Producteur indépendant de spectacles, Dave Talbo compte à son actif un succès rare: les Mardis de la relève qui fêtent cette année leur vingtième anniversaire au Gambrinus de Trois-Rivières.

Les Mardis de la relève: le petit miracle hebdomadaire

Être un producteur de spectacles indépendant à Trois-Rivières n'est pas précisément une sinécure. La musique en direct a moins la cote et les amateurs sont probablement plus capricieux que jamais. Pourtant, cela fait maintenant vingt ans que les Mardis de la relève du Gambrinus connaissent un succès réconfortant dans le contexte.
L'exploit, puisque c'en est un, est loin d'être banal. Il démontre, d'une part, que le public est encore preneur pour la bonne formule et d'autre part, que les jeunes, malgré les indéniables embûches du métier, sont encore nombreux à faire de la musique et à rêver de succès. 
Dave Talbo est justement un producteur de spectacles indépendant. Il préside aux destinées des Mardis de la relève depuis dix-huit ans. Il n'en revendique pas la paternité puisque l'idée originale revient à Charles Guillemette, alors gérant au Gambrinus, mais il connaît ce concours comme s'il l'avait tricoté, ce qui est pas mal le cas. 
Ce qui peut étonner dans une industrie en profond bouleversement c'est que les Mardis de la relève apparaissent tout aussi pertinents aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a vingt ans. Bien que les plates-formes de diffusion se soient multipliées depuis quelques années, les jeunes groupes ont encore et toujours besoin d'une première chance de jouer devant public. 
La formule mise au point sur la rue des Forges en face de l'UQTR a vraiment trouvé tant son public que son lieu d'épanouissement. Présentés ailleurs qu'au Gambrinus, dans cette improbable salle de spectacle, les Mardis de la relève seraient foncièrement différents. 
Sans cette atmosphère unique d'intimité et de proximité avec le public, les Mardis ne seraient probablement qu'un vague concours plus ou moins anonyme. Existeraient-ils seulement encore? Or, ils sont devenus une sorte d'institution à laquelle un public fait de beaucoup d'habitués demeure fidèle même après deux décennies.
«Il y a quatre ans, raconte Dave Talbo, je me suis assis avec les propriétaires du Gambrinus pour revoir notre programmation mais jamais on n'a remis en question les Mardis de la relève. On savait que les mardis soirs nous sont pas mal acquis à Trois-Rivières: personne d'autre n'a cherché à nous faire une compétition directe pour cette soirée normalement ingrate. On a alors décidé d'occuper les mardis soirs à l'année: trois mois de Mardis de la relève et neuf mois de Mardis Live.
«On a aussi décidé d'offrir une bière maison à chaque spectateur. Ça n'a l'air de rien mais ç'a été une excellente initiative. Les spectateurs l'apprécient, bien sûr, mais ça va plus loin que ça. Le public est de plus en plus à la recherche d'expériences uniques quand ils sortent. Avec nos mardis, ils vivent un spectacle dans une ambiance comme nulle part ailleurs et goûtent à ce qui fait la spécificité et la force du Gambrinus: ses bières artisanales.»
Par ailleurs, une autre chose qui n'a jamais été remise en question: l'orientation du concours en fonction de la relève. «C'est devenu un peu comme une marque de commerce», analyse Talbo.
Cela dit, rien n'est acquis dans ce domaine capricieux. Après dix-huit ans, il estime encore que chaque mardi est un petit miracle. «Ce n'est pas facile d'inciter les gens à se déplacer un soir de semaine. C'est vrai aussi que nos mardis soirs ne sont pas toujours pleins, mais pour les Mardis de la relève, on va souvent chercher quelque chose comme 80 personnes par représentation: c'est génial! Pour l'atmosphère, on sait tous que c'est beaucoup mieux d'avoir une petite salle comme la nôtre bien remplie qu'une vaste salle à moitié vide.»
Il faut donc conclure que la découverte possède un pouvoir attractif non négligeable sur le public. Et puis, par la nature même du concours qui propose trois groupes différents pour chacune des treize soirées du concours, les spectateurs ont droit à de l'inédit et à de la variété. «Pour nos habitués, il ne fait pas de doute dans mon esprit que c'est le plaisir de la découverte qui les motive et ils savent que les soirées sont bien équilibrées. Dès l'inscription, on accepte tous les styles et depuis le temps que je l'organise, j'ai pu constater que la qualité s'élève constamment d'année en année.»
«Les styles dominants changent selon les années. Dans les quatre ou cinq premières éditions, on n'avait pratiquement pas de folk, se souvient l'organisateur. Depuis quelques années, la guitare acoustique retrouve ses lettres de noblesse. Mais, en même temps, si on pense à Daze, le groupe qui a gagné l'an dernier, il fait une musique très rock.
«Dans l'ensemble, on retrouve une grande majorité de trios ou des duos. C'est compréhensible: il est plus facile de se déplacer avec une formation réduite et de s'assurer que tout le monde est libre parce que je demande que le groupe soit disponible pour tous les mardis pendant toute la durée du concours.»
