Peter Macleod, encore amoureux de son métier

Après vingt-cinq ans d'un métier plus usant qu'on ne l'imagine, Peter Macleod ne ralentit pas le rythme. Enfin, presque pas. À 47 ans, l'humoriste ne fait plus ces folles tournées de 150 spectacles par année mais il y a fort à parier qu'il présentera, en bout de ligne, autant de représentations de son tout nouveau spectacle, Libre, que de ses précédents.
Si jamais il en présente moins, ce ne sera pas par manque d'intérêt de la part du public. À preuve, les deux premières représentations de Libre à Trois-Rivières, les 8 et 9 décembre prochains, il les présentera devant une salle Thompson presque pleine. Malgré la popularité stable du genre, peu d'humoristes québécois peuvent encore se permettre le luxe de la salle de 1000 places pour une seule représentation. Pour deux consécutives, devant plus de 800 personnes, on ne peut plus compter que sur les plus grosses pointures et Macleod en fait apparemment encore partie.
Si, au moment de le mettre au rancart, Macleod n'a pas présenté autant de représentations de Libre que de ses spectacles les plus populaires, ce sera simplement le fait d'une certaine sagesse, celle qu'il disait être reportée dans son précédent spectacle solo, son 4e. Macleod ne manque pas de travail, vraiment pas. Il est toujours à la radio de CKOI à tous les jours et il tourne depuis un moment une série d'émissions de télévision qu'on pourra voir à Z dès l'hiver 2017: Week-end de bois.
«Je n'ai pratiquement jamais fait moins de trois ans de tournée pour un spectacle et ça devrait être ça avec celui-ci; peut-être que je vais allonger pendant un an de plus parce que je fais moins de représentations à chaque année. Par contre, je vais m'asseoir avec les gens de CKOI en janvier parce que je vais arriver au terme de mon contrat et on va voir ce qui va se passer avec la radio. Si jamais je n'en faisais plus, je pourrais augmenter le rythme de la tournée de spectacles. On verra.»
Mais justement, puisqu'il y a la radio et d'autres occupations, pourquoi la scène à ce moment-ci de sa carrière? «Parce que c'est mon métier de base, que je l'aime encore, et je sais que si je passe trop de temps loin de la scène, ça va être difficile d'y revenir. Il faut conserver un certain contact avec les gens.»
N'allez pas croire que c'est qu'il a besoin d'une preuve que le public l'aime toujours. «Je ne suis pas insécure, tu sais. Si ça ne marchait plus, je ferais autre chose, ce n'est pas un problème. Par contre, j'aime encore ce métier et mon horaire me permet encore de faire des spectacles. Plus que tout, j'en profite pendant que j'en ai encore l'énergie. J'ai passé des années à faire jusqu'à 150 spectacles par année sur la route et ça, c'est dur: j'ai été des années à ne pas avoir de vie sociale.»
«C'est vrai que la scène, ça donne tout un high d'énergie mais je ne me lancerais pas dans une tournée de spectacles sans savoir que j'ai l'énergie pour le faire. Je suis particulièrement en forme: je prends soin de moi, je me nourris bien, je passe beaucoup de temps dans la nature. Ça paie à la longue.»
L'expérience d'un Macleod...
Il n'y a pas que des désavantage à vieillir. L'humoriste a pu l'expérimenter au moment de l'écriture de Libre. D'abord, il a désormais son modus operandi bien établi. Il écrit avec son vieux complice, le Trifluvien Jean-François Rivard. 
Première étape: trouver les thèmes, des sujets intemporels dont Macleod a envie de parler. Une fois qu'ils sont établis, les scripteurs se lancent dans une tempête d'idées pour trouver des concepts, des punches et ensuite, les deux hommes s'en vont écrire les textes chacun de leur côté.
«Cette fois-ci, on a trouvé huit thèmes. Et quand je suis arrivé à l'étape de roder le spectacle, je n'ai quasiment pas coupé parce que j'avais du stock solide pour un peu plus que la durée d'une représentation. Dans mes premiers spectacles, je pouvais avoir trois ou quatre heures de texte en commençant le rodage. Là, j'écris de façon plus efficace: je me connais mieux. Pour la première fois, j'ai un spectacle entier qui tourne autour du sujet donné dans le titre.»
