Rose-Marie Perreault

Rose-Marie Perreault: à un train d'enfer

Au départ, on pouvait parler de chance, mais depuis environ un an qu'elle est sur les rails, la carrière de la Trifluvienne d'origine Rose-Marie Perreault a maintenu une vitesse aussi inhabituelle que spectaculaire. La jeune femme sans la moindre expérience de jeu n'a pratiquement pas cessé de tourner depuis son apparition dans le film Les démons à l'automne 2015.
Ça a commencé avec son rôle de Maya une élève de l'école du Vieux havre dans la quotidienne 30 vies à l'hiver dernier. Pour une femme de vingt ans sans la moindre formation en interprétation, c'était déjà très bien. L'expérience a été formatrice et lui a donné une visibilité enviable qui l'a sans doute aidée à décrocher des rôles dans deux autres téléséries dont Mes petits malheurs qui prendra l'affiche cet automne puis Ruptures 2 pour laquelle elle tourne présentement et qui est programmée dans la saison hiver 2017.
Parlons d'abord de 30 vies, sa première école de télévision. «C'est certain que j'y ai beaucoup appris, commentait-elle en entrevue plus tôt cette semaine. C'est une école extraordinaire, notamment à cause du rythme très rapide de production. Le réalisateur n'avait pas tellement le temps de nous corriger parce qu'on tournait pratiquement tous les jours, quatre à cinq fois par semaine. On n'avait pas tellement le choix: il fallait bien faire du premier coup.»
«Ça m'a appris à avoir de la rigueur dans le travail. Dans pareille production, tu n'as pas le choix de connaître ton texte avant d'arriver sur le plateau, il faut que tu sois assidue, concentrée; pas question d'être celle qui fait des blagues avec les techniciens et qui perturbe le plateau.»
Par la force des choses, elle a été amenée à analyser elle-même son jeu. «On a tous des tics mais il n'y a rien comme de se voir pour en prendre conscience. Comme je n'avais pas fait d'école d'interprétation, j'ai beaucoup analysé mon travail pour y déceler ce que je faisais bien et ce que je faisais mal. Ça m'a donné une base sur laquelle construire mon jeu.»
Travailler dans l'intensité, l'urgence, lui a aussi appris à se lancer dans le vide, à se faire confiance. «J'avoue que depuis, je me sens un peu plus sûre de moi en audition. J'ai encore le syndrome de l'imposteur mais moins qu'avant. Je pense que c'est nécessaire d'entretenir certains doutes parce que ça te pousse à t'améliorer constamment mais il faut aussi prendre de la confiance pour livrer la marchandise.»
Mes petits malheurs
La recette doit être efficace puisque Rose-Marie Perreault a décroché le rôle de Myriam dans une toute nouvelle comédie qui prendra l'affiche sur ICI Radio-Canada télé à l'automne. Sur le fil des souvenirs d'un adulte d'aujourd'hui, on y ramène le public trente ans en arrière, au cours de l'été 1986. On est alors témoin des péripéties de la vie de Jeffy, un jeune adolescent qui découvre la vie à travers diverses expériences et rites de passage. Rose-Marie Perreault interprète sa grande soeur Myriam. «C'est vraiment un beau personnage. C'est l'aînée de trois enfants dont deux garçons. Elle a 18 ans, elle est frondeuse, provocatrice; c'est le meneuse dans la famille.»
«Je trouve qu'elle n'est pas si proche de ce que je suis dans la vie. En même temps, pour m'imprégner du rôle, je me suis plongée dans mes souvenirs d'adolescence à cet âge où on commence à se permettre des choses par rapport à l'autorité. Quand j'ai décrit le personnage à mes parents, eux, ils ont trouvé que ce n'était pas du tout loin de moi!»
Se retrouver sur un plateau avec des comédiens chevronnés comme Catherine Proulx-Lemay, qui interprète sa mère et Jean-Michel Anctil, son père, aurait de quoi intimider une comédienne déutante. La jeune interprète bénit l'atmosphère très conviviale qui a régné sur le plateau pendant les mois de juillet et août au cours desquels on a tourné les treize épisodes de trente minutes qui constituent la première saison.
