Jonathan Harnois, à gauche, et Jérôme Dupras sont les deux maîtres d'oeuvre du projet Nos forêts chantées qui a vu son aboutissement avec la sortie d'un album musical vendredi dernier. Chaque album vendu assurera la plantation d'un arbre.

L'amour de la nature et des humains

L'histoire qui suit débute avec la conscience environnementale d'un groupe de musique très populaire, dure à peu près dix-huit mois et se termine avec un album de musique. En fait, non: elle ne se terminera pas avant des dizaines, peut-être des centaines d'années, le temps de vie de milliers d'arbres qui viendront témoigner de la réalisation d'un projet inspirant. Racontons cette histoire depuis le début.
Au départ, il y a la Fondation Cowboys Fringants, le groupe musical, vouée à mettre de l'avant des projets véhiculant les valeurs environnementales chères aux musiciens. Entre autres projets, ils ont chargé leur bassiste et docteur en géographie, Jérôme Dupras, de diriger la création d'un album de musique portant sur la forêt. L'album devait être composé de chansons avec des textes écrits par des élèves d'écoles situées dans onze régions du Québec. Chaque chanson allait être interprétée par un artiste connu et tous les profits générés par les ventes de l'album devaient servir à planter des arbres.
Parmi les écoles choisies, il y a l'institution Kiuna, à Odanak, un établissement collégial regroupant quelque 70 étudiants et qui vise à former des citoyens des Premières Nations pour en faire des leaders responsables et ouverts sur le monde. Un collège de jeunes des Premières Nations constituait une ressource précieuse dans le projet en apportant un point de vue d'une pertinence unique.
À Odanak, c'est l'enseignant de littérature David Paulin qui a piloté le dossier. Du côté de la Fondation, on avait délégué Jonathan Harnois pour offrir des ateliers d'écriture à chacun des onze groupes d'élèves sélectionnés.
La première phase de tout le projet constituait en une sensibilisation des jeunes aux forêts québécoises par l'entremise d'une trousse éducative. Par la suite, à travers quelques rencontres, Harnois allait amener les jeunes à écrire des strophes témoignant de leurs préoccupations pour la forêt. Le formateur devait alors partir avec ces paroles pour en faire des chansons en collaboration constante avec chacun des groupes, ces derniers ayant le pouvoir de l'approbation finale. Finalement, chaque chanson composée devait être remise à un artiste professionnel pour qu'il en fasse la musique et l'interprète sur l'album Nos forêts chantées.
Le processus a suivi son cours à Odanak avec, là comme ailleurs, des hauts et des bas. «Dans chaque groupe, la démarche est différente mais toutes ont comporté des défis similaires, explique Jonathan Harnois. Je voulais développer chez chacun un sentiment de paternité par rapport à leur texte et leur faire prendre conscience de l'opportunité exceptionnelle qui s'offrait à eux. Les jeunes ne sont pas toujours conscients qu'ils possèdent le pouvoir de la création; ils se sous-estiment.»
«Mais c'est aussi une des beautés de tout le projet: ils ont été surpris par ce dont ils sont capables. J'ai vu de véritables épiphanies à travers ça, une découverte par certains de leur potentiel. C'est très riche comme expérience.»
Plus profondément
«Pour nous, avoir les jeunes d'Odanak, c'était une nécessité pour donner à l'album une diversité de cultures. À cause de leur bagage, ces jeunes des Premières Nations ont une sensibilité plus grande à l'environnement;  c'est profondément inscrit dans leur culture identitaire. J'ai senti que ça les rejoignait plus profondément que les autres étudiants.»
Les jeunes ont donc composé une chanson. Un rap, intitulé Nutshimit (Dans le bois). Ils la destinaient à Samian qui a refusé. Ils se sont tournés vers Koriass, très tenté mais en déficit de disponibilité. Comme leur enseignant connaissait Bizz, de Loco Locass, c'est à ce groupe qu'ils ont soumis la chanson. Autre refus, mais cette fois, pour une raison complètement différente. «Ils ont trouvé le texte vraiment bon, explique David Paulin, mais ils ont dit qu'ils étaient mal à l'aise de chanter la chanson parce qu'elle devait être interprétée par des membres des Premières Nations, pas par des Québécois de souche. Ils ont donc proposé d'écrire la musique et d'aller donner des cours de rythmique aux étudiants pour qu'ils l'interprètent eux-mêmes.»
Chaffik a créé la musique et Bizz ainsi que Batlam sont  allés deux fois à Odanak pour initier les jeunes aux techniques d'interprétation du rap. Par la suite, sept étudiants de Kiuna sont allés au studio de Loco Locass à Montréal pour enregistrer la chanson. «Chaque étudiant chantait son propre couplet et ils chantaient ensemble le refrain, d'expliquer David Paulin. Ils ont adoré l'expérience autant le travail en studio que l'écriture.»
