Martin Fontaine personnifie Elvis Presley depuis 20 ans.

Le génie d'Elvis, l'expérience de Martin

Déhanchements lascifs, regard à faire fondre une statue de cire, costumes ajustés et parsemés d'enjolivures brillantes sont tous des incontournables pour donner vie au génie du King. Mais tous ces trémoussements et ces fla-flas permettent de créer qu'une pâle illusion. L'expérience fait la différence. Martin Fontaine en sait quelque chose, lui qui personnifie Elvis Presley depuis 20 ans. Après avoir offert Elvis Story, il a fait revivre le légendaire chanteur avec Elvis Experience où il recrée, avec un souci du détail impressionnant, un des spectacles que l'Américain offrait à Las Vegas dans les années 70.
Martin Fontaine
C'est le cadre idéal pour Martin Fontaine qui n'est plus restreint dans une interprétation théâtrale mais qui peut faire vivre Elvis en toute spontanéité.
«La différence, c'est que, quand on jouait Elvis Story, j'étais confiné à raconter l'histoire de toute sa carrière en tableaux. L'histoire tu ne peux pas la refaire! Il n'y avait pas beaucoup de place à l'improvisation. Tandis que le genre de formule que j'ai abordée avec Elvis Experience, on se retrouve en concert avec le bonhomme. On a choisi le titre Elvis Experience mais ça aurait bien pu être Il était une fois à Las Vegas en 1972. Ce n'est jamais le même show ou le même ordre de tounes. Ce n'est jamais le même costume ni le même texte. On sait que ça commence avec une toune d'Elvis et que ça finit avec une toune d'Elvis. Le reste on ne sait pas comment ça va tourner et c'est ce qui est fabuleux. Il y a beaucoup de place à la spontanéité, à jouer avec le public.»
Cette liberté, qui découle de la carte blanche que lui a donnée le producteur, alimente son propos enthousiaste. «J'ai vécu un conte de fées avec cette production. C'est pour ça que je crois à mon évolution artisque là-dedans. J'ai choisi tout de A à Z. Du personnel aux perruques. Je m'amuse avec ça et j'ai réussi à embarquer les gens dans ma folie.»
Ce spectacle, il l'a notamment transporté à Paris et Las Vegas en plus de le présenter à maintes reprises devant Priscilla Presley et sa famille.
«J'ai eu la chance de la voir souvent. Dès le départ, je lui ai demandé s'il y avait des choses qui lui déplaisaient dans le spectacle. Elle m'a répondu: ''Martin suit ton instinct. Ton instinct est excellent'' Tout comme le producteur, elle m'a aussi donné carte blanche. ''Maintenant il t'appartient, tu l'habites. Je n'ai jamais vu des suits devenir aussi vivants que ça.''»
Une tape dans le dos qui a évacué les quelques doutes qui pouvaient persister dans l'esprit de l'artiste qui confie avoir gardé un contact personnel avec l'ex-femme d'Elvis. «C'est comme ma tante!»
Elvis a beau être décédé il y a 40 ans, Martin Fontaine a encore des projets pour lui. «Il y en a tout le temps! Par exemple, j'aimerais reproduire les tournées qu'il faisait. J'ai tous les cahiers qui répertorient ses itinéraires de tournées alors j'aimerais aller à Buffalo à la même journée pour célébrer l'anniversaire de son passage.» Le Montréalais qui voudrait, ainsi, enfiler les villes au même rythme que le King souhaite ardemment qu'un producteur américain embarque dans l'aventure.
Mais ce n'est pas le seul projet qu'il caresse. Une tournée en Europe semble beaucoup plus plausible pour l'année à venir. «On a des producteurs de l'Europe qui sont venus nous voir à la fin juillet et qui sont revenus la semaine passée, alors ça sent bon pour une tournée de la France et de la Belgique l'hiver prochain», se réjouit celui qui a des visées aussi grandes que la planète. «Elvis n'est jamais sorti de ses États-Unis, j'aimerais l'amener en Europe, en Asie!»
«Le sujet n'est toujours pas épuisé, il y a tellement d'angles qu'on pourrait faire», s'emballe Martin Fontaine par contre, il demeure réaliste quant au risque d'atteindre un point de saturation, à tout le moins dans la Belle province.