Peut-être cible-t-il mieux ses préoccupations, ce sur quoi il a un point de vue pertinent et singulier. Les médias sociaux, par exemple. «Ça, j'avais envie d'en parler. Moi, je ne suis presque pas sur les médias sociaux. Je trouve que ça prend tellement de place dans les conversations et dans la vie des gens. Qui suis-je de si intéressant que je doive partager mon repas avec mes amis Facebook? Je ne veux pas être négatif mais je trouve même ça triste un peu. Il me semble qu'il y a une grande solitude là-dedans.»
«Si quelqu'un écrivait une thèse de doctorat là-dessus, probablement qu'il découvrirait que ça vient remplir un vide dans la vie des gens. Je ne méprise pas ça, seulement, je trouve que ça prend trop de place dans la vie de bien du monde. Au restaurant, je vois des couples qui sont chacun sur leur téléphone intelligent pendant le repas: c'est assez ordinaire.»
Derrière son ironie mordante, une certains vulgarité qui lui a souvent été reproché, l'humoriste revendique une réflexion qu'on ne lui reconnaît pas souvent. «Le rôle d'un humoriste, c'est de présenter des points de vue qui interpellent. Je pense qu'on a le droit et même le devoir de remettre des choses en question, d'offrir une perspective différente sur certaines questions. Dans le marché compétitif de l'humour au Québec, tu ne peux pas te permettre de revenir avec du réchauffé. Mon spectacle, il a été peaufiné, retravaillé, réécrit plusieurs fois. Ce n'est pas de l'improvisation sur quelques thèmes même si le résultat final sur scène doit donner cette impression-là.»
Gâté par la vie
Plusieurs fois au cours de l'entrevue téléphonique qu'il a accordée au Nouvelliste, Peter Mcleod a répété combien il est heureux. De revenir sur scène, dit-il, mais on comprend aussi que c'est un sentiment qui l'habite devant la vie qui est la sienne.
Si ses blagues peuvent parfois faire penser qu'il est grincheux, sachez qu'il n'en est rien. Certains seraient portés à croire que cette qu'il doit cette bonhomie au fait qu'il est sorti indemne d'un gros accident d'hydravion en 2013. Ça ne semble pas être le cas. «J'ai toujours aimé la vie et je me considère privilégié depuis longtemps de faire ce métier et d'en vivre. Je n'ai jamais rien tenu pour acquis. Je travaille fort et je vais continuer de le faire tant que j'aurai du fun.»
Au chapitre des privilèges, il compte le fait que son public lui soit fidèle depuis ses débuts. «J'ai noté quelque chose d'extraordinaire. J'ai toujours eu un public qui est âgé de trente ans en montant et même une bonne proportion de gens âgés. Mais cette fois, dans les vingt-cinq représentations que j'ai données du spectacle, je vois beaucoup de jeunes dans la vingtaine. Je ne sais pas pourquoi parce que je n'ai pas écrit en fonction d'eux. Ça, c'est un bon feeling pour un humoriste d'aller toucher une nouveau segment de public.»
Dans ce métier, lui aussi bouleversé par les nouvelles technologies, tout n'est pas chamboulé. «Bien sûr que la business a changé, admet Peter Mcleod, surtout au niveau de la promotion. Les jeunes doivent travailler autrement pour se faire connaître et c'est plus difficile qu'à mes débuts alors qu'il n'y avait que cinq ou six postes de télé majeurs qui rejoignaient une majorité du public. Par contre, il ne faut jamais oublier qu'on fait toujours le même métier qui est de divertir le public pendant deux heures. Si ça, tu le fais bien, tu peux encore avoir du succès.»
Mcleod n'allait pas raccrocher le téléphone sans mentionner le lien unique qui le lie à Trois-Rivières. «Je suis super content de retrouver la salle Thompson: j'ai vraiment une histoire très spéciale avec cette salle. J'ai passé deux été complets chez vous en résidence et j'ai adoré ça. Il y a des villes comme ça où on a plus de succès qu'ailleurs. Les gens de Trois-Rivières sont des connaisseurs en humour et ils aiment ça. J'ai toujours eu du fun chez vous. Pour moi, c'est un véritable château-fort et c'est probablement l'endroit que je préfère au Québec. Sinon, c'est dans mon top trois, certain! La salle est magnifique et même si elle est grande, on y garde une impression d'intimité: tout le monde est proche. Sans farce, j'ai vraiment hâte.»