«Bien sûr, la démarche de création est riche pour les étudiants, convient Jonathan Harnois, mais on aimait aussi l'idée de leur faire découvrir les dessous de l'industrie. Ils ont vu tout ce que ça exige de créer un album, la complexité du processus.»
«Moi, j'ai senti une vraie rencontre à travers ce travail. Je me suis fait des amis. Et quand j'ai entendu l'interprétation des jeunes de Kiuna, j'ai pleuré. Le message est tellement fort. Il y avait là une émotion à fleur de peau qui vient du rapport identitaire, je crois. Même si la rime n'est pas toujours parfaite, c'est l'émotion exprimée qui l'emporte.»
L'album Nos forêts chantées, lancé vendredi dernier à Montréal, est désormais disponible aussi bien en magasins que sur les principales plateformes en ligne. On y retrouve des interprètes aussi connus que les Cowboys Fringants, Caracol, Vincent Vallières, Chloé Sainte-Marie, Dumas, les Dales Hawerchuk, Safia Nolin, Richard Séguin, et d'autres. Chaque album vendu se traduira par un arbre planté. «Tout ne se mesure pas en termes de nombre d'arbres plantés ou d'argent amassé, plaide Jérôme Dupras. Ç'a été un très gros projet à mener mais les bénéfices dépassent très largement l'investissement et ce n'est pas en termes économiques que je le dis. Lors du lancement, toute l'institution Kiuna va venir; qu'ils s'approprient le projet de cette façon-là nous touche beaucoup. Tout l'amour qu'on a reçu dans ce projet-là ne se mesure pas.»
Il n'exclut pas qu'il y ait un jour une deuxième édition où, par exemple, le fleuve pourrait être l'ancrage.
La fierté
Il est rare qu'un enseignant de français et de littérature trouve, dans un seul projet, tous les ingrédients pour combler ses aspirations pédagogiques. Avec Nos forêts chantées, David Paulin a relevé le genre de défi qui maintient allumée sa passion.
«Ça rejoignait des objectifs pédagogiques en français puisque les étudiants ont été obligés d'écrire une chanson, qu'ils ont du respecter le piétage, la rime, etc. Mais ça s'inscrit aussi dans un projet de persévérance scolaire. On essaie d'avoir plusieurs projets comme ça à chaque année: un livre, une chanson, etc. Des projets à long terme qui font en sorte que les étudiants veulent revenir à l'école de semaine en semaine pour poursuivre un objectif dont ils sont fiers. Ça les motive à poursuivre le parcours académique et ça dessine pour eux une toute autre image de l'école.»
«On a eu un gala Méritas la semaine dernière pour présenter les talents dans l'école et on a fait écouter la chanson à l'ensemble des étudiants. Tous étaient vraiment enthousiastes. Il y a énormément de fierté qui est ressortie de ça.»
«Mine de rien, ça demandait pas mal de confiance et de courage de la part des jeunes pour aller s'enregistrer en studio. Ce n'était pas toujours évident. On a toujours tenté de remettre ça dans une perspective de fierté. Évidemment, il a fallu beaucoup répéter la chanson pour qu'ils le rendent adéquatement sur l'album; ça a exigé beaucoup de travail.» Son verdict de prof? «Je suis très fier d'eux. Ils se sont donnés à 100 % et ont fait de l'excellent travail. Il y en a plusieurs que j'ai vus sourire pour la toute première fois à cause de ce projet-là et ça, ça n'a pas de prix. J'ai constaté une nette amélioration chez eux entre le jour un et le moment de l'enregistrement. Ça, c'est très gratifiant pour l'enseignant.»
S'embarquerait-il de nouveau dans un projet aussi exigeant? «Oh oui, sans aucune hésitation! Dans tout ce qui peut leur donner le goût de revenir à l'école, dans tout ce qui peut leur donner la fierté que j'ai vue chez eux, j'embarque à 100 %. Vendredi (le 12 mai), tous les étudiants vont venir ensemble à Montréal assister au lancement de l'album. Ça va être une autre incursion dans le milieu de l'industrie musicale et une autre belle expérience pour eux. Je sais que les gars de Loco Locass ont adoré leur expérience avec nos jeunes et ils vont le leur faire savoir.»
«Quand on réussit à insuffler d'autant de fierté dans un contexte scolaire, ça change certainement la perception de l'école qu'ont les jeunes. Ça leur a donné une idée de ce qu'ils peuvent accomplir. C'est sûr que c'est le genre de projet qui ouvre des horizons nouveaux chez des individus. À Kiuna, on ne fait pas seulement de l'enseignement, on veut faire naître des vocations. On veut créer des leaders autochtones pour le futur et c'est en leur donnant des occasions de ressentir une grande fierté pour ce qu'ils sont qu'on y arrive.»