«Il régnait vraiment une ambiance familiale, sur le plateau. On tournait sur le bord d'un lac à une heure de Montréal et on a passé beaucoup de journées complètes ensemble. Ça nous a soudés. On travaillait fort mais à la différence de 30 vies, on avait plus de temps pour travailler les rôles, prendre du recul. On échangeait beaucoup et tout le monde s'entraidait.
Une anecdote de tournage résume bien l'ambiance qui régnait. «Jean-Michel et moi, on était en voiture pour tourner une scène mais pendant qu'une remorqueuse traînait l'auto vers le lieu de tournage, sans avertissement, il s'est mis à improviser sur la base de la scène qu'on devait jouer. J'ai embarqué avec lui et on s'est amusé pendant quelques minutes sans savoir que la caméra roulait pour l'équipe de production. Quand on a terminé, toute l'équipe a applaudi. C'était cool! Plus tard dans la semaine, j'ai croisé Jean-Michel qui m'a suggéré de refaire ça parce qu'il m'avait trouvée comique. Se faire dire ça par Jean-Michel Anctil, ça m'a indiqué que j'étais capable d'être drôle.»
Comme à 21 ans, elle est trop jeune pour avoir connu les anées 80, la jeune femme a regardé les films 1981 et 1987 de Ricardo Trogi qui emprunte une forme ayant des similitudes avec la série.
«C'était du bonbon, j'ai adoré ça! J'ai aussi écouté la série américaine The Wonder Years qui a un peu inspiré le scénariste Jean-François Léger. Pour ce qui est de se mettre dans l'ambiance des années 80, tout sur le plateau nous plongeait dans cette époque. Ça n'impliquait rien de particulier dans mon jeu. Il m'a simplement fallu m'ajuster au fait que mon personnage devait attendre des heures un appel téléphonique plutôt que de juste texter son amie. C'était compliqué, dans les années 80!»
Rose-Marie Perreault, que l'on voit ici avec les comdéiens de la télésérie <em>Mes petits malheurs</em>, carbure aux défis.
Déjà accro aux défis
Le tout jeune parcours de Rose-Marie Perreault comme comédienne n'a pas été qu'intense, il a aussi été assez peu conventionnel. La jeune femme a d'abord été recrutée comme mannequin au sein d'une agence montréalaise, volet qu'elle poursuit quand les plateaux de tournage ne la sollicitent pas.
«Je continue de faire des contrats comme mannequin à l'occasion. J'ai fait une campagne pour Simon's récemment qu'on devrait voir sur des panneaux publicitaires bientôt. J'ai profité d'une petite période de disponibilité pour faire ce contrat. Je suis contente d'avoir cette option en à-côté mais je n'envisage pas de faire carrière comme mannequin. Je trouve que ça manque un peu de profondeur. J'ai décidé d'aborder le métier de comédienne sans plan B. Ça m'insécurise un peu parce qu'on ne peut pas planifier à long terme mais ça me va.»
Il ne fait plus de doute qu'elle aime les lentilles mais celles des caméras plus que des appareils photo. Elle carbure particulièrement aux défis qui se présentent aux comédiennes. «J'aime beaucoup les grosses charges de travail; je trouve ça super motivant. Les 25 jours de tournage pour Mes petits malheurs étaient extraordinaires. J'aime beaucoup le travail qui est fait en répétition, en amont d'un rôle, la découverte du personnage. Jouer un personnage trop près de moi pour lequel je n'ai qu'à apprendre ses lignes des dialogues, ça m'intéresse moins.»
«À l'automne, je vais tourner dans le premier long métrage de Pascal Plante. C'est un beau personnage mais ce que j'aime particulièrement, c'est qu'il comporte des défis. Par exemple, en plus de simplement incarner un des deux personnages principaux, je dois apprendre une chanson à la guitare que je vais chanter dans le film. De la même façon que j'ai dû apprendre à jouer au tennis pour Mes petits malheurs. Je n'aurais aucun intérêt à jouer au tennis dans ma vie mais le défi de l'apprendre parce que le rôle l'exige, ça m'excite et ça me stimule énormément. Autre intérêt de mon prochain rôle, c'est qu'il est très loin de ma véritable personnalité. C'est celui d'une fille de mon âge mais punk avec des tatouages. C'est un beau défi.»

