Mononc’Serge

Un auteur et compositeur libre

Trois-Rivières — Alors que de nombreux artistes peinent à produire le moindre disque, faute de perspectives de rentabilité, d’autres résistent et continuent à pérenniser leurs chansons comme cela se faisait dans le passé. C’est le cas de Mononc’Serge qui sortira le 1er décembre "Révolution conservatrice", un 12e album en carrière pour lequel il fera un lancement au café-bar trifluvien Zénob le 5 décembre.

D’où lui vient cette volonté à contre-courant? «Ma vie, c’est de faire de la musique, plaide-t-il candidement. Je ne sais pas vivre autrement. C’est vrai que le chiffre de douze albums peut paraître gros mais réparti sur 20 ans de carrière, ce n’est pas démesuré.»

S’il peut y arriver, c’est non seulement parce qu’il est un créateur prolifique, mais aussi parce qu’il est indépendant. «J’ai un contrat avec un distributeur depuis l’an 2000 mais je n’ai pas une maison de disques qui me dicte ce que je peux ou dois faire; je suis libre. Jusqu’à un certain point, on peut dire que je suis à la tête de ma propre petite entreprise. Je suis parfaitement conscient que c’est un grand privilège d’avoir cette latitude-là. En fait, je considère c’est une grande chance de simplement gagner ma vie en musique.»

L’autre face à cette médaille, c’est qu’il s’occupe de tout lui-même: la comptabilité, les demandes de subventions, la promotion, le graphisme, etc. Derrière son personnage outrancier d’iconoclaste tout azimut ayant un penchant pour le rock metal, se cache un homme résolu et rigoureux. «Je n’irais pas jusque là, répond-il, mais disons que j’arrive à me démêler et à être organisé. Ce sont des tâches souvent fastidieuses que tous les artistes n’ont pas nécessairement le temps ou l’envie de faire, mais j’aime mieux faire ça que d’avoir à me trouver un travail sans intérêt à l’extérieur du monde de la musique. Au moins, la gestion que je fais me permet de vivre de la musique; ça donne un sens au boulot. Par ailleurs, j’aime bien être au courant et en contrôle de tous les aspects de mon travail.»

# 12

Malgré sa production d’un album aux deux ans, Mononc’Serge arrive à se renouveler artistiquement. À la musique acoustique de son dernier album, 2015, Révolution conservatrice oppose un rock générique mais appuyé avec une instrumentation plus lourde. «En fait, l’idée ne vient pas de moi, admet-il. J’ai envoyé presque une trentaine de nouvelles chansons à mes musiciens sous la forme voix-guitare-contrebasse. Ce sont eux qui m’ont proposé de revenir à un rock de la vieille école, qui peut ressembler à ce qui se fait dans les années 70, par exemple, avec Neil Young ou Jimmy Hendrix. Ça ne flirte même pas avec le metal que j’ai fait avec Anonymus.»

«De mon côté, j’étais conscient que le danger quand on produit beaucoup, c’est de savoir se renouveler. Je voulais donc un album qui se démarquerait des autres et je n’avais jamais exploité la musique électrique dans mes albums précédents. Chaque chanson a été travaillée individuellement mais en cours de route, j’ai bien perçu qu’il se dégageait une homogénéité d’ensemble que je souhaitais.»

Si on a envie, en écoutant ses textes qui demeurent au premier-plan, de voir chez lui un discours revendicateur ou de critique sociale, Mononc’Serge se dissocie presque complètement de pareille démarche. «Je pense qu’il est difficile de tirer un thème général de l’album. Je m’amuse, je ne dénonce pas une position particulière. Je m’en prends un peu aux propos qu’on peut entendre sur certaines radios de Québec mais je ne milite pas pour leur fermeture non plus.»

«Je ne crois même pas qu’il y a un profond courant de pensée rétrograde qui soit en train de se répandre sur le Québec. Il y a des choses qui se disent qui me dérangent, mais en même temps, il continue d’exister une multitude de courants de pensée. Par moments, mes textes frôlent le commentaire social mais je ne fais pas de critique de la société: je laisse ça à des sociologues ou autres spécialistes qui sont bien mieux armés que moi pour le faire.»

«Je me contente de profiter de la liberté que la création me permet. J’ai des chansons qui sont sur le mode comique, d’autres, nettement plus sérieuses alors que d’autres encore sont carrément bizarres. Comme Révolution conservatrice qui est une sorte de trip dans lequel j’imagine comment serait le Québec si on revenait en arrière avec les idées qui dominaient dans les années 40. C’est loufoque plus qu’autre chose: je m’amuse, tout simplement. Tout cela est fait sans prétention.»

Pour découvrir ce que Mononc’Serge a à offrir, le public trifluvien pourra le voir gratuitement au Zénob le 5 décembre lors d’un 5 à 7 où il se fera un plaisir de rencontrer ses fans dans un lieu où il a ses habitudes.