Arts Magazine

En librairie

Grandeur nature

Kath Stathers

Hurtubise

Magnifique bouquin à laisser bien en vue sur la table à café, Grandeur nature propose 1000 voyages qui plongent les voyageurs au coeur du monde sauvage. Tous les coins de la planète y passent. D’une randonnée permettant d’observer la très rare fleur nationale du Chili à une escapade pour voir l’oiseau volant le plus lourd du monde au Botswana, les suggestions sont aussi variées que dépaysantes. Agrémenté de magnifiques photos l’ouvrage permet de s’évader au fil des pages dans des contrées lointaines et fascinantes.

Arts Magazine

Livres de la semaine

La Fabrique à Slime
Carl Arsenault et Isaac Hub
Les éditions de L’homme

Il faut se l’avouer, le slime est un incontournable pour amuser les enfants. Le livre La Fabrique à Slime est donc ultra nécessaire pour la relâche avec ses 100 recettes pour fabriquer cette matière gluante et irrésistible. Les deux auteurs ont fait preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à proposer d’autant de variantes allant de recettes toutes simples à des mélanges plus complexes au résultat impressionnant. Avec ou sans Borax, la majorité des recettes s’exécutent avec des ingrédients que l’on trouve facilement à l’épicerie ou à la pharmacie.

Cinéma

Oscars: le gala radioactif

BILLET / Heureusement que le ridicule ne tue pas. La cérémonie des Oscars serait chose du passé. Une controverse n’attend pas l’autre. Au point, comme je l’écris chaque année, où on perd de vue que ce gala radioactif est censé honorer les meilleures productions cinématographiques de 2018 — assez relevées pour cette 91e édition. On y revient plus bas.

Tout était plutôt bien parti cette fois, contrairement à certaines éditions. L’an passé, les Oscars étaient empêtrés dans les soubresauts du #moiaussi. Rappelez-vous, les actrices habillées en noir (plusieurs acteurs aussi) pour dénoncer le harcèlement et les agressions sexuelles dans la société, en général, et dans le milieu du cinéma en particulier.