Une première chance
La motivation de Dave Talbo depuis dix-huit ans? Voir un groupe faire sa marque. «Beaucoup de groupes se dissolvent rapidement mais dans le lot, il y en a qui durent. J'aime bien la carrière qu'ont fait les Frères Lemay, par exemple. Au sein d'Empreinte galactique, leur carrière va bien. Les Malléchés ont aussi fait un beau parcours. Jeff Patry, qui est aujourd'hui le guitariste de Marjo, a commencé aux Mardis de la relève. Et quand je vois la carrière de Dominic Laroche, un autre qui est passé chez nous, ça me fait bien plaisir. Notre mandat, c'est de donner une première chance à de jeunes musiciens talentueux et j'aime penser que dans certains cas, on a fait une différence.» 
Dave Talbo est encore jeune à 43 ans mais il pense déjà à la relève. «Jamais je n'ai pensé que ça pourrait durer vingt ans quand je me suis lancé là-dedans. J'aime encore les Mardis de la relève et ça constitue une portion importante de mon travail de producteur, mais j'ai d'autres projets. Le concours a un avenir et je souhaite vivement qu'il demeure même quand je n'en serai plus l'organisateur. Je crois que ce sera le cas.» À preuve, il est venu à notre rendez-vous en compagnie d'une jeune stagiaire, Audrey Mongrain, à qui il montre toutes les ficelles du concours. Preuve qu'il a toujours la relève en tête, la sienne comme celle de la musique.
Ils viennent pour apprendre
Tenez-vous le pour dit: le nerf de la guerre dans un concours comme les Mardis de la relève, ce sont les prix. En vingt ans, la brochette a beaucoup gagné en ampleur et cette année, c'est l'équivalent de 10 000 $ qu'on remettra aux différents gagnants.
Chacune des treize soirées du concours sera télédiffusée à Cogeco TV ainsi qu'en web télé sur la page Youtube du concours, sur sa page Facebook et sur celle du Gambrinus, ce qui constitue une récompense en soi puisque c'est une diffusion qui n'a pas de frontière. Les grands gagnants de la vingtième édition auront non seulement un prix en argent, du matériel, la possibilité d'enregistrer dans un studio professionnel, mais ils auront aussi l'occasion de se produire sur les scènes du FestiVoix et du Festival du cochon de Sainte-Perpétue. C'est sans compter que leur musique sera diffusée sur la radio d'Énergie, de Rythme FM, de CFOU, de CFUT et sur le 103,9 FM.
Dave Talbo a beau être bien conscient de la valeur de pareilles récompenses pour de jeunes musiciens, il craint encore de ne pas atteindre son objectif de 27 groupes malgré l'expérience acquise à travers les ans et le fait que jamais il n'a échoué à remplir son tableau.
Le producteur a cependant développé quelques astuces. «Il ne faut pas oublier qu'en dix-neuf ans, on a vu près de 500 groupes passer sur notre scène. Dix-neuf ans, c'est dix-neuf gagnants qui ne peuvent plus y participer alors, ça restreint le bassin. J'ai quand même mon bottin des groupes qui ont participé et je fais des appels pour leur rappeler qu'on est de retour et qu'ils peuvent encore participer. Bien sûr, je constate à chaque année que beaucoup de groupes abandonnent. C'est un peu dommage mais la carrière musicale est ardue et je persiste à dire que la règle numéro un pour réussir dans ce métier, ça reste la persévérance.»
Dave Talbo doit piger en-dehors de la région. «Beaucoup de groupes de partout ont entendu parler des Mardis de la relève et ils savent que c'est un concours sérieux qui offre quelque chose de très précieux: une bonne diffusion de leur musique. En plus, on réunit un jury qui prend le temps d'offrir des commentaires critiques en spécifiant ce sur quoi ils doivent travailler pour s'améliorer. Qu'ils gagnent ou non, les jeunes viennent apprendre auprès de professionnels du milieu.» 
Les formulaires d'inscription pour les groupes intéressés et qui n'ont jamais signé un contrat pour une étiquette professionnelle majeure sont disponibles sur le site www.gambrinus.qc.ca. Par ailleurs, on peut obtenir de plus amples informations en communiquant par courriel avec Dave Talbo au productionsjoshua@hotmail.com. Le concours se déroulera du 7 mars au 30 mai et la période d'inscription se terminera le 25 février.
Liste des gagnants
1re édition: Lady Bug (rock alternatif)
2e édition: Frère de sang (québécois)
3e édition: The Flunk's (trip hop)
4e édition: Chorless (alternatif)
5e édition: Unwise (punk rock)
6e édition: The Wheels (folk rock)
7e édition: Empreinte galactique (francophone)
8e édition: Jeff Patry (franco rock)
9e édition: Val Salva (world beat)
10e édition: Elvis Versa (pop rock)
11e édition: Les Malléchés (rockabilly)
12e édition: Apocalypse Night Club (rock)
13e édition: Atomic Baobab (funk)
14e édition: Audionaute (pop francophone)
15e édition: Adam Strangler (Confetti rock)
16e édition: Virgo (rock francophone)
17e édition: Les gars d'ma shop (francophone)
18e édition: Yan Boissonneault (folk agricole)
19e édition: Daze (rock)