Luc Plamondon

L'improbable destin de Luc Plamondon

Le destin de Luc Plamondon est à l'image de ses chansons: une parcelle de rêve qui prend vie. Du haut de ses 75 ans, le petit gars de Saint-Raymond-de-Portneuf a une vue imprenable sur sa carrière, aussi magistrale qu'improbable.
«Je n'étais pas du tout destiné à ça, d'autant plus que chez moi sur la ferme, il n'y avait pas de piano. Ma mère chantait beaucoup, en faisant à manger, en faisant le repassage... mais ça ne m'a pas donné une voix pour autant. Je chante très, très mal», lance-t-il avec humour.
«J'ai appris le piano grâce à ma tante Laura. Quand j'allais chez elle, où ma grand-mère habitait, j'avais une cousine qui jouait du piano. J'allais souvent mettre mes mains sur le piano et j'essayais. J'avais 7 ou 8 ans à ce moment, pas plus.»
C'est lorsque sa tante Laura, qui était aussi sa marraine, l'a mis sous l'aile de mademoiselle Augustine, qui a été l'organiste du village pendant 60 ans, pour des leçons de piano, que son lien avec la musique s'est lentement consolidé.
«Elle montait aussi des comédies musicales, des petites opérettes à la salle paroissiale et tout d'un coup, je me suis retrouvé à y participer. Ça me plaisait et j'ai fait ça jusqu'à l'âge de 12 ans», se remémore le prolifique auteur.
C'est à cette époque qu'il a pris le chemin du Séminaire de Québec où il a poursuivi les leçons de piano jusqu'à 16 ans.
«Je sentais bien que je n'avais pas le talent pour être un pianiste professionnel, donc j'ai arrêté de jouer mais je me suis mis à improviser des mélodies sur le piano et à essayer de faire des chansons.» Cette période coïncide avec sa découverte de la chanson française et de la chanson québécoise qui naissait à ce moment-là.
Partir pour se trouver
L'adage suggère que les voyages forment la jeunesse. On ne saurait le contredire. Par contre, dans le recit que M. Plamondon livre si généreusement, les aventures de son jeune temps sont des détours surprenants qui l'ont amené à vouloir se bâtir une carrière qui lui permettrait de voyager encore plus.
«J'ai appris plusieurs langues et j'ai fait des études à l'école du Louvre aussi. J'ai vécu à New York pour perfectionner mon anglais. Un moment donné, je voulais être traducteur. Je me disais, qu'est-ce que je vais faire dans la vie. J'écrivais des textes de chansons mais je me disais que je ne gagnerais jamais ma vie avec ça! Pas au Québec en tout cas.»  
«J'ai aussi pensé être un journaliste international. Par la suite, j'ai pensé que je pourrais être enseignant dans une école, ce qui me laisserait beaucoup de temps pour voyager l'été... et pour écrire, peut-être. J'avais fait un bacc en pédagogie à l'Université Laval et cinq ans plus tard, je me suis résolu à me trouver une job d'enseignant de langues. Je me suis trouvé une proposition du Cegep Édouard-Montpetit qui m'ont offert d'enseigner l'allemand et l'espagnol.»
Il avait trouvé ce qu'il allait faire de sa vie.
«J'avais mon contrat à signer mais à ce moment, j'ai rencontré André Gagnon à qui j'ai montré mes textes et il a dit: «Ce ne sont pas des textes de chansons, c'est des poèmes mais je vais t'en mettre une en musique pour te faire plaisir. Il les a donné à Monique Leyrac qui l'a chanté. J'étais très impressionné... mais elle l'a chantée trois jours et elle ne l'a plus chanté», raconte-t-il en éclatant de rire.
André Gagnon l'a alors mis au défi de mettre des paroles sur une musique pop qu'il avait écrite. «Il m'a dit: «Si tu es capable de mettre du texte là-dessus, tu pourras être un parolier». Cette musique, c'était Dans ma camaro et du jour au lendemain, il l'a donné à un producteur de disque qui est Yvan Dufresne qui avait lancé Michel Louvain et Donald Lautrec. On espérait que se soit ce dernier qui chante la chansons, mais Dufresne a dit: «j'ai beaucoup mieux, j'ai un petit chanteur de 22 ans beau comme un coeur...»