Arts

Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

ROCK

Signs, Tedeschi Trucks Band ***1/2

Depuis Revelator (2001), le Tedeschi Trucks Band a enfilé les albums comme autant de tours de force, culminant avec l’extraordinaire Let Me Get By (2016). Le groupe de 12 membres mené par Susan Tedeschi (chant, guitares) et le guitariste virtuose Derek Trucks a effectué un petit virage avec Sings. Un essai plus rock, mais toujours teinté de R&B, de soul et de gospel (surtout pour les chœurs). Entièrement enregistré en analogique, la palette sonore est plus chaude, mais on a malheureusement placé le formidable jeu de Trucks un peu trop en retrait — le résultat est plus à plat. Ce quatrième effort en studio est aussi fortement marqué par la perte et le deuil (The Ending, à la fin, est absolument bouleversante). Il y a une retenue qui sied bien au propos, jusque dans le chant beaucoup plus fragile de l’éloquente Tedeschi, mais qui nous fait un peu regretter l’exubérance habituelle du TTB. Ça reste difficile à battre sur le plan musical, avec un groupe aussi soudé. Éric Moreault

Arts et spectacles

L’insatiable quête de Steve Hill

Trois-Rivières — Il ne faut pas se fier à l’image. Jamais. Avec sa veste de cuir, ses cheveux longs et sa passion pour un blues rock intense, l’image du Trifluvien Steve Hill ne suggère rien d’un homme d’affaires lucide et responsable ou d’un musicien d’une rigueur obsessive. C’est pourtant ce qu’il est, dévoré de l’intérieur par une passion absolue pour la musique.

À 43 ans, le musicien trifluvien vit présentement une des plus belles périodes de sa carrière. Son travail en tant que groupe à un seul musicien pour les trois albums de sa série des Solo Recordings a été louangé partout, lui valant notamment un Prix Juno du meilleur album blues de l’année en 2015. «Les critiques sont mêmes meilleures en Europe qu’ici», clame-t-il avec le sourire de celui qui a compris ce que cela signifie d’ouverture sur le marché international.

Arts

Simon Laganière: trouver ses ailes

TROIS-RIVIÈRES — Il fallait bien qu’un jour, comme pour tout un chacun, Simon Laganière s’affranchisse de sa famille pour vivre de ses propres ailes. Non pas qu’il renie les Frères Goyette dont il est toujours membre, mais l’envie de créer sa propre musique a grandi imperceptiblement dans son ventre jusqu’à s’imposer à son cerveau. Résultat: Simon Laganière présente Samedi soir de semaine, un premier album solo.

Porté par l’enthousiasme pour son projet, Simon est tout simplement allé voir les gens de sa maison de disque, Grosse Boîte, pour leur dire qu’il voulait faire un album sans les Frères Goyette, devenus difficiles à réunir. «Comme on est tous devenus parents ces dernières années, c’est devenu plus compliqué de se trouver du temps et de monter un projet ensemble Et puis, j’avais envie d’avoir mon album à moi, de travailler autrement. De toute façon, je serais incapable de ne pas faire de chansons dans ma vie.»

Arts et spectacles

La Bolduc: une icône à découvrir

CRITIQUE / À bien y penser, il est surprenant qu’on n’ait pas fait un film sur la Bolduc avant 2018, nous qui nous identifions si étroitement à nos grands artistes de scène. Ce n’est ni Céline ni Alys Robi, certes, mais à sa façon, Mary Travers a été un personnage historique. Pourtant, dans son parcours unique qui a justement pavé la voix à ceux et elles qui ont suivi, il y a de la matière.

La Bolduc, le film de François Bouvier (Histoire d’hiver, Paul à Québec et beaucoup de séries à succès à la télé) en témoigne. Tellement de matière, en fait, qu’on a manifestement eu de la difficulté à privilégier un angle fort pour donner de la puissance au film. Celui-ci se perd dans un récit qui ressemble à un inventaire de la vie adulte de Mary Travers. L’approche est difficilement condamnable sur le principe mais elle donne lieu à une oeuvre qui y perd en intensité et en émotion.

