Sandrine Bisson et Emmanuel Bilodeau sont deux des nombreux interprètes du film choral Innocent, une comédie dramatique qui vient de prendre l’affiche.

L’innocent: la vie n’est pas tendre pour les naïfs

Quand, à la première image, on voit apparaître Emmanuel Bilodeau haletant et blessé sur le plancher nu d’une grande cage, on est loin de s’attendre à la suite ou de soupçonner la comédie qui suivra. Il faudra les 90 minutes de péripéties absurdes et rocambolesques d’Innocent pour comprendre comment il s’est retrouvé là. Et ce ne sera pas la seule surprise, loin de là.

Emmanuel Bilodeau incarne Francis, un homme bien sous tous rapports qui fait face à un enquêteur qui, pour comprendre son dossier, a besoin que notre héros lui explique pourquoi il a fait une fausse déclaration. Pour ce faire, Francis va devoir raconter quelques épisodes de sa vie récente qui l’ont mené jusqu’à cet interrogatoire. Il sera question d’un gros lot à partager ou pas, de voisins bruyants et pas très catholiques, d’un malfrat irrespectueux, d’une voisine gentille mais un peu fêlée et d’une ancienne flamme que Francis aurait préféré ne jamais avoir connue.

Tout cela sur le ton de la comédie absurde mais rendue assez plausible par le personnage de Francis, l’innocent du titre. Par sa naïveté, parfaitement incarnée par Emmanuel Bilodeau, il subit les dérapages de la réalité comme d’incontestables fatalités. Simplement mené par sa bonne volonté et face à des gens rarement dignes de confiance, il s’embourbe, mais met toujours une belle vigueur à se dépatouiller de ces situations invraisemblables. 

Innocent fait toute la place à Emmanuel Bilodeau qui fait sien ce film de bout en bout avec son énergie débridée et son sens du comique qui l’amène ici à ne jamais jouer les gags mais à se laisser porter par les situations. Avec son débit verbal hors de contrôle, on le sent si libre et à son aise qu’on le soupçonne d’improviser des répliques.


Le film compte sur une équipe d’interprètes particulièrement relevée dans laquelle chacun trouve sa juste place. On ne peut pas ne pas remarquer David LaHaye, avec son look outrancier, et pourtant naturel, de malfrat désaxé. Sandrine Bisson est encore étonnante de justesse, en incarnant deux jumelles pas trop à cheval sur les principes alors que Dorothée Berryman, trop rare à l’écran, épouse, de son côté, un personnage pour le moins étonnant.

Tout le monde est au service d’un sympathique scénario conjoint du réalisateur Marc-André Lavoie et d’Adrien Bodson, trame qui offre à Bilodeau une latitude dont, apparemment, il se délecte. Le scénario qui se décline en quelques épisodes de la vie récente de Francis est ici raconté à travers de multiples sauts dans le temps, des bonds imprévisibles d’une histoire à l’autre. 

Le procédé, qui dynamise beaucoup le récit, aurait facilement pu embrouiller les spectateurs mais il n’en est cependant rien grâce à de petites astuces de transition et à l’esprit clair des scénaristes. Ça fait en sorte qu’il n’y a pas le moindre temps mort, le tout sans prétention et dans un esprit purement ludique.

La mise en scène est dynamique, le montage serré et efficace prépare impeccablement les nombreux revirements et surprises. Il est évident que le travail a été fait très minutieusement parce qu’il s’agit là d’une comédie qui ne pourrait supporter des approximations. Ce genre de comédie dramatique ne recherche pas les rires mais les sourires intérieurs. Innocent offre, assurément, un agréable divertissement. 

On voit de plus en plus souvent que les génériques de fin offrant des surprises ou des scènes inédites. Celui-ci renouvelle la chose d’une façon très originale, carrément brillante et mérite une mention. 

S’il y avait des prix pour les génériques, celui-ci les raflerait tous au niveau international. La formule adoptée est-elle une première mondiale? Peut-être pas, mais je n’ai personnellement jamais rien vu de semblable.