Le général Charles de Gaulle lors de son arrêt au séminaire de Trois-Rivières.

«Vive le Québec libre» a 50 ans

À l'été 67, le Québec avait rendez-vous avec le monde. Les foules se précipitaient à Terre des Hommes pour l'Exposition universelle et un événement inattendu, mais combien majeur dans l'histoire du Québec, s'est produit une journée de juillet sur le balcon de l'hôtel de ville de Montréal lorsque le général Charles de Gaulle a clamé: «Vive le Québec libre». D'abord arrivé à Québec, le président français a emprunté le Chemin du Roy et a fait des passages remarqués à Sainte-Anne-de-la-Pérade, à Trois-Rivières et à Louiseville.
Alors que le Québec célèbre le 50e anniversaire de cette visite, le journaliste de La Presse André Duchesne s'est intéressé à cette visite. Il vient de publier chez Boréal le fruit de ses recherches dans le livre La Traversée du Colbert, de Gaulle au Québec en juillet 1967.
«67 était l'aboutissement de la Révolution tranquille. Les francophones s'étaient réveillés. Ils avaient exprimé le fait qu'ils voulaient prendre leur destin, leur économie et leurs institutions en mai», souligne André Duchesne en entrevue. «De Gaulle représentait une forme de libérateur. Partout où il passait, où il y avait des peuples à la recherche d'une certaine autonomie, il devenait populaire. Et ici encore plus que n'importe où dans le monde.»
En effet, le général de Gaulle incarnait la France libre et la résistance face à l'occupant nazi lors de la Deuxième Guerre mondiale. Ses visites au Québec, car 1967 n'était pas sa première visite, représentaient également une réconciliation entre la France et le Québec. «Entre la conquête et lui, personne en France ne s'est intéressé au Québec. Il n'y a absolument personne qui s'est intéressé à nous. Quand de Gaulle est revenu au pouvoir en 1958, les Français ont commencé à s'intéresser au Québec», précise M. Duchesne.
On tend à oublier au Québec que 1967 est aussi l'année du centenaire de la confédération. C'est d'ailleurs dans ce contexte que le Canada avait invité Charles de Gaulle. «Le Québec a dit non. Nous autres aussi on invite de Gaulle et le pape, mais ça n'a pas marché pour le représentant de l'Église», note André Duchesne qui rappelle que cela a entraîné un conflit Québec-Ottawa. «De Gaulle a accepté les deux, mais il a dit à Jean Chapdelaine, le délégué général du Québec à Paris, "je réponds au deux, mais c'est vraiment l'invitation du Québec que j'accepte".»  
Beaucoup d'effervescence à Trois-Rivières
Tout était en place pour que la visite du général de Gaulle soit marquante. Le cortège du président de la République a passé dans 24 villes et villages situés le long du Chemin du Roy. Sur les six arrêts qu'il a faits lors de ce voyage vers Montréal, trois ont été en Mauricie. 
«À Trois-Rivières, il y avait vraiment beaucoup d'effervescence», affirme l'auteur de La Traversée du Colbert. «Il y avait environ 5000 personnes devant le séminaire de Trois-Rivières pour l'accueillir.»
Tout le gratin politique de l'époque y était pour accueillir le chef de l'État français. Le député provincial de Trois-Rivières, Yves Gabias, n'aurait toutefois pas particulièrement aimé sa rencontre avec le général. 
«Yves Gabias n'a pas trouvé ça drôle. Il a parlé un peu avec de Gaulle et il essayait de lui parler de ses ancêtres. Mais de Gaulle n'avait pas l'air très très intéressé», soutient André Duchesne qui précise que le député avait rapporté à l'époque cette rencontre dans un article de L'Hebdo journal de Trois-Rivières. 
La Société Saint-Jean-Baptiste a joué un rôle très important lors de la visite du général. André Duchesne insiste sur ce fait. Il soutient que l'organisme a invité la population à se rassembler pour accueillir Charles de Gaulle. 