Arts

Alexandre Jardin: l’écrivain libre

TROIS-RIVIÈRES — Sans doute se trouve-t-il des écrivains que le succès a éloigné de ceux qui les font vivre: les lecteurs. Pas Alexandre Jardin. Parfaitement conscient que le Salon du livre de Trois-Rivières n’a pas l’ampleur de ceux de Montréal ou de Québec qu’il connaît pour les avoir fréquentés, il n’en traversera pas moins l’Atlantique dans le seul but de venir assumer son rôle de président d’honneur du salon trifluvien. Et discuter avec ses lecteurs, bien sûr.

«C’est bizarre mais je ne connais pas Trois-Rivières alors que je connais pourtant bien le Québec, avouait-il au téléphone depuis un café parisien achalandé à en juger par le bruit environnant. Quand on m’a proposé d’assister à votre Salon du livre, j’ai donc accepté tout de suite: c’est une très belle occasion de présenter mon dernier livre mais surtout de découvrir une nouvelle ville. L’autre raison, c’est qu’ayant beaucoup lu sur le Québec, j’ai fantasmé sur Trois-Rivières. C’est un berceau du lien qui nous unit aux Québécois. Trois-Rivières est une capitale du français en Amérique du Nord et un des premiers endroits sur le continent où des liens se sont tissés entre la population locale et les Français.»

N’empêche, un écrivain de sa stature semble destiné à de plus prestigieux événements internationaux. «Je préfère, et de loin, ce format à celui du Salon du livre de Paris, par exemple, plaide-t-il avec conviction. Je suis allé au dernier et j’y suis resté 25 minutes, strictement par obligation. Je n’y ai eu aucun plaisir. Il ne se passe rien dans les gros salons. On ne peut avoir aucune conversation intime avec les lecteurs. C’est simplement commercial. Chez vous, je pourrai avoir un vrai contact avec les gens, des rencontres réelles. J’ai hâte.»

Écouter

«Mon principal intérêt à aller dans les salons du livre, c’est l’écoute. C’est un endroit où on peut s’écouter les uns les autres. Pour moi, c’est vrai avec le public mais ça l’est aussi avec les autres auteurs. Rien n’est plus passionnant que d’écouter d’autres auteurs parler de ce qui les inspire, de comment ils travaillent, etc. Or, ce n’est dans ce genre d’événements qu’on peut le faire. Même au sein des maisons d’édition, les auteurs ont peu de contacts entre eux.»

Un troisième motif vient en tête de l’écrivain pour justifier son intérêt pour le salon trifluvien. Un motif peut-être plus primordial que les autres: ce qu’il appelle le miracle des Québécois. 

Le miracle? « Oui, oui, tout à fait! Les Québécois se livrent beaucoup plus que les Français, explique-t-il. Même qu’il n’y a aucun rapport entre les deux publics à mes yeux. Les gens ont chez vous plus accès à leur vérité intime. C’est extraordinaire d’être rapidement en contact avec la vérité de quelqu’un. En décembre dernier, j’étais à Québec pour des séances de signature suite à la parution de mon dernier roman et ce que les gens m’y ont dit m’a sidéré.»

Spécifions que le livre, Ma mère avait raison, porte sur la maman de l’écrivain, une femme scandaleuse, foncièrement libre, parfaitement indifférente aux conventions. Le genre de femme à habiter dans la même maison que son mari et ses trois amants.

«Je me souviens d’une dame, relate Alexandre Jardin, au bout d’une file d’attente à Québec, une femme que je ne connaissais pas qui m’a dit qu’à la suite de la lecture du bouquin, elle avait décidé d’avouer à son chum ce qu’elle ne lui avait encore jamais dit: que ce qu’elle aime pendant la relation sexuelle, c’est qu’on la gifle sur tout le corps! Le livre lui avait donné ce courage. Il y a même un homme qui m’a demandé de dédicacer le livre à sa femme décédée. Évidemment, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu que si elle revenait à la vie, il voudrait qu’elle lise mon roman. Il était dans sa vérité intime sans aucune forme de gêne.»