Arts Magazine

En librairie

Grandeur nature

Kath Stathers

Hurtubise

Magnifique bouquin à laisser bien en vue sur la table à café, Grandeur nature propose 1000 voyages qui plongent les voyageurs au coeur du monde sauvage. Tous les coins de la planète y passent. D’une randonnée permettant d’observer la très rare fleur nationale du Chili à une escapade pour voir l’oiseau volant le plus lourd du monde au Botswana, les suggestions sont aussi variées que dépaysantes. Agrémenté de magnifiques photos l’ouvrage permet de s’évader au fil des pages dans des contrées lointaines et fascinantes.

Arts Magazine

Livres de la semaine

La Fabrique à Slime
Carl Arsenault et Isaac Hub
Les éditions de L’homme

Il faut se l’avouer, le slime est un incontournable pour amuser les enfants. Le livre La Fabrique à Slime est donc ultra nécessaire pour la relâche avec ses 100 recettes pour fabriquer cette matière gluante et irrésistible. Les deux auteurs ont fait preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à proposer d’autant de variantes allant de recettes toutes simples à des mélanges plus complexes au résultat impressionnant. Avec ou sans Borax, la majorité des recettes s’exécutent avec des ingrédients que l’on trouve facilement à l’épicerie ou à la pharmacie.

Cinéma

Oscars: le gala radioactif

BILLET / Heureusement que le ridicule ne tue pas. La cérémonie des Oscars serait chose du passé. Une controverse n’attend pas l’autre. Au point, comme je l’écris chaque année, où on perd de vue que ce gala radioactif est censé honorer les meilleures productions cinématographiques de 2018 — assez relevées pour cette 91e édition. On y revient plus bas.

Tout était plutôt bien parti cette fois, contrairement à certaines éditions. L’an passé, les Oscars étaient empêtrés dans les soubresauts du #moiaussi. Rappelez-vous, les actrices habillées en noir (plusieurs acteurs aussi) pour dénoncer le harcèlement et les agressions sexuelles dans la société, en général, et dans le milieu du cinéma en particulier.

Arts

Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

ROCK

Signs, Tedeschi Trucks Band ***1/2

Depuis Revelator (2001), le Tedeschi Trucks Band a enfilé les albums comme autant de tours de force, culminant avec l’extraordinaire Let Me Get By (2016). Le groupe de 12 membres mené par Susan Tedeschi (chant, guitares) et le guitariste virtuose Derek Trucks a effectué un petit virage avec Sings. Un essai plus rock, mais toujours teinté de R&B, de soul et de gospel (surtout pour les chœurs). Entièrement enregistré en analogique, la palette sonore est plus chaude, mais on a malheureusement placé le formidable jeu de Trucks un peu trop en retrait — le résultat est plus à plat. Ce quatrième effort en studio est aussi fortement marqué par la perte et le deuil (The Ending, à la fin, est absolument bouleversante). Il y a une retenue qui sied bien au propos, jusque dans le chant beaucoup plus fragile de l’éloquente Tedeschi, mais qui nous fait un peu regretter l’exubérance habituelle du TTB. Ça reste difficile à battre sur le plan musical, avec un groupe aussi soudé. Éric Moreault

Arts et spectacles

L’insatiable quête de Steve Hill

Trois-Rivières — Il ne faut pas se fier à l’image. Jamais. Avec sa veste de cuir, ses cheveux longs et sa passion pour un blues rock intense, l’image du Trifluvien Steve Hill ne suggère rien d’un homme d’affaires lucide et responsable ou d’un musicien d’une rigueur obsessive. C’est pourtant ce qu’il est, dévoré de l’intérieur par une passion absolue pour la musique.

À 43 ans, le musicien trifluvien vit présentement une des plus belles périodes de sa carrière. Son travail en tant que groupe à un seul musicien pour les trois albums de sa série des Solo Recordings a été louangé partout, lui valant notamment un Prix Juno du meilleur album blues de l’année en 2015. «Les critiques sont mêmes meilleures en Europe qu’ici», clame-t-il avec le sourire de celui qui a compris ce que cela signifie d’ouverture sur le marché international.

Arts

Simon Laganière: trouver ses ailes

TROIS-RIVIÈRES — Il fallait bien qu’un jour, comme pour tout un chacun, Simon Laganière s’affranchisse de sa famille pour vivre de ses propres ailes. Non pas qu’il renie les Frères Goyette dont il est toujours membre, mais l’envie de créer sa propre musique a grandi imperceptiblement dans son ventre jusqu’à s’imposer à son cerveau. Résultat: Simon Laganière présente Samedi soir de semaine, un premier album solo.