«Elle disait qu'il fallait accueillir de Gaulle en héros et de mettre des drapeaux», affirme-t-il. 
Le dîner des journalistes étrangers qui suivaient le voyage de Charles de Gaulle organisé à la marina de Trois-Rivières, autrefois le Yacht Club Saint-Maurice, est aussi une initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste. «La Société a alors profité de l'occasion pour parler de sa cause et ce qu'elle défendait. C'était une étape importante sur le chemin vers Montréal.»
De son côté, de Gaulle se rend au réfectoire du séminaire pour dîner. Aucun journaliste n'était invité à ce repas, sauf Ernest Lamy de CHLN. Il a par la suite témoigné son expérience à Claire Roy, une journaliste du Nouvelliste. Il semble que les convives ont très bien mangé et bu du très bon vin.  
Après un court repos, la délégation reprend la route vers Montréal. Rendu à Louiseville, le général s'est à nouveau adressé à la foule. Comme à chaque arrêt, son discours s'est terminé par la Marseillaise. «Mais tout d'un coup, de Gaulle a dit, et ça m'a vraiment frappé, ''on va chanter le Canada''. Il n'a pas dit le Ô Canada», précise M. Duchesne qui ajoute qu'il n'a trouvé cette information que dans très peu de sources imprimées. «C'est comme si on avait trouvé que ça jurait avec le reste de son voyage.»
Plus la journée avançait, plus les foules étaient considérables. Est-ce que cela a influencé sa réflexion et ce qu'il allait dire plus tard à Montréal? Il s'agit d'une hypothèse très répandue. Pourtant, André Duchesne est d'un autre avis. Il estime que de Gaulle avait «pas mal prémédité son affaire». «Il connaissait très bien le dossier du Québec. Il était préparé et briefé. [...] Il connaissait très bien les tiraillements entre le Canada et le Québec. Et il y en avait aussi beaucoup entre la France et le Canada à l'époque», note le journaliste. «De Gaulle s'est laissé emporter? Peut-être un peu, mais je pense qu'il avait vraiment décidé de lancer un gros pavé dans la mare.»
Rendu à l'hôtel de ville de Montréal, de Gaulle s'est rendu sur le balcon pour saluer la foule. C'est alors qu'il a décidé de s'adresser aux personnes présentes, même si Jean Drapeau n'était pas très chaud à l'idée. Le reste fait partie de l'histoire du Québec.
La Mauricie se souvient
La Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie et ses partenaires souligneront le 50e anniversaire du passage du général de Gaulle dans la région par diverses activités cet été à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Trois-Rivières et Louisville.
À l'été 1967, le président de la République française avait parcouru le Chemin du Roy entre Québec et Montréal, et s'était notamment arrêté dans ces trois localités de la Mauricie.
Sainte-Anne-de-la-Pérade commémorera la visite du général à travers une exposition qui sera inaugurée à la fin de juin dans le cadre du 350e anniversaire de la municipalité. Des éléments rappelant la venue du président français seront intégrés dans cette exposition illustrant les 350 ans de la localité. Pour la postérité, un panneau sera dévoilé le 24 juillet à l'ancien hôtel de ville, dans une cérémonie où seront lus des discours de l'époque.
À Trois-Rivières le Musée québécois de culture populaire proposera l'exposition Charles de Gaulle, du 2 juillet au 1er septembre. Les visiteurs pourront y découvrir les moments marquants de la visite du président français en Mauricie et au Québec en juillet 1967. Son passage à Trois-Rivières plus précisément sera commémoré au musée le 24 juillet par un rendez-vous dont les détails restent à venir.
La Ville de Louiseville aussi soulignera l'événement, dans une activité encore en développement.
Pour l'ensemble des événements commémoratifs, le public est invité à transmettre des archives en bon état, telles que des photos, vidéos, textes ou autres artéfacts. La procédure de transmission de documents est expliquée sur le site https://degaulle.fondationlionelgroulx.orgMarie-Josée Montminy