«Et ce qui est bien chez vous, c’est que ce n’est pas générationnel, je pense que c’est culturel. On le constate aussi bien chez les jeunes que les plus vieux. C’est ce à quoi je m’attends à Trois-Rivières.»

Enseigner

Le président d’honneur du Salon du livre de Trois-Rivières 2018 sera très présent lors de l’événement. En plus de se prêter à bon nombre d’entretiens, de faire la lecture à un groupe de tout petits, il offrira une classe de maître. Qu’a-t-il à révéler à des écrivains? «Un exemple de ce que je vais leur dire, c’est de toujours être très clairs quant au sujet dont il traite à travers leur intrigue. Souvent, les livres sont dévorés par leur propre intrigue. Ce qui compte, c’est le sujet et le lien avec le moi profond de l’écrivain.»

«Prenez Cyrano, illustre-t-il. Si on dit que c’est une pièce sur un homme avec un grand nez, on reste dans l’intrigue. Le sujet, c’est notre beauté cachée, un sujet immense et universel. Il faut que l’écrivain aille beaucoup plus loin en lui-même pour révéler son point de vue particulier sur le sujet choisi. Si je prends mon dernier roman qui apparaît comme un livre sur ma mère, en fait, c’est un roman sur la possibilité d’être radicalement soi-même.»

Arts et spectacles

Ça tombe bien mal

Trois-Rivières — En 1974, l’Amérique s’inquiétait de la violence qui régnait dans les rues de ses grandes villes. Les guerres de gangs liées au commerce de la drogue faisaient des ravages. Les corps de police étaient débordés, presque impuissants, au point où certains cultivaient le fantasme que le simple citoyen puisse se faire lui-même justice. Brian Garfield en avait fait un roman, Wendell Mayes, un scénario et Michael Winner, un film, Un justicier dans la ville. C’était il y a 44 ans.

Aujourd’hui, l’Amérique doit être toujours aussi inquiète parce qu’elle s’arme comme jamais. Ça aurait pu être un sujet intéressant pour un scénario original mais des producteurs ont préféré se rabattre simplement sur le film de 1974. Comme quoi les choses changent moins qu’on aime le croire.

Arts et spectacles

Florissante Bloom

«Je ne suis pas stressée. J’ai vraiment fait cet album dans la joie et la bonne humeur. Tout découle de cette énergie, saine et positive. Je suis super bien avec le résultat et la direction prise.»

Ce ton heureux et cette aisance ne pourraient être plus loin de la nonchalance. Fanny Bloom est juste en paix. « Je suis au bon endroit, au bon moment. »

Elle n’en ressent pas moins l’excitation de lancer un troisième album, Liqueur, mais le processus quasi parfait qui l’a menée à cet aboutissement a fait pâlir les doutes et estompé le stress émanant de sa nature anxieuse.

« Je pense que j’avais une équipe de fou autour de moi. C’est vraiment un beau cadeau que je me fais. »

Partir sans destination est parfois le meilleur moyen d’aller à la rencontre de son instinct. Sans but, nulle pression. « Au départ, j’ai vraiment travaillé de pair avec Thomas (Hébert) et Julien (Harbec), qui étaient aussi de la Patère rose. On n’était pas censés faire un album. Ça faisait deux ans que je proposais aux garçons de nous rasseoir pour faire d’autres tounes, sans but précis en tête. Ils ont embarqué. On a fait des séances de création, en nous disant que si c’était mauvais, on s’en foutait, on le mettrait à la poubelle. » Mais la poubelle a connu une période de jeûne.

