Film d'interprètes, Le fils de Jean réunit plusieurs acteurs québécois et un Français, Pierre Deladonchamps (deuxième à partir de la gauche). C'est cependant Gabriel Arcand, dernier à droite. qui domine brillamment cette distribution avec une autre performance exceptionnelle.

Le fils de Jean: une touche sensible et délicate

Une curieuse bête hybride, Le fils de Jean. Une coproduction franco-québécoise menée par le Français Philippe Lioret (Welcome, Je vais bien, ne t'en fais pas) avec des comédiens québécois et tourné au Québec. Une hybridation qui a bien pris et qui fait, en bout de ligne, un joli film.
C'est comme si Le fils de Jean combinait les qualités qu'on recherche dans les films québécois comme celles qu'on attend des meilleurs films français. C'est un scénario bien ciselé, plein de sensibilité et rigoureusement écrit interprété par d'excellents comédiens dans des codes qui nous sont bien familiers. Ce qui n'est pas nécessairement le cas avec des comédiens européens.
Ce scénario s'attache à Mathieu (Pierre Deladonchamps), un trentenaire français qui apprend la mort de son père qu'il n'a jamais connu. Sa mère lui a toujours dit qu'il était le fruit d'une aventure d'un soir. Le papa était Québécois et quand Mathieu apprend qu'il a, de l'autre côté de l'Atlantique deux demi-frères tout aussi inconnus, il décide d'aller assister aux funérailles. Il entre en contact avec Pierre (Gabriel Arcand), proche ami de son père qui lui sert de guide pendant les trois jours de son périple québécois. 
Pierre est un type renfrogné. Un médecin révolté recyclé dans les médecines douces. Il désapprouve très ouvertement l'ardent désir de Mathieu de rencontrer ses frères. Il accepte cependant, mais à contrecoeur, de l'emmener au chalet sur le lac où son père, dont on n'a pas retrouvé le corps, s'est noyé. Il y rencontre ses demi-frères Sam (Pierre-Yves Cardinal) et Ben (Patrick Hivon) venus justement pour retrouver le corps. Le contact n'est pas ce qu'il souhaitait mais au moins, Mathieu n'aura pas fait le voyage pour rien.
Sobre et dense
Les meilleurs drames psychologiques sont souvent basés sur des histoires où il ne se passe pas grand-chose. Ici, le fil conducteur est tout simple et les rebondissements, pas légions. Pourtant, ces 98 minutes de cinéma sont bien denses, pleinement satisfaisantes.  
C'est aux gens que Lioret s'intéresse vraiment, avec subtilité et sensibilité. Il est délicat, n'imposant aucun effet qui serait, de toute façon, inutile. C'est l'écriture qui s'impose ici.
Certains diront qu'il ne se passe rien dans Le fils de Jean. Ils n'ont pas tort, mais il se passe pourtant plein de choses au niveau de ce qu'on ressent. À part pour les frères Sam et Ben qui extériorisent assez brutalement leurs émotions à fleur de peau, les autres personnages sont pudiques et réservés mais pas moins expressifs et fascinants. Les humains ne sont-ils pas plus intéressants par ce qu'ils ressentent que par ce qu'ils montrent?
Lioret, on l'a vu dans certains de ses films précédents, est sensible et pudique et fait preuve de beaucoup de doigté. Sans doute est-il aussi un excellent directeur d'acteurs parce que ses interprètes sont impeccables. Tout en nuances, en non-dits bien assumés sans qu'on joue trop lourdement le poids des secrets inavouables. C'est tout juste si on sent que certains des interprètes, Cardinal, Hivon et Fortin, pour ne pas les nommer, sont un peu trop soucieux de masquer leur accent québécois. Pas assez pour choquer nos oreilles autochtones, cela dit, ce qui est tout à l'honneur du réalisateur. 
Dans le groupe, on retrouve Catherine de Léan, crédible dans le rôle de la fille de Pierre et aussi Marie-Thérèse Fortin, toute en retenue, dans la peau de son épouse, discrète, compréhensive mais pas moins perspicace. Hivon et Cardinal jouent des butors convaincants. 
Par ailleurs, Le fils de Jean est un autre hommage à l'extraordinaire talent de Gabriel Arcand, encore fabuleux. Son vieil ours grincheux de Pierre cache maladroitement sa grande sensibilité et l'interprète le fait avec un dosage renversant. Arcand finit par être terriblement émouvant et on se demande qui d'autre aurait pu donner toutes ces nuances à Pierre. Ce comédien est un trésor national. 
Bien sûr, il faut avoir envie d'un film délicat, dans la retenue, dans l'émotion mais si c'est votre cas, vous ne devez pas manquer ce beau film, fin et émouvant.
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Le fils de Jean
Drame de Philippe Lioret avec Gabriel Arcand, Pierre Deladonchamps et Marie-Thérèse Fortin.
Un Français vient au Québec pour les funérailles de son père qu'il n'a jamais connu et y découvre une nouvelle famille.
Un film sensible, mené de main de maître par le réalisateur Philippe Lioret dans le registre de la délicatesse et de l'intelligence sensible.