Steve Hill

L’insatiable quête de Steve Hill

Trois-Rivières — Il ne faut pas se fier à l’image. Jamais. Avec sa veste de cuir, ses cheveux longs et sa passion pour un blues rock intense, l’image du Trifluvien Steve Hill ne suggère rien d’un homme d’affaires lucide et responsable ou d’un musicien d’une rigueur obsessive. C’est pourtant ce qu’il est, dévoré de l’intérieur par une passion absolue pour la musique.

À 43 ans, le musicien trifluvien vit présentement une des plus belles périodes de sa carrière. Son travail en tant que groupe à un seul musicien pour les trois albums de sa série des Solo Recordings a été louangé partout, lui valant notamment un Prix Juno du meilleur album blues de l’année en 2015. «Les critiques sont mêmes meilleures en Europe qu’ici», clame-t-il avec le sourire de celui qui a compris ce que cela signifie d’ouverture sur le marché international.

Il est présentement en tournée au Québec mais se rendra en Angleterre et en Allemagne en mai pour un mois de tournée où il jouera en première partie du groupe King King ou de Danny Bryant selon les endroits. Plus fort symboliquement, il jouera en première partie du grand Joe Bonamassa dans le cadre du Crossroads Festival, le plus gros festival de guitare en Allemagne, en juin.

«Ça commence à bien marcher en Europe, constate-t-il. L’an dernier, j’ai fait à peu près 50 spectacles dont une trentaine en Angleterre où j’ai une équipe avec un agent, une maison de disques. L’idée, c’est d’y être le plus souvent possible pour me faire connaître. J’y ai passé deux mois et demi à l’automne dernier et je vais y retourner encore pour un minimum d’un mois et demi fin octobre. J’irai alors en Espagne, en Suisse, en Angleterre. On ne me reconnaît pas dans la rue mais dans les médias spécialisés, j’ai d’excellentes critiques et on parle de plus en plus de moi.»

C’est cependant du boulot intense. «L’an dernier, en Allemagne, j’ai fait 19 spectacles en 20 jours et 7000 kilomètres de route. Après, en Angleterre, 29 spectacles en 32 jours et un autre 7000 kilomètres. Ce n’est pas du tourisme. Ce sont des marathons et comme mon spectacle est très exigeant physiquement, je ne peux me permettre le moindre relâchement. Après un spectacle, je signe des autographes et je vais me coucher pour repartir le lendemain matin. Ça exige beaucoup de discipline mais c’est une routine que j’aime beaucoup. Ça me permet de continuer de gérer ma carrière pendant la journée. Ça me garde dans une forme physique et musicale optimales et ma musique en est meilleure.»

L’album

Il aborde ce marché avec un plan établi sur trois ans, le temps de se donner les fondations d’un succès durable. Un des atouts majeurs de la stratégie, c’est l’album live The One Man Blues-Rock Band qu’il sortira ici comme outre-Atlantique le 11 mai. Rien d’exceptionnel à un album en spectacle, dites-vous? Faux.

Dans les neuf albums de sa discographie, que des enregistrements studio, de la part d’un guitariste et chanteur dont les performances sur scène ont un caractère légendaire, particulièrement dans le format solo adopté il y a huit ans. Pourquoi pas d’album tiré de spectacles? «Parce que je n’ai jamais obtenu un niveau de qualité satisfaisant, répond-il. J’ai enregistré des spectacles, j’ai même réalisé des mixages en studio pour un album mais je n’ai jamais pu donner l’accord final pour le mettre sur le marché.»

Et puis, il y a eu un spectacle à La Chapelle, à Québec, en novembre dernier. Un moment de grâce. «Avec les tournées très serrées en Europe, j’ai beaucoup évolué musicalement, tente Steve Hill comme explication. À jouer autant, tout devient plus facile et naturel. À l’automne dernier, j’ai enregistré deux spectacles au Québec et celui à La Chapelle était le dernier de ma tournée québécoise. Je n’avais aucun stress parce que tout était déjà enregistré. Ç’a été une super performance: les tempos étaient bons, le son, excellent, et l’atmosphère formidable. Finalement, c’est ce spectacle-là qui constitue tout l’album.»

S’il n’y avait qu’un disque à écouter pour connaître Steve Hill, ce serait celui-là, va-t-il jusqu’à affirmer. «Je ne renie rien de ce que j’ai fait dans le passé. J’ai réalisé d’excellents albums dont je suis encore extrêmement fier mais disons que je ne suis jamais allé aussi loin. C’est très difficile de définir ce qu’il y a de plus sur cet enregistrement; c’est ce qu’on appelle le groove. Ça se sent plus que ça se comprend. Chaque partie est impeccable et tout se mélange parfaitement. Le plus important, c’est de maintenir un tempo extrêmement précis mais le résultat final tient à un mariage parfait qu’on ne peut que très rarement obtenir.»

