Le trip à trois: plus qu’un titre aguichant

Trois-Rivières — Il est rare qu’un simple titre suffise à attirer de nombreux spectateurs dans les salles obscures. Parions que ce sera le cas avec la nouvelle comédie de Nicolas Monette intitulée Le trip à trois.

Notez que ce film a bien d’autres attraits et de plus convaincants puisque l’affiche annonce la présence de Martin Matte, Mélissa Désormeaux-Poulin, Bénédicte Décary ou Anne-Élisabeth Bossé. Séduisant. 

Au-delà de cette impressionnante brochette, le plus gros argument de vente est peut-être qu’il s’agit d’une comédie légère qui sort tout juste à temps pour les congés des fêtes. Or, s’il y a une période de l’année où on veut se divertir sans se casser la tête, c’est bien celle-là. «C’est vrai, convient le réalisateur, que ça tombe plutôt bien et je suis content parce que notre offre est assez unique. Ça me fait plaisir de voir qu’à travers les films de science-fiction et les gros films de Noël pour enfants, il y a de la place pour une comédie québécoise. Et comme c’est un film qui porte sur le couple, je pense que ça va susciter l’intérêt du public. On sait à quel point les Québécois aiment rire et les réactions qu’on a eues aux visionnements préliminaires ont été très positives.»

N’en déplaise aux voyeurs, Monette soutient que le sujet de son film, c’est comment sauver son couple de la monotonie, cette scélérate qui s’allie avec le temps pour miner l’amour petit à petit. «En parallèle, il y a l’aspect de la sexualité qui apparaît souvent comme une solution miracle à ce problème. Alors, je me disais que de voir un couple ordinaire confronté à ce problème était une solide base pour faire une bonne comédie.»

«L’idée d’un trip à trois, on y a tous pensé à un moment ou à un autre. Ce que je trouvais intéressant, c’est l’idée non pas qu’un couple y pense, mais qu’il passe à l’étape suivante et l’organise, ce qui ne peut pas être aussi simple qu’on l’imagine. Et comme je n’ai aucunement le talent de scénariste, j’ai confié l’idée à Benoît Pelletier, un excellent scénariste, lui.»

Par contre, le choix des interprètes c’est Nicolas Monette. Comme il avait travaillé avec Martin Matte pour réaliser le tout dernier épisode de sa série Les beaux malaises, on s’imagine que Matte s’est imposé naturellement pour être la tête d’affiche masculine. Qui d’autre qu’un humoriste chéri des Québécois dans une comédie, n’est-ce pas? Ce n’est pourtant pas si simple. 

«Ce que je voulais surtout, c’est utiliser le rire pour passer un message plus chargé émotivement. Ça, c’est quelque chose que Martin fait particulièrement bien dans ses spectacles quand il parle de son frère, victime d’un traumatisme craniocérébral, notamment. J’ai senti qu’il n’est pas qu’un humoriste mais qu’il y a un comédien en lui.»

«Il m’a fallu le retenir un peu de faire de l’humour. Je voulais qu’il incarne un personnage un peu beige, un peu mou. Il s’est laissé aller et je le trouve vraiment excellent.»

En Mélissa Désormeaux-Poulin, il est allé à l’opposé. Elle se mourait pour jouer dans une comédie alors qu’on le lui offre rarement. Elle s’est volontiers pliée au processus des auditions et a dû apprendre les exigences de la comédie. «Je cherchais une comédienne qui soit juste, pas une comique. Elle n’a jamais à jouer les gags parce que ce sont les situations qui sont drôles.»

«J’étais moins apeurée en apprenant ça, avoue la comédienne qui s’est bâti une crédibilité dans des rôles dramatiques dans lesquels elle excelle. Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi parce que j’adore rigoler. Mais la comédie, je l’ai apprise un peu par instinct en espionnant Martin (Matte). Il est extrêmement travaillant et il comprend instinctivement ce qu’il y a de drôle à exploiter dans n’importe quelle scène. J’ai compris qu’il y a un ton qui vient avec la comédie et que le rythme est essentiel. C’est une mécanique particulière.»

Le défi

Mélissa Désormeaux-Poulin possède cette qualité naturelle et indéfinissable qui fait les grandes actrices: elle rayonne à l’écran, presque malgré elle. Or, elle incarne ici une femme qui doit être exactement le contraire. Il a donc fallu travailler à atténuer cette présence naturelle et éclatante. «On a travaillé sur de multiples détails pour y arriver dit Nicolas Monette. Les maquillages, les coiffures, les costumes: tout était conçu pour qu’elle soit terne.»

«Mon mot d’ordre, précise la comédienne, c’était qu’Estelle devait évoluer tranquillement vers une sorte d’émancipation. Je ne voulais surtout pas reprendre le classique de la vamp qui se révèle parce que c’est d’abord et avant tout une fille ordinaire, straight. Il fallait donc qu’elle soit très réservée au départ. J’ai travaillé sa posture physique, l’absence de maquillage, des vêtements banals, etc. Tranquillement, de scène en scène, on augmentait le maquillage, on lui donnait des coiffures plus élaborées et son attitude se transformait très graduellement, subtilement. Il y avait une certaine complexité sous-jacente au personnage qui en a fait un très beau défi d’interprétation.»

À tel point qu’elle a pris goût à la comédie. «Oh oui! J‘ai vraiment eu la piqûre. Je pense que je pourrais en faire d’autres et dans d’autres styles de comédie. Pour l’instant, je dirais qu’à travers ce qu’on me propose, il y a des propositions intéressantes qui font que je vais peut-être reprendre la comédie. Mais rien n’est encore définitif.»