«Je suis conscient que de s'installer encore pour 50 shows au même endroit, il faudrait être inventif pour y arriver. Je suis conscient qu'au Québec on a peut-être fait le tour et qu'en allant chercher de la notoriété à l'extérieur, ça ramène l'intérêt. Partir à l'extérieur est un chemin logique à faire pour mieux y revenir sporadiquement.»
«La cerise sur le sundae»
Terminer la tournée Elvis Experience à Trois-Rivières est un véritable bonheur pour Martin Fontaine. «C'est la cerise sur le sundae. J'ai entendu dire que la réponse des gens était super bonne, alors je pense qu'on va avoir des bonnes salles. C'est une des places où ç'a répondu le mieux pour la tournée au Québec.»
Au-delà de cette réaction positive du public, le personnificateur d'Evis ne cache pas avoir un attachement particulier pour l'endroit. Il a d'ailleurs tenté à plusieurs reprises de planter ses décors dans la cité de Laviolette.
«C'est toujours un plaisir pour moi d'y retourner. J'aimerais venir investir à Trois-Rivières.» C'est d'ailleurs ce qu'il avait tenté de faire quand il a déposé une offre pour acheter la bâtisse qui abritait le défunt Maquisart. Le projet ne s'était pas concrétisé. Ce sont finalement deux hommes d'affaires trifluviens qui avaient allongé une somme plus élevée afin de mettre la main sur cette bâtisse.
Il a par la suite eu des pourparlers avec les instances culturelles de la Ville pour y présenter un spectacle durant la saison estivale 2011 puisque sa résidence au Capitole était terminée. L'offre a été déclinée. «Ç'a été des craintes et des non-dits. Peut-être des prétextes aussi qu'on m'a donnés. Ce n'était pas nécessairement fondé.»
«Ce qu'on ne dit pas c'est que, quand Elvis est revenu sur le terrain et que les choses se plaçaient, ils m'ont rappelé pour me dire que finalement ils étaient intéressés... mais il était trop tard. À ce moment-là je venais de signer avec le Capitole de Québec pour remonter un spectacle sur Elvis», explique celui qui ne démontre aucune amertume de cet épisode. «Dans l'univers, ce qui t'appartient va te revenir. Des fois c'est juste une question de timing ou de personnes, mais quand tu crois en quelque chose et que tu es convaincu que ça peut fonctionner... Je ne te cache pas que les étoiles s'alignent de plus en plus. Juste le fait qu'Elvis Experience vienne à Trois-Rivières et que ça marche bien, ça me reconnecte beaucoup avec la ville.»
«Stratégiquement parlant, vous êtes bien situés entre Montréal et Québec qui sont les deux gros marchés pour le spectacle au Québec. Les shows du Cirque (du soleil) par exemple ont créé un bel engouement. Je sens que les gens de la culture veulent pousser ça et faire parler d'eux. Ils sont dynamiques. Je sais aussi qu'économiquement ce n'est pas très fort. On regarde juste la rue des Forges où il y a un haut taux de locaux vacants. Je me tiens au courant et je m'intéresse à ce qui ce passe à Trois-Rivières», souligne-t-il.
Parce que Martin Fontaine est loin d'en avoir fini avec Elvis, il voit à Trois-Rivières de multiples possibilités pour les années à venir. «C'est un marché qui est parfait pour ce que moi je voudrais faire plus tard, des plus petites productions où je me ferais moins mal que dans les grands centres urbains. Trois-Rivières a tout d'une grande ville sans les inconvénients.»
La venue d'Elvis Experience à l'Amphithéâtre les 8 et 9 septembre tombe donc à point et compte l'utiliser comme un argument dans les pourparlers. «Je vais m'en servir comme levier. Je vais pouvoir bâtir là-dessus avec les gens intéressés. Tu ne peux pas être plus intéressé que les gens qui sont en place», philosophe-t-il.
Quand on lui demande si des contacts ont été faits pour présenter le spectacle à Trois-Rivières à l'été prochain, il donne cette réponse: «C'est toujours vivant. Les idées de projets et la volonté sont toujours là. Je n'ai pas perdu espoir, au contraire. J'ai maturé dans ma vie et mon entourage aussi.
Les choses se placent.» Reste à voir si le tout prendra finalement forme.