La chanteuse Julie Massicotte.

La voix, et après?: «La machine, ça m'a tuée»

Les concours télévisés se succèdent, les participants aussi. Si quelques-uns d'entre eux parviennent à se tailler une place dans le marché musical et à gagner un public, certains devront retourner à leur besogne et classer leur passage sous l'onglet des belles expériences. Bénédiction ou pas? À sa première édition, La voix avait donné des ailes à trois représentants de la région, Julie Massicotte, Jaël Bird Joseph et Valérie Carpentier, qui sera couronnée reine, au final. La jeune femme originaire de Sainte-Anne-de-la-Pérade a connu une véritable explosion qui continue d'illuminer le firmament musical, mais qu'en est-il des deux autres? Retour sur une expérience qui génère beaucoup d'attentes, mais pas toujours les résultats espérés.
Julie Massicotte lors de son passage à <em>La voix</em>.
En quatre ans, la poussière a eu le temps de retomber et il est plus facile d'y voir clair. Quand on lui demande de nous parler de son passage sur le plateau de TVA, Julie Massicotte ne passe pas par quatre chemins. «La machine, ça m'a tuée. Ça m'a démotivée.» Durant les huit mois qu'a duré son aventure à La voix, elle a été soufflée dans des hauteurs inespérées et elle a cru que c'était là que sa carrière «partait». «Le pouvoir de la télé est incroyable. Les gens me reconnaissaient, je signais des autographes. C'est 2,6 millions de personnes qui te découvrent. J'étais connue du milieu, mais pas du public», raconte celle qui s'est rendue jusqu'aux demi-finales avant d'être éjectée. La chute a été brutale. «Après La voix, j'ai fait une dépression», confie-t-elle. «J'ai pleuré ma vie. J'y croyais tellement. J'y ai mis tellement d'énergie et d'effort.»
Après cet épisode douloureux, elle a dû retrouver le goût de chanter qu'elle avait perdu dans cette aventure. «Après une expérience comme celle-là, il faut que tu te redéfinisses. À 20 ans, j'aspirais à une carrière internationale! Aujourd'hui, j'en ai 45 et je suis sur mon X, je suis en paix.»
Le goût lui est revenu en chantant aux funérailles d'une amie. «Sa mort m'a chamboulée et c'était tout naturel que je chante à ses funérailles. Interpréter des chansons pleines d'émotions m'a redonné l'envie de chanter», confesse la chanteuse d'origine trifluvienne qui sera à l'Auberge Godefroy dimanche pour un spectacle piano-voix dans lequel elle interprète des chansons de Ginette Reno.
Malgré le passage à vide qui a suivi sa participation, elle le referait sans hésiter. «C'est unique au monde vivre ça! De plus, ça m'a permis de rencontrer un public.»
Jaël Bird Joseph
Les pieds sur terre
De son côté, Jaël Bird Joseph est reconnaissant de l'apprentissage qu'il a pu en tirer.  «Ce fut une école pour la grosse scène, les gros spectacles, les medias sociaux, le marketing et la possibilité de travailler avec les meilleurs producteurs en Amérique du Nord», raconte-t-il. Pour lui, la fin de l'aventure n'a pas été éprouvante. «Tout est une question d'attente. Je n'avais aucune, mais aucune attente. Tout le surplus c'était du bonbon et du surbonheur!», dit-il. «Après 20 ans, je sais où je me situe au niveau artistique, je savais que je pouvais passer la première ronde. À chaque étape, j'étais juste content.»
Pourtant, avec le recul, il admet que les premières semaines lui ont monté à la tête. «Je me sentais important alors que dans la vie on est un parmi des milliards», philosophe-t-il. «Je me suis autorégulé et c'était correct. Le contexte est tellement favorable à ça.»
Jaël Bird Joseph roule sa bosse depuis un bout et son passage au petit écran lui a donné une importante leçon qui lui permet de mieux mener sa carrière aujourd'hui. «Je me suis rendu compte que je ne connaissais rien!», rigole-t-il. «Ça m'a donné confiance. J'ai appris à cibler les bons collaborateurs. Maintenant que je sais comment les vrais de vrais travaillent, c'est plus facile pour moi. Il y avait des choses que j'espérais de mes collaborateurs et que je n'arrivais pas à trouver et on me disait que c'était moi qui étais trop exigeant. Pourtant, quand je suis arrivé avec cette équipe, je me trouvais paresseux. Ça m'a donné un bon repère.»
