Sur son premier album solo, Simon Laganière a tenu à ce que la guitare soit prédominante sur chaque pièce de la galette.

Simon Laganière: trouver ses ailes

TROIS-RIVIÈRES — Il fallait bien qu’un jour, comme pour tout un chacun, Simon Laganière s’affranchisse de sa famille pour vivre de ses propres ailes. Non pas qu’il renie les Frères Goyette dont il est toujours membre, mais l’envie de créer sa propre musique a grandi imperceptiblement dans son ventre jusqu’à s’imposer à son cerveau. Résultat: Simon Laganière présente Samedi soir de semaine, un premier album solo.

Porté par l’enthousiasme pour son projet, Simon est tout simplement allé voir les gens de sa maison de disque, Grosse Boîte, pour leur dire qu’il voulait faire un album sans les Frères Goyette, devenus difficiles à réunir. «Comme on est tous devenus parents ces dernières années, c’est devenu plus compliqué de se trouver du temps et de monter un projet ensemble Et puis, j’avais envie d’avoir mon album à moi, de travailler autrement. De toute façon, je serais incapable de ne pas faire de chansons dans ma vie.»

Simon n’avait pas la moindre maquette de chanson sous la main. Aucun argument, rien à présenter. Grosse Boîte a pourtant embarqué dans le projet sans hésitation. Un bel encouragement pour le musicien un peu intimidé par son ambition. Le destin lui a offert un signe: comme sa chargée de projet s’occupe aussi de Jean Leloup, il a eu la chance de le croiser et d’obtenir un second encouragement façon Roi Ponpon. «L’important, lui a dit l’icône, c’est que tu brasses la soupe et bienvenue dans ce beau métier de merde», se remémore Simon avec le sourire. «Lui et Daniel Bélanger sont deux grands modèles pour moi et malgré l’humour particulier, je me suis senti stimulé.»

Travailler autrement signifiait aussi s’associer à d’autres musiciens. Lui qui est un proche ami de Catherine Leduc, il s’est tourné vers son conjoint Mathieu Beaumont, comme réalisateur. En lui, il a retrouvé un ami autant qu’un conseiller. «Je suis arrivé chez lui avec trois chansons que j’avais composées. On a passé deux ou trois jours à faire de la musique tout simplement comme on en faisait dans le temps du cégep. Je retrouvais cette même liberté extraordinaire. Je pense que l’album reflète ce plaisir-là.»

«Samedi soir de semaine s’est construit au fur et à mesure, sans idée préconçue. La seule notion que j’en avais c’est que je voulais un ovni, quelque chose qui me ressemble, sans savoir d’avance à quoi ça pourrait ressembler. Mathieu est un intuitif, il me lançait des idées à mesure qu’elles lui venaient. On les essayait, je les prenais ou pas. La très grande majorité du temps, il me proposait très exactement ce que je cherchais sans être capable de mettre le doigt dessus.»

Des histoires
L’auteur, compositeur et interprète s’y révèle plus complexe et raffiné que ce qu’on connaissait de lui jusqu’à maintenant. Une chose demeure, ferme, presque intransigeante: chaque chanson est une histoire qu’il raconte. Comme un très court métrage sorti de l’imagination du cinéaste qu’il est aussi. Au point de jonction de ses inspirations.

Il a adopté une méthode de travail qui peut, au néophyte, sembler un peu singulière. Très souvent, c’est sa guitare qui dicte le premier cadre d’une chanson. Des lignes, des rythmes, des suites d’accords. «J’enregistre cette première ébauche. Quand il n’y a personne autour, je chante en faux anglais sur la mélodie. Ça devient comme un simple flot de sons sans signification sur lequel j’aurai à greffer des mots. C’est un exercice difficile mais qui est très payant.»

«Le plus difficile, c’est de décider de ce que je vais raconter. Ça me prend du temps. C’est la question que tous les artistes se posent, j’imagine.» La même qu’il se pose en tant que scénariste, assurément. «C’est vrai que les deux démarches sont très similaires pour moi. Je me gratte dans le même hémisphère du cerveau que ce soit pour la musique ou le cinéma. La musique est quelque chose de plus spontanée, cependant. En studio, je suis dans le moment présent alors que quand je tourne, il faut que j’anticipe constamment des choses, que je pense aux implications de chaque décision. C’est tellement plus lourd, le cinéma. En musique, je suis juste dans l’émotion. Je me demande simplement: est-ce que c’est beau ou pas?»