Porté par l’enthousiasme pour son projet, Simon est tout simplement allé voir les gens de sa maison de disque, Grosse Boîte, pour leur dire qu’il voulait faire un album sans les Frères Goyette, devenus difficiles à réunir. «Comme on est tous devenus parents ces dernières années, c’est devenu plus compliqué de se trouver du temps et de monter un projet ensemble Et puis, j’avais envie d’avoir mon album à moi, de travailler autrement. De toute façon, je serais incapable de ne pas faire de chansons dans ma vie.»

Arts et spectacles

La Bolduc: une icône à découvrir

CRITIQUE / À bien y penser, il est surprenant qu’on n’ait pas fait un film sur la Bolduc avant 2018, nous qui nous identifions si étroitement à nos grands artistes de scène. Ce n’est ni Céline ni Alys Robi, certes, mais à sa façon, Mary Travers a été un personnage historique. Pourtant, dans son parcours unique qui a justement pavé la voix à ceux et elles qui ont suivi, il y a de la matière.

La Bolduc, le film de François Bouvier (Histoire d’hiver, Paul à Québec et beaucoup de séries à succès à la télé) en témoigne. Tellement de matière, en fait, qu’on a manifestement eu de la difficulté à privilégier un angle fort pour donner de la puissance au film. Celui-ci se perd dans un récit qui ressemble à un inventaire de la vie adulte de Mary Travers. L’approche est difficilement condamnable sur le principe mais elle donne lieu à une oeuvre qui y perd en intensité et en émotion.

Arts

Alexandre Jardin: l’écrivain libre

TROIS-RIVIÈRES — Sans doute se trouve-t-il des écrivains que le succès a éloigné de ceux qui les font vivre: les lecteurs. Pas Alexandre Jardin. Parfaitement conscient que le Salon du livre de Trois-Rivières n’a pas l’ampleur de ceux de Montréal ou de Québec qu’il connaît pour les avoir fréquentés, il n’en traversera pas moins l’Atlantique dans le seul but de venir assumer son rôle de président d’honneur du salon trifluvien. Et discuter avec ses lecteurs, bien sûr.

«C’est bizarre mais je ne connais pas Trois-Rivières alors que je connais pourtant bien le Québec, avouait-il au téléphone depuis un café parisien achalandé à en juger par le bruit environnant. Quand on m’a proposé d’assister à votre Salon du livre, j’ai donc accepté tout de suite: c’est une très belle occasion de présenter mon dernier livre mais surtout de découvrir une nouvelle ville. L’autre raison, c’est qu’ayant beaucoup lu sur le Québec, j’ai fantasmé sur Trois-Rivières. C’est un berceau du lien qui nous unit aux Québécois. Trois-Rivières est une capitale du français en Amérique du Nord et un des premiers endroits sur le continent où des liens se sont tissés entre la population locale et les Français.»

N’empêche, un écrivain de sa stature semble destiné à de plus prestigieux événements internationaux. «Je préfère, et de loin, ce format à celui du Salon du livre de Paris, par exemple, plaide-t-il avec conviction. Je suis allé au dernier et j’y suis resté 25 minutes, strictement par obligation. Je n’y ai eu aucun plaisir. Il ne se passe rien dans les gros salons. On ne peut avoir aucune conversation intime avec les lecteurs. C’est simplement commercial. Chez vous, je pourrai avoir un vrai contact avec les gens, des rencontres réelles. J’ai hâte.»

Écouter

«Mon principal intérêt à aller dans les salons du livre, c’est l’écoute. C’est un endroit où on peut s’écouter les uns les autres. Pour moi, c’est vrai avec le public mais ça l’est aussi avec les autres auteurs. Rien n’est plus passionnant que d’écouter d’autres auteurs parler de ce qui les inspire, de comment ils travaillent, etc. Or, ce n’est dans ce genre d’événements qu’on peut le faire. Même au sein des maisons d’édition, les auteurs ont peu de contacts entre eux.»

Un troisième motif vient en tête de l’écrivain pour justifier son intérêt pour le salon trifluvien. Un motif peut-être plus primordial que les autres: ce qu’il appelle le miracle des Québécois. 

Le miracle? « Oui, oui, tout à fait! Les Québécois se livrent beaucoup plus que les Français, explique-t-il. Même qu’il n’y a aucun rapport entre les deux publics à mes yeux. Les gens ont chez vous plus accès à leur vérité intime. C’est extraordinaire d’être rapidement en contact avec la vérité de quelqu’un. En décembre dernier, j’étais à Québec pour des séances de signature suite à la parution de mon dernier roman et ce que les gens m’y ont dit m’a sidéré.»