C'est à son retour d'un voyage de deux semaines dans les Rocheuses, prêt à signer son contrat au Cégep Édouard-Montpetit qu'il est rentré au bercail.
«Quand je suis revenu, j'ai ouvert la radio et j'ai entendu ma chanson, se rappelle-t-il avec un rire de gamin. «Elle jouait partout, partout, partout! Elle était numéro un, Donc, je n'ai pas signé mon contrat d'enseignant.» Il n'aurait pas prédit la suite même s'il l'espérait.
Monique Leyrac l'a contacté pour lui commander des chansons sur des musiques classiques qu'elle allait interpréter lors d'un concert avec l'OSM. «C'était d'ailleurs la première fois qu'une chanteuse populaire chantait avec l'orchestre symphonique de Montréal. J'en ai fait une dizaine et elle les a chanté. C'est ce qui m'a lancé parce que dans la salle, il y avait Renée Claude et Diane Dufresne qui étaient des idoles de Monique. Elles se sont jetées toutes les deux sur moi pour que je leur écrive des chansons.» Une situation qui n'a pas manqué de le surprendre étant donné le créneau classique de ses créations. «C'était étonnant Renée, était LA chanteuse pop et Diane voulait être la rockeuse du Québec... »
«Toujours est-il que ça s'est réalisé...»
Diane Dufresne alias la muse
Quand on lui demande si Diane Dufresne était sa muse, il y a un silence quasi sacré qui s'installe. Pas de signe de malaise mais un moment empreint d'une profonde reconnaissance.
«C'est la seule qui a été ma muse. Oui Monique Leyrac a été une fée pour moi, Renée Claude a confirmé que je pouvais faire des chansons populaires tout comme le faisait Stéphane Venne.»
«Avec Diane, j'ai inventé quelque chose et elle s'inventait elle-même. Elle me poussait dans mes retranchements et je la poussais dans ses retranchements à elle aussi. Elle se donnait corps et âme et François Cousineau avait beaucoup de misère à nous suivre.»
Le trio a fait la pluie et le beau temps du paysage musicale québécois, notamment avec Tiens-toi bien j'arrive. «Avec Diane, ça été mon explosion. C'est à ce moment-là que j'ai compris que j'en ferais un métier.» Sa collaboration avec l'interprète de Donnez-moi de l'oxygène aura durée une douzaine d'années.
«Ce que j'ai fait avec Diane, ça ne ressemblait à rien même chose pour ce qu'on a fait avec Michel Berger, c'était une autre façon de recréer quelque chose. Un opéra rock en français, ça n'existait pas.»
«C'était une période formidable pour moi. Par la suite, je suis passé à Starmania. Les années 70 ont été de très belles années.» Celles qui ont suivi aussi.
Une carrière presque aussi longue qu'une vie
«C'est de la chance d'avoir duré et d'avoir des chansons qui durent. Je suis un privilégié, c'est sûr», reconnaît Luc Plamondon qui était de passage à Trois-Rivières cette semaine à l'occasion d'une conférence de presse qui a donné les orientations du spectacle qui lui rendra hommage à l'Amphithéâtre Cogeco. 
«J'ai renouvelé ou rejouvancé mes chansons en allant toujours vers des nouveaux interprètes et des nouveaux compositeurs. J'ai voltigé», se réjouit M. Plamondon.
La retraite ne se pointe toujours pas à l'horizon créatif du parolier québécois. Il travaille en ce moment sur sa septième comédie musicale et verra Brigitte Boisjoli interpréter une ou deux chansons originales.
«Quand je fais une comédie musicale, j'essaie de ne pas faire de chansons pour les chanteurs en même temps, parce que ça prend trop de mon temps», mentionne-t-il tout en soulignant qu'un tel projet demande entre trois et cinq ans de travail et que le résultat final de son projet du moment n'est pas attendu avant au moins un an.
«J'écris tous les jours. Je suis content quand j'ai écrit quatre lignes. Quand j'écris un vers de deux lignes, je suis content aussi. D'ailleurs, j'ai calculé que dans ma carrière, j'avais écrit deux lignes par jour», lance celui dont le répertoire compte plus de 450 chansons.