Et l’album, finalement, est-il beau? «Oui, je le trouve beau. L’équipe m’a rendu fier parce qu’ils m’ont énormément apporté. Je suis content de l’apport de chacun et j’assume tout. J’avoue que je n’ai pas souvent eu ce sentiment d’être parfaitement à l’aise avec le résultat. C’est peut-être que je deviens plus sage avec l’âge mais là, je le suis. J’ai le sentiment que c’est ce que je pouvais faire de mieux. Que quelqu’un l’aime ou pas ne change rien à ce que moi, j’en pense.»

«J’ai tellement eu de plaisir à le faire. Ça aussi, je le dois à l’équipe. En studio, tout le monde était de bonne humeur, on travaillait dans le plaisir, sans souci autre que de faire de la beauté. Ça me rend juste très heureux de l’avoir fait, d’un bout à l’autre. Je pourrai toujours le faire écouter à mes enfants et leur montrer qui était leur père à cette étape de sa vie.»

Un joueur d’équipe

Simon Laganière aime parler de l’équipe qui a élaboré l’album. Aussi bien la présenter.

Il y a Matthieu Beaumont à la réalisation, Julien Mineau au mixage, Dominic Desjardins à la guitare, Gabriel Lemieux-Maillé à la batterie, Benoît Coulombe à la basse alors que Catherine Leduc a contribué par sa voix.

«Pendant tout le processus, j’ai cherché une façon originale de faire les pièces pour que ça me ressemble alors que Matthieu me poussait toujours un peu plus loin, révèle Laganière. C’est lui qui apporte le côté lumineux et le côté plus contemporain de la musique. Par contre, ma touche, c’est la guitare. J’ai tenu à ce qu’elle soit au premier plan sur toutes les pièces. C’est ma signature.»

En doublant constamment sa voix de soliste comme l’ont jadis fait Lennon ou Cobain, des références, Simon donne à ses chansons un côté vaporeux, onirique, comme il le dit lui-même. «Je trouve ça beau», offre-t-il comme seul justification. 

On note aussi que ça efface un peu le chanteur, l’assimilant à la musique comme un instrument de plus. 

Qui le connaît le moindrement ne peut s’empêcher d’y reconnaître l’artiste dans son assez caractéristique modestie. «J’aime quand le chant flotte sur la musique comme ce qu’on retrouve chez Jeff Buckley qui m’a toujours inspiré. D’ailleurs, Couper vers le nord, la première chanson de l’album, m’a été inspirée par la version que fait Buckley de Hallelujah, de Leonard Cohen.»

On le voit bien, l’artiste champlainois, tout en étant profondément singulier, est respectueux de ses maîtres. Il ne s’est octroyé qu’une entorse à son inspiration sur les neuf pièces de son album: Se planter un clou dans l’pied, une adaptation de Crucify Your Mind de Sixto Rodriguez.

Les huit autres pistes sont autant d’historiettes racontées dans une poésie arrachée au quotidien, qui cherche à s’affranchir de la banalité. Une poésie parfois un peu rêche, comme la routine des simples gens qui ne se laissent pourtant jamais abattre. Il n’existe pas de prétention dans les chansons de Simon Laganière, simplement une relecture de la réalité qui cherche le cœur des choses et des gens.

Maintenant que l’album est sur le marché, rien ne ferait plus plaisir à son auteur que de boucler la boucle et l’interpréter sur scène avec les mêmes musiciens que ceux qui l’ont accompagné en studio. «On a des personnalités qui fonctionnent bien ensemble. On rit des mêmes blagues. Il y a un équilibre entre nous qui fait que c’est nous qui sommes les meilleurs pour jouer les chansons sur scène. Je n’ai pas de plan précis, mais si la possibilité se présente, j’aimerais ça.» 

C’est la même attitude qu’il avait avant d’entreprendre la confection de l’album. Il serait fou de ne pas croire que ça va se faire.