembre lors d’un 5 à 7 où il se fera un plaisir de rencontrer ses fans dans un lieu où il a ses habitudes.