Lawrence Gowan

Lawrence Gowan: communier avec le public

Le spectacle de Styx, le 24 août à l'Amphithéâtre Cogeco, sera l'équivalent d'un deux pour un pour le public. Il y a le groupe, d'abord, formation mythique dans la tête de nombreux et puis le chanteur et claviériste, Lawrence Gowan, un chouchou du public d'ici. 
Quoi qu'on en pense, ça prenait autant de talent que de culot en 1999 pour prendre la place laissée vacante par Dennis DeYoung, pivot de la formation depuis sa naissance dans les années 70. Derrière la bonhomie et la gentillesse de Gowan, se cache donc un musicien de haut niveau conscient de son talent mais vous ne l'entendrez jamais se vanter de la sorte.
«Mon incorporation dans le groupe, c'est comme si elle avait été écrite dans les étoiles, déclarait-il en entrevue au Nouvelliste il y a quelques semaines. D'abord, j'adorais le groupe et j'ai toujours été un fan fini de rock progressif. Ça tient peut-être à ma formation classique. Quand ils m'ont accepté parmi eux, Tommy Shaw avait dit que cette union lui semblait parfaitement naturelle. Il l'avait résumé en disant simplement: ''Qui se ressemble s'assemble.'' Et je suis complètement d'accord. Dans la vie, je crois qu'on finit forcément par se retrouver avec des gens avec lesquels on partage de profondes affinités.»
Même avec le recul du temps, Gowan arrive mal à définir ce qu'il a pu apporter au groupe. «Il faudrait que vous le demandiez aux autres gars, probablement. Je sais que la séparation avec Dennis a été difficile à vivre tellement il avait été un élément central dans le groupe. À l'époque, les autres ont choisi d'aller chercher non pas quelqu'un qui ressemble à Dennis mais quelqu'un ayant sa propre personnalité mais qui soit capable d'interpréter avec sincérité les chansons du groupe.
Avec les années, la chimie de la formation s'est transformée de sorte que ma façon d'aborder la scène s'est complètement fusionnée avec la leur.»
«Il y a une priorité qui nous est commune et qui en dit énormément sur Styx: autant moi que les autres membres du groupe, nous avons toujours mis la priorité sur le divertissement. Je suis comme ça de nature: je donne autant sinon plus d'importance au divertissement du public que j'en donne à mon expression artistique personnelle. En tant que groupe, nous partageons cette conviction que les gens paient cher un billet de spectacle avec leur argent durement gagné, ils font l'effort de se déplacer pour venir nous voir et qu'en retour, le moins qu'on puisse faire, c'est de leur offrir un divertissement qui en vaut la peine. Cette attitude est vraiment à la base de ce qui nous unit dans le groupe et c'est certainement une des raisons pour lesquelles j'ai pu si bien m'intégrer.»
Bientôt vingt ans
Mine de rien, le claviériste fait partie de Styx depuis bientôt deux décennies et malgré son apparence juvénile, il est âgé de 60 ans. On est en droit de se demander comment il arrive à conserver la passion pour jouer dans plus de 100 spectacles par année avec l'énergie que doit impérativement déployer un groupe rock. «Je suis content que vous me posiez la question parce que je la trouve significative. Beaucoup de musiciens deviennent fatigués par la route, le rythme des tournées ou par le fait de présenter soir après soir une même séquence de chansons. Et c'est une réaction que je comprends parfaitement. Pour une raison ou une autre, Styx ne tombe pas dans cette catégorie. Nous sommes le contraire, en fait. Nous sommes stimulés par la tournée et plus nous jouons, meilleurs nous sommes. Quand je suis arrivé au sein du groupe, les autres musiciens m'ont dit qu'ils n'avaient jamais fait moins de cent spectacles par année et qu'ils tenaient à ce que ça continue toujours à ce rythme. Ça tombait bien parce que je n'avais moi-même jamais joué moins que ça. Ça aussi, ça nous a uni.»
«Quand vous jouez autant, il est impossible de ne pas s'améliorer constamment. Il n'y a pas de limite à cette amélioration quand vous êtes toujours à la recherche de ce petit 1 % qui pourrait être meilleur. Vous remarquerez que nous avons tous le sourire aux lèvres pendant nos spectacles justement à cause de ça. Nous avons l'impression d'accomplir notre objectif fondamental qui est de toujours progresser musicalement. Chaque fois que je chante Grand Illusion ou que Tom chante Blue Collar Man ou encore que J Y chante Lorelei nous cherchons une façon de connecter avec le public d'une façon qui n'est jamais arrivée auparavant, même si on a interprété ces chansons des milliers de fois. C'est un peu comme une peinture que vous aimez et qui est sur un mur de votre maison. Peu importe le nombre de fois que vous la regardez, vous l'aimez toujours et redécouvrez chaque fois le plaisir qu'elle vous procure.»