« On s’exilait en dehors de la ville pendant trois ou quatre jours avec l’objectif de faire une chanson par jour », souligne la jeune femme originaire de la Montérégie. « On créait la musique ensemble au début de la journée. On partait from scratch et à la fin de la journée, on allait se coucher avec une chanson, une intro, des couplets, refrain, outro, bridge, tout le kit », raconte l’auteure des onze morceaux de l’album qui sera lancé le 8 mars et offert en magasin le lendemain.

« C’était vraiment saisir l’instant. C’était quelque chose qui sortait maintenant. On a surfé là-dessus pour tout l’album. Je ne sais pas si ce sera un succès. J’ai l’impression que d’enlever cette pression joue beaucoup dans la qualité de toute œuvre. Il faut se détacher de nos propres barrières. Il faut le faire pour soi. »

La quiétude des vieux amis

Quand on lui demande si c’est l’opus qui la représente le mieux, elle précise qu’elle ne tourne surtout pas le dos aux précédents. « Mes albums m’ont toujours bien représentée au moment où je les sortais. Je suis dans cette vibe-là, mais je pense c’est la première fois que je suis aussi près de ma personnalité. On a fait les choses de façon instinctive, en nous faisant confiance. J’ai rempli les objectifs que je m’étais donnés. »

Ce ton apaisé, elle l’attribue en grande partie à l’équipe qui l’a entourée dans le processus. Des coéquipiers de longue date, pour la plupart sherbrookois, avec qui la chimie se crée naturellement. « C’est dur à expliquer. C’est quelque chose que je ne retrouve avec personne au monde. Quand on est tous les trois, avec notre bagage, il y a beaucoup de tendresse, d’écoute, d’amour. On met vraiment nos talents respectifs au service de la création. C’est comme quand tu rentres chez vous, ado, et que ça sent le macaroni au fromage, ou alors comme des pantoufles tellement confortables. J’ai aussi retravaillé, pour une chanson, avec Étienne Dupuis-Cloutier, qui a réalisé les deux autres albums. C’est du monde avec qui je suis habituée de collaborer, avec qui ça connecte et ça va vite. »

Pour en arriver à cet album, il fallait toute une chaîne de production qui embrasse la philosophie établie pour la création. « Chez Grosse Boîte [l’étiquette de disque], je me suis sentie outillée et entourée pour faire ce que j’avais envie de faire, sans pression. J’ai été très privilégiée d’avoir cette liberté de création. On dirait que la vie m’a tout donné pour cet album. »

Grosse ouate

Un précédent qui, l’espère-t-elle, servira de base pour le reste de sa carrière. « J’ai tellement fait ça dans la grosse ouate! Je veux que ça continue, parce que ç’a été tellement trop facile. C’est dur de revenir en arrière quand tu as vécu ça. J’ai vécu d’autres productions qui m’ont amenée à vivre celle-là. Je me suis préparée. Tout ce que je pouvais mettre de mon bord, je l’ai mis. Avec un peu d’expérience, tu sais comment t’entourer et ce qu’il te faut pour créer et être au maximum de tes capacités. »

Autant dans sa musique que dans sa personnalité, Fanny Bloom incarne la bonne humeur et la joie de vivre. Il va donc de soi que l’opus rayonne de cette énergie. « Des fois, tu as envie de regarder un feel good movie, d’être bien et de te laisser porter par ça. C’est un peu ça que j’ai voulu faire même en étant la face collée dessus. Je pense que c’est un feel good album, qui parle d’amour mais qui parle aussi d’autres choses de manière différente. J’ai essayé de m’éloigner de mes patterns d’écriture avec des trucs un peu plus narratifs », explique-t-elle, donnant comme exemple Juré craché, monologue d’une soirée bien arrosée. « J’étais dans mes pantoufles, mais ça ne m’a pas empêchée de me donner des défis à l’intérieur de ces créations, avec les thèmes et les textes. »

Vous voulez y aller?
Fanny Bloom

Vendredi 16 mars, 21 h
La Petite Noîte noire
Entrée : 16 $ (prévente : 13 $)