Spécifions que le livre, Ma mère avait raison, porte sur la maman de l’écrivain, une femme scandaleuse, foncièrement libre, parfaitement indifférente aux conventions. Le genre de femme à habiter dans la même maison que son mari et ses trois amants.

«Je me souviens d’une dame, relate Alexandre Jardin, au bout d’une file d’attente à Québec, une femme que je ne connaissais pas qui m’a dit qu’à la suite de la lecture du bouquin, elle avait décidé d’avouer à son chum ce qu’elle ne lui avait encore jamais dit: que ce qu’elle aime pendant la relation sexuelle, c’est qu’on la gifle sur tout le corps! Le livre lui avait donné ce courage. Il y a même un homme qui m’a demandé de dédicacer le livre à sa femme décédée. Évidemment, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu que si elle revenait à la vie, il voudrait qu’elle lise mon roman. Il était dans sa vérité intime sans aucune forme de gêne.»

«Et ce qui est bien chez vous, c’est que ce n’est pas générationnel, je pense que c’est culturel. On le constate aussi bien chez les jeunes que les plus vieux. C’est ce à quoi je m’attends à Trois-Rivières.»

Enseigner

Le président d’honneur du Salon du livre de Trois-Rivières 2018 sera très présent lors de l’événement. En plus de se prêter à bon nombre d’entretiens, de faire la lecture à un groupe de tout petits, il offrira une classe de maître. Qu’a-t-il à révéler à des écrivains? «Un exemple de ce que je vais leur dire, c’est de toujours être très clairs quant au sujet dont il traite à travers leur intrigue. Souvent, les livres sont dévorés par leur propre intrigue. Ce qui compte, c’est le sujet et le lien avec le moi profond de l’écrivain.»

«Prenez Cyrano, illustre-t-il. Si on dit que c’est une pièce sur un homme avec un grand nez, on reste dans l’intrigue. Le sujet, c’est notre beauté cachée, un sujet immense et universel. Il faut que l’écrivain aille beaucoup plus loin en lui-même pour révéler son point de vue particulier sur le sujet choisi. Si je prends mon dernier roman qui apparaît comme un livre sur ma mère, en fait, c’est un roman sur la possibilité d’être radicalement soi-même.»

Arts et spectacles

Ça tombe bien mal

Trois-Rivières — En 1974, l’Amérique s’inquiétait de la violence qui régnait dans les rues de ses grandes villes. Les guerres de gangs liées au commerce de la drogue faisaient des ravages. Les corps de police étaient débordés, presque impuissants, au point où certains cultivaient le fantasme que le simple citoyen puisse se faire lui-même justice. Brian Garfield en avait fait un roman, Wendell Mayes, un scénario et Michael Winner, un film, Un justicier dans la ville. C’était il y a 44 ans.

Aujourd’hui, l’Amérique doit être toujours aussi inquiète parce qu’elle s’arme comme jamais. Ça aurait pu être un sujet intéressant pour un scénario original mais des producteurs ont préféré se rabattre simplement sur le film de 1974. Comme quoi les choses changent moins qu’on aime le croire.

Arts et spectacles

Florissante Bloom

«Je ne suis pas stressée. J’ai vraiment fait cet album dans la joie et la bonne humeur. Tout découle de cette énergie, saine et positive. Je suis super bien avec le résultat et la direction prise.»

Ce ton heureux et cette aisance ne pourraient être plus loin de la nonchalance. Fanny Bloom est juste en paix. « Je suis au bon endroit, au bon moment. »

Elle n’en ressent pas moins l’excitation de lancer un troisième album, Liqueur, mais le processus quasi parfait qui l’a menée à cet aboutissement a fait pâlir les doutes et estompé le stress émanant de sa nature anxieuse.

« Je pense que j’avais une équipe de fou autour de moi. C’est vraiment un beau cadeau que je me fais. »

Partir sans destination est parfois le meilleur moyen d’aller à la rencontre de son instinct. Sans but, nulle pression. « Au départ, j’ai vraiment travaillé de pair avec Thomas (Hébert) et Julien (Harbec), qui étaient aussi de la Patère rose. On n’était pas censés faire un album. Ça faisait deux ans que je proposais aux garçons de nous rasseoir pour faire d’autres tounes, sans but précis en tête. Ils ont embarqué. On a fait des séances de création, en nous disant que si c’était mauvais, on s’en foutait, on le mettrait à la poubelle. » Mais la poubelle a connu une période de jeûne.