«Mon travail des deux dernières années a été de trouver ces collaborateurs qui sont authentiques et qui font de la musique pour les bonnes raisons et de tasser cette game-là. J'ai envie de faire partie du milieu mais je sais que je ne fitte pas dans le moule. J'ai d'ailleurs été surpris de me rendre aussi loin à La voix parce que je voyais bien que je ne fittais pas», concède le Trifluvien qui lancera prochainement un premier vidéoclip.
Il l'admet d'emblée, la visibilité était inespérée et excellente. «Il y a beaucoup de fans de l'émission. Si tu ne continues pas à faire d'autres émissions et que tu ne restes pas dans l'univers des médias grand public, on t'oublie rapidement, mais au travers de ça, il y a beaucoup de fans sincères qui sont encore là aujourd'hui», convient-il. «Les vrais gagnants, ce sont ceux qui ont quelque chose à offrir.»
Les deux participants de la première édition s'entendent sur une chose: leur passage dans le populaire concours télévisé a été marqué par une vague d'amour et de respect. «J'ai eu un beau passage, notamment sur les réseaux sociaux», mentionne Jaël Bird Joseph en soulignant qu'il n'a pas eu de commentaires déplacés à son endroit. «Les gens m'ont aimé sur les réseaux sociaux, contrairement à certains de mes collègues qui ont été malmenés.»
Elyann Quessy
Elyann Quessy: «J'ai craché tellement longtemps sur ces concepts d'émissions-là»
Pour Elyann Quessy qui a vu son aventure se terminer tout dernièrement, elle n'a que de bons mots sur son expérience. «J'ai craché tellement longtemps sur ces concepts d'émissions-là. Je viens d'une famille de musiciens et j'ai énormément de respect pour le chemin plus long et laborieux. J'ai tellement travaillé fort sur des productions indépendantes où tu es moins payé, tu travailles super fort, mais tu ne rejoins pas autant de gens que tu voudrais», raconte la jeune femme originaire de Shawinigan-Sud qui a regardé l'émission pour la première fois l'an dernier et qui a décidé de se présenter aux auditions. «Je ne sens pas que j'ai vendu mon âme au diable. C'était la première chose sur ma liste, de rester moi-même et de ne pas plier. L'équipe a respecté ça tout le long»,
Si un passage devant plusieurs millions de personnes peut monter à la tête, Elyann Quessy savoure ce moment de gloire en gardant le regard sur l'horizon. «L'impact de 90 secondes de chanson, c'est plus grand que nature, dans le meilleur ou dans le pire. Ça peut-être freakant. C'est étourdissant», admet-elle.
«Je suis tellement bien entourée. Quand tu es bien entourée de gens vrais et de vraies connexions, mon chum mes amis, ma famille, ce n'est pas difficile de garder la tête froide», analyse celle qui a plusieurs projets sur la table qu'elle ne peut dévoiler pour le moment.
La vie continue...
... pour Julie Massicotte
Avec son retour sur scène, Julie Massicotte a l'impression de revivre. «C'est un projet qui me permet de revenir après La voix et de chanter. Ça m'a tellement allumée.» Le choix de porter les chansons de Ginette sur scène n'est pas aléatoire. En plus d'avoir côtoyé la grande chanteuse québécoise sur divers projets, elle se reconnaît dans ses chansons. «Je réalise que ce répertoire, je le porte comme un gant. C'est comme si ça avait été écrit pour moi. Je raconte mon histoire au public par le biais de ses chansons. On se ressemble un peu elle et moi dans l'intensité et la passion, surtout.»
Elle a de grandes visions pour ce spectacle qui la stimule au plus haut point. Julie Massicotte, qui s'implique à tous les niveaux de ce projet, envisage une tournée et, pour ce faire, elle travaille à bâtir une équipe autour d'elle. 
«C'est un work in progress. Je veux améliorer ce show et ajuster selon les commentaires du public. Je me fais plaisir et je fais plaisir au public.»
... pour Jaël Bird Joseph
Avec la sortie de son à album à l'automne dernier The Journal of Forgotten Memories, il travaille à une série de vidéoclips avec plusieurs réalisateurs de la région de Trois-Rivières. La première réalisation qui a comme trame de fond Hey, Pretty Eyes sera d'ailleurs dévoilée le 3 mai prochain et soulignera son attachement profond pour la cité de Laviolette. «La vidéo a été tournée entièrement à Trois-Rivières avec des gens d'ici. J'ai grandi aux États et en Ontario, mais ma famille était originaire d'ici et je me suis installé ici depuis quelques années. Je me suis toujours senti chez moi ici. Oui, j'écris en anglais et j'ai grandi ailleurs, mais Trois-Rivières c'est spécial pour moi.»