Ce plaisir, les fans réunis à l'Amphithéâtre Cogeco l'éprouveront en entendant des classiques du groupe, mais également au moins deux chansons de leur tout nouvel album, The Mission, sorti en juin. «Nous sommes très conscients que la majorité des gens qui viennent nous voir le font pour nos grands succès. Je peux leur dire que nous allons probablement débuter le spectacle avec Gone, Gone, Gone, une chanson du nouvel album et nous allons immédiatement enchaîner avec des classiques: Blue Collar Man, Grand Illusion, Lady, Miss America, Come Sail Away, Too Much Time on My Hands, Renegade, Fooling Yourself, Rockin' the Paradise et plusieurs autresOn verra, rendus à Trois-Rivières et en fonction de la réception des nouvelles chansons, si on en fait deux ou trois mais ce qui est sûr, c'est qu'on s'en va chez vous pour partager d'abord et avant tout nos classiques.»
«J'ai joué dans près de 2000 spectacles avec Styx jusqu'ici et jamais, je n'ai quitté la scène sans que le public soit debout avec un grand sourire dans le visage. Et on fait tout pour que ça continue ainsi. Ça reste pour moi, et de très loin, la meilleure façon pour un gars de terminer sa journée de travail!»
Le légendaire groupe Styx sera de passage l'Amphithéâtre Cogeco le 24 août prochain.
Québécois dans l'âme
On le dit de plusieurs artistes de scène anglophones mais dans le cas de Lawrence Gowan, le doute n'est pas permis: il a bel et bien une relation particulière avec le public québécois. Peut-être parce qu'il parle un français tout à fait acceptable et n'hésite pas à le sortir pour communiquer avec son public francophone.
«À l'époque de Strange Animal et de A Criminal Mind, ma musique a beaucoup tourné au Québec et un lien affectif s'est créé avec le public. J'ai joué énormément sur les scènes chez vous et c'est en séjournant au Québec que j'ai appris le français. C'est une époque dont je garde un excellent souvenir. En 1997, avec la sortie de l'album live Gowan au Québec, les liens se sont encore solidifiés. C'est une époque où j'ai pris un risque, ne sachant pas si les gens seraient intéressés à me voir en spectacle solo et, encore une fois, ça a super bien marché au Québec au point où on en a tiré un album. Pour moi, ça reste très significatif.»
Son passage au sein du groupe Styx comme chanteur et claviériste a aussi contribué à sa popularité auprès des Québécois. «Évidemment, dit-il, il n'y avait rien de planifié mais il appert que Styx aussi a toujours été populaire au Québec. Le premier grand succès du groupe a été Suite Madame Blue et c'est au Québec que ça a marché en premier. Les Québécois ont toujours été des amateurs de rock progressif, on le sait. Seulement, dans les années 70, ça venait essentiellement du Royaume-Uni. Quand Styx est arrivé avec Suite Madame Blue, ça a touché une fibre chez les Québécois qui ont reconnu la touche rock progressif et ça a mis le groupe sur la carte. De mon côté, mes liens avec le rock progressif ont toujours été très évidents: j'ai joué dans le groupe de Peter Gabriel, John Anderson de Yes et Alex Lifeson de Rush ont tous deux joué sur un de mes albums.»
Le claviériste raconte une anecdote qui, selon lui, en dit beaucoup quant au sens du spectacle qu'il voit chez les Québécois, pas seulement les spectateurs mais également les techniciens. «Au Québec, même pour les plus modestes spectacles, j'ai toujours noté que tous les gens impliqués veulent que le spectacle soit exceptionnel. On dirait que c'est une question de fierté.»
«Sur scène, je joue sur un clavier qui pivote sur lui-même de façon à ce que, dans les portions musicalement plus spectaculaires, je peux tourner le clavier pour que le public voit mes mains travailler. C'est un clavier que j'ai fait faire par un technicien à Québec dans les années 90. Avec le temps, j'étais tellement satisfait que j'en ai fait réaliser plusieurs copies exactes sur lesquels je joue maintenant. Je ne sais pas à quoi ça tient mais je trouve que les techniciens québécois sont exceptionnels. À toutes les fois que Styx vient au Québec, on sait qu'on pourra compter sur une technique parfaite: l'éclairage, le son, l'aménagement de la scène, etc. C'est comme si les Québécois aiment tellement la musique qu'ils font en sorte qu'elle soit toujours offerte dans les meilleures conditions.»