Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

ROCK

Signs, Tedeschi Trucks Band ***1/2

Depuis Revelator (2001), le Tedeschi Trucks Band a enfilé les albums comme autant de tours de force, culminant avec l’extraordinaire Let Me Get By (2016). Le groupe de 12 membres mené par Susan Tedeschi (chant, guitares) et le guitariste virtuose Derek Trucks a effectué un petit virage avec Sings. Un essai plus rock, mais toujours teinté de R&B, de soul et de gospel (surtout pour les chœurs). Entièrement enregistré en analogique, la palette sonore est plus chaude, mais on a malheureusement placé le formidable jeu de Trucks un peu trop en retrait — le résultat est plus à plat. Ce quatrième effort en studio est aussi fortement marqué par la perte et le deuil (The Ending, à la fin, est absolument bouleversante). Il y a une retenue qui sied bien au propos, jusque dans le chant beaucoup plus fragile de l’éloquente Tedeschi, mais qui nous fait un peu regretter l’exubérance habituelle du TTB. Ça reste difficile à battre sur le plan musical, avec un groupe aussi soudé. Éric Moreault

POP-ROCK

Hear Me Out, Murray Lightburn ***1/2

Le premier effort solo de Murray Lightburn (Mass:Light, 2013) est sorti de façon presque confidentielle. Ce ne sera pas le cas avec le remarquable Hear Me Out — très éloigné de ce qu’il fait avec son groupe The Dears. Beaucoup plus proche, en fait, du son Motown, avec ces arrangements rétro, des chœurs et un chant crooner assumé. Curieusement, sur le plan vocal, on croirait presque entendre Morrissey (The Smiths), en particulier sur l’entraînante To The Top, résolument pop-rock, ou même, parfois, Jarvis Cocker (Pulp). À l’autre extrémité du spectre musical, on a une I Give Up, complainte d’inspiration gospel particulièrement sentie. Autre moment fort, plus pop que ne laisse entendre le titre, Belleville Blues compte sur un refrain irrésistible et un aveu de vulnérabilité touchant. Une grosse, et belle, surprise que ce Hear Me Out, qui s’écoute en boucle sans aucune lassitude, de préférence à deux... Éric Moreault

HIP-HOP

DEAD, Dead Obies ****

Le temps n’a pas été au beau fixe dans les derniers mois pour la formation Dead Obies, passée de sextuor à quintette après le départ du médiatisé Yes Mccan (Jean-François Ruel). Effet de cet électrochoc ou remise en question nécessaire? Avec cette troisième offrande, l’auto proclamée «Big five» livre son album le plus réussi à ce jour. Après le très conceptuel Gesamtkunstwerk — un exercice intéressant, mais un brin contraignant —, le groupe s’est libéré du cadre pour revenir à la base : livrer de bonnes chansons, point barre. Connus pour leur langage codifié et une utilisation du franglais qui pouvaient rendre leur poésie hermétique, les rappeurs Snail Kid, 20Some, Ogee Rodman et Joe Rocca lâchent aussi du lest à ce chapitre. Les deux langues se côtoient toujours, mais le jeu de ping-pong s’avère beaucoup moins frénétique (et plus limpide) que par le passé. Porté par les musiques de l’habile VNCE Carter, Dead Obies prend un envol mélodique appréciable tout en jouant de contrastes : entre la percutante André et ses basses viscérales, la sensuelle Doo Wop et les très réjouissantes 2gether et Big Girl, qui viennent clore la marche. Le groupe est attendu à l’Impérial le 1er mars. Geneviève Bouchard 

BANDE DESSINÉE

Le rêve de mon père, tome 2, Taiyo Matsumoto, ***

Publié au Japon en 1992, le triptyque Le rêve de mon père, est (enfin, diront certains) traduit en français. Il y est question de baseball, mais surtout d’un père et d’un fils que tout oppose et qui doivent apprendre à vivre ensemble. Le deuxième tome vient tout juste d’arriver chez nous; le troisième est attendu pour la fin du mois. Si le scénario des deux premiers tomes souffre de maladresses évidentes, le trait du mangaka Taiyo Matsumoto, lui, reste toujours aussi particulier : tantôt enfantin, tantôt plus onirique… On est loin du manga en série, aux dessinateurs interchangeables. Tant mieux. La Presse

HIP-HOP

Webster & 5 for Trio, Webster, ****

Webster de son nom de plume, Aly Ndiaye de son vrai nom ouest-africain, est un vétéran du hip-hop francophone québécois. On connaît le rappeur de Limoilou pour sa rigueur littéraire et ses connaissances profondes de la condition afro-québécoise depuis les débuts de la colonisation. On le connaît aussi pour ses critiques justes et pertinentes dans le dossier SLAV, mais on a davantage intérêt à le reconnaître pour ses qualités de MC. Webster choisit un rap littéraire non sans rappeler le collègue français Abd al Malik, ses rimes restent néanmoins consonantes et s’imbriquent dans une métrique hip-hop. Le choix des mots, la qualité des expressions, des figures de style, les procédés de langage et les formes grammaticales sont ici supérieurs à la moyenne. États d’âme au programme, bribes autobiographiques, correspondances, dénonciations, indignation, notamment sur les dérives extrémistes de droite en Amérique francophone. Ce quatrième album de Webster implique la participation de 5 for Trio, groupe rompu au jazz, au rock et au hip-hop, aussi de la chanteuse Valérie Clio. Abouti, mature, adulte. La Presse

POP/R&B

Parce qu’on aime, Corneille, ***

La sortie de Parce qu’on aime au lendemain de la Saint-Valentin n’est pas fortuite. L’album, dont le titre et l’ambiance R&B minimaliste évoquent le premier album de Corneille, Parce qu’on vient de loin (2002), est avant tout affaire d’amour. Le gentleman de la pop franco, qui signe ses premières compositions depuis Entre Nord et Sud (2013), a créé les pièces avec sa femme, l’actrice et chanteuse Sofia de Medeiro. Cette fois, exit les collaborations et les emprunts : le couple s’est refermé pour ensuite nous dévoiler son intimité, ses réflexions, ses exultations. Dans le lot, quelques «vers d’oreille» et succès radio effectifs (cynique Tout le monde) ou en puissance, comme l’efficace Regarde-nous, qui contient de surcroît les meilleurs vers du disque. Or un lot de banalités à la fois dans les thèmes — «Nous n’avons que maintenant, la main dans la main, jusqu’au bout de nos peines» (Le bonheur) — et les rythmes (Un autre moi) vient gâcher la lune de miel. Sans compter cette manie d’angliciser moult refrains pour charmer les radios FM. On est séduit parfois, mais ce n’est pas l’amour fou… La Presse

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NOS COTES

Exceptionnel *****
Excellent ****
Bon ***
Passable **
À éviter  *