Évidemment, le film La Bolduc offre aux spectateurs quelques chansons interprétées par Debbie Lynch-White qui feront sans doute discrètement taper du pied.

La Bolduc: une icône à découvrir

CRITIQUE / À bien y penser, il est surprenant qu’on n’ait pas fait un film sur la Bolduc avant 2018, nous qui nous identifions si étroitement à nos grands artistes de scène. Ce n’est ni Céline ni Alys Robi, certes, mais à sa façon, Mary Travers a été un personnage historique. Pourtant, dans son parcours unique qui a justement pavé la voix à ceux et elles qui ont suivi, il y a de la matière.

La Bolduc, le film de François Bouvier (Histoire d’hiver, Paul à Québec et beaucoup de séries à succès à la télé) en témoigne. Tellement de matière, en fait, qu’on a manifestement eu de la difficulté à privilégier un angle fort pour donner de la puissance au film. Celui-ci se perd dans un récit qui ressemble à un inventaire de la vie adulte de Mary Travers. L’approche est difficilement condamnable sur le principe mais elle donne lieu à une oeuvre qui y perd en intensité et en émotion.

La premiers plans de La Bolduc montrent sa fille Denise, interprétée par la Trifluvienne d’origine Rose-Marie Perreault, qui, en fouillant dans une boîte de souvenir, se remémore la vie de sa mère en disant que c’est parce qu’elle l’a connue avant sa carrière artistique qu’elle peut en arriver à lui pardonner. C’est bien plus tard qu’on comprend ce qu’elle lui reproche qui sert d’axe au scénario avec, au même titre, la place de La Bolduc dans le parcours des femmes vers l’émancipation.

La Bolduc ne porte que sur la période montréalaise de la vie de Mary Travers (Debbie Lynch-White). Jeune adulte, elle crève pratiquement de faim en compagnie de sa colocataire Juliette Newton (Bianca Gervais). Elle rencontre l’amoureux rêvé, Édouard Bolduc (Émile Proulx-Cloutier) dans une soirée dansante, et leur union est féconde même si l’argent est rare. Le rôle de mère de famille se présente comme son inéluctable destin. Tant pis si l’argent est rare.

Comme elle joue du violon, son amie Juliette l’incite à se proposer pour remplacer un violoneux malade qui joue au Monument national. On l’engage. De violonneuse, elle gradue comme chanteuse et l’affection du public lui est immédiatement acquise. Viennent les disques et le succès qui assure à sa famille un supplément de revenu considérable. Son mari prend mal la chose, humilié qu’il est de ne pas être le seul soutien de famille. C’était l’époque. Le succès inattendu de la première auteure, compositrice et interprète du Québec la happe avec ce que cela comporte de déchirements.

Tout cela est raconté dans une grande simplicité. Si ce n’est du flash-back initial, le récit est chronologique. Il survole plusieurs chapitres pourtant intéressants et nous laisse l’impression qu’il y a trop à dire. Il aurait peut-être été plus efficace de cibler un ou des épisodes en omettant certains pans de la vie de la chanteuse. Ce qu’on aurait perdu en information, on l’aurait gagné en intensité dramatique et en scènes fortes, ce qui manque à La Bolduc.

La direction artistique du film est exceptionnelle. Décors, maquillages, costumes, éclairages nous transportent dans la dure existence quotidienne des années 30.

Plusieurs aspects sont touchés par le scénario qui se refuse à les approfondir. Il y a bien la question de l’émancipation des femmes sous la gouverne de Thérèse Casgrain qui est au centre de l’histoire mais on n’en tire pas tant de choses, finalement. On comprend que La Bolduc était profondément une femme de son temps, refusant d’adhérer aux revendications des suffragettes comme elle rejetait l’idée de constituer le symbole d’une femme émancipée. Elle a plutôt été kidnappée par le succès, en somme.

La relation avec son mari est un autre filon recélant un potentiel d’approfondissement qu’on n’a pas retenu. Émile Proulx-Cloutier fait un travail très convaincant, exactement dans le ton de la réalisation. Si convaincant qu’il nous fait regretter de ne pas aborder son personnage plus loin qu’en surface. La déchirure morale de Denise, la fille qui, inspirée par sa mère, rêve d’une carrière au cinéma et qui doit plier devant les diktats de l’époque nous fait le même effet. Le succès de La Bolduc malgré la crise économique, à moins que ce ne soit précisément à cause de ça, était une autre avenue fascinante qu’on n’a pas exploitée.

Au final, on a un récit qui m’est apparu trop anecdotique. La Bolduc fait penser aux séries biographiques qu’on peut voir en feuilletons à la télé. Avec, il importe de le préciser, une facture visuelle très nettement supérieure à n’importe quelle production télévisuelle. Les spectateurs ont évidemment droit à quelques chansons, certaines quasiment intégrales, toutes interprétées très convenablement par