« On s’exilait en dehors de la ville pendant trois ou quatre jours avec l’objectif de faire une chanson par jour », souligne la jeune femme originaire de la Montérégie. « On créait la musique ensemble au début de la journée. On partait from scratch et à la fin de la journée, on allait se coucher avec une chanson, une intro, des couplets, refrain, outro, bridge, tout le kit », raconte l’auteure des onze morceaux de l’album qui sera lancé le 8 mars et offert en magasin le lendemain.

« C’était vraiment saisir l’instant. C’était quelque chose qui sortait maintenant. On a surfé là-dessus pour tout l’album. Je ne sais pas si ce sera un succès. J’ai l’impression que d’enlever cette pression joue beaucoup dans la qualité de toute œuvre. Il faut se détacher de nos propres barrières. Il faut le faire pour soi. »

La quiétude des vieux amis

Quand on lui demande si c’est l’opus qui la représente le mieux, elle précise qu’elle ne tourne surtout pas le dos aux précédents. « Mes albums m’ont toujours bien représentée au moment où je les sortais. Je suis dans cette vibe-là, mais je pense c’est la première fois que je suis aussi près de ma personnalité. On a fait les choses de façon instinctive, en nous faisant confiance. J’ai rempli les objectifs que je m’étais donnés. »

Ce ton apaisé, elle l’attribue en grande partie à l’équipe qui l’a entourée dans le processus. Des coéquipiers de longue date, pour la plupart sherbrookois, avec qui la chimie se crée naturellement. « C’est dur à expliquer. C’est quelque chose que je ne retrouve avec personne au monde. Quand on est tous les trois, avec notre bagage, il y a beaucoup de tendresse, d’écoute, d’amour. On met vraiment nos talents respectifs au service de la création. C’est comme quand tu rentres chez vous, ado, et que ça sent le macaroni au fromage, ou alors comme des pantoufles tellement confortables. J’ai aussi retravaillé, pour une chanson, avec Étienne Dupuis-Cloutier, qui a réalisé les deux autres albums. C’est du monde avec qui je suis habituée de collaborer, avec qui ça connecte et ça va vite. »

Pour en arriver à cet album, il fallait toute une chaîne de production qui embrasse la philosophie établie pour la création. « Chez Grosse Boîte [l’étiquette de disque], je me suis sentie outillée et entourée pour faire ce que j’avais envie de faire, sans pression. J’ai été très privilégiée d’avoir cette liberté de création. On dirait que la vie m’a tout donné pour cet album. »

Grosse ouate

Un précédent qui, l’espère-t-elle, servira de base pour le reste de sa carrière. « J’ai tellement fait ça dans la grosse ouate! Je veux que ça continue, parce que ç’a été tellement trop facile. C’est dur de revenir en arrière quand tu as vécu ça. J’ai vécu d’autres productions qui m’ont amenée à vivre celle-là. Je me suis préparée. Tout ce que je pouvais mettre de mon bord, je l’ai mis. Avec un peu d’expérience, tu sais comment t’entourer et ce qu’il te faut pour créer et être au maximum de tes capacités. »

Autant dans sa musique que dans sa personnalité, Fanny Bloom incarne la bonne humeur et la joie de vivre. Il va donc de soi que l’opus rayonne de cette énergie. « Des fois, tu as envie de regarder un feel good movie, d’être bien et de te laisser porter par ça. C’est un peu ça que j’ai voulu faire même en étant la face collée dessus. Je pense que c’est un feel good album, qui parle d’amour mais qui parle aussi d’autres choses de manière différente. J’ai essayé de m’éloigner de mes patterns d’écriture avec des trucs un peu plus narratifs », explique-t-elle, donnant comme exemple Juré craché, monologue d’une soirée bien arrosée. « J’étais dans mes pantoufles, mais ça ne m’a pas empêchée de me donner des défis à l’intérieur de ces créations, avec les thèmes et les textes. »

Vous voulez y aller?
Fanny Bloom

Vendredi 16 mars, 21 h
La Petite Noîte noire
Entrée : 16 $ (prévente : 13 $)