Le défi de reconstituer à lui seul un groupe entier aura été un coup de fouet à sa carrière, une motivation à se dépasser. «J’ai dû apprendre toutes sortes de choses à travers ce projet-là alors, je n’ai jamais été blasé. Ce que je fais sur l’album live, ça aurait été inimaginable pour moi il y a quatre ans. Ça m’a pris à peu près 800 spectacles pour arriver à ce niveau de qualité. Encore maintenant, je suis extrêmement motivé parce que je sens que je peux amener ça encore plus loin.»

La pure passion pour la musique sous toutes ses formes se combine chez lui à quelque chose de plus universel: une volonté constante de se dépasser. Une noble quête de perfection qui sert de moteur fondamental à son existence. Comme pour lui donner un sens... et un son.

Constamment animé par les défis, le parcours du Trifluvien Steve Hill semble en bonne voie de lui assurer la carrière musicale internationale dont il rêve depuis longtemps.

Carburer aux défis

Steve Hill avec l’OSM? Impossible! C’était pourtant l’affiche du concert de l’orchestre montréalais du 16 février dernier. Direction: Kent Nagano. Guitare électrique: Steve Hill. Le plus gros défi de toute sa carrière de guitariste.

«Ç’a été huit mois de travail sur ce concerto de John Anthony Lennon, raconte le Trifluvien. Dans les dernières semaines, c’était de huit à dix heures de pratique quotidienne.» Hill a une bonne formation musicale et lit la musique, évidemment, mais depuis le cegep, il joue exclusivement à l’oreille. «Ça faisait une éternité que je n’avais pas travaillé à partir d’une partition. Et c’était une œuvre de 28 minutes extrêmement complexe qui n’avait jamais été jouée avant.»

«Je me souviens qu’on la présentait le vendredi et le lundi précédent, j’étais convaincu que j’allais me planter! Ç’a été une extrême leçon d’humilité.» Le lundi en question, il avait eu sa première répétition un à un avec Kent Nagano. «J’avais travaillé pendant huit mois à partir de pistes MIDI mais là, je devais jouer uniquement en suivant la baguette du chef. Ç’a été une catastrophe! Je suis sorti de là et je voulais mourir. Plus tard dans la soirée, quelqu’un de l’OSM m’a appelé: j’étais sûr que c’était pour m’annoncer qu’ils renonçaient à faire la pièce avec moi. On m’a plutôt offert de travailler avec un assistant de Kent Nagano.»

«La générale s’est très bien passée et franchement, le concert a été vraiment très bon. Quand je suis sorti de la Maison symphonique, j’avais le plus large sourire que tu n’as jamais vu!»
Le lendemain, le rocker a déjeuné au Ritz Carlton en compagnie de Kent Nagano qui l’a complimenté. «You’re a very brave man!» a-t-il notamment dit à Steve Hill. Et il lui a demandé s’il accepterait de reprendre la pièce avec l’OSM en septembre prochain. «Je suis sorti de là et je dansais dans la rue, rigole le guitariste. Non seulement j’avais relevé ce défi incroyable, mais Kent Nagano me demandait un rappel!»

«J’ai été extrêmement impressionné par lui. Nous sommes deux musiciens mais nous parlons deux langues complètement différentes. Avec sa très grande intelligence, il a trouvé un moyen pour que ça fonctionne.»

Steve Hill n’avait pourtant pas besoin de pareil défi, lui qui est reconnu partout comme un des grands guitaristes que le Québec ait produit. Mais quand on est un perfectionniste et follement passionné... «C’était un défi trop extraordinaire pour que je le refuse mais ça a exigé un travail fou. Je sais que j’ai fait du bon travail et j’en suis très fier. J’avoue que ça faisait longtemps que je n’avais pas été nerveux comme ça.»

Il reprendra donc l’expérience le 1er septembre. D’ici là, l’horaire chargé a ses moments phares. Redevenu Trifluvien depuis un an, il souligne qu’il sera du FestiVoix comme invité de Belle et Bum le 7 juillet. Il fera aussi la première partie de ZZ Top au Centre Vidéotron de Québec le 16 août. À plus long terme, son parcours le mènera au Magasin général Lebrun de Maskinongé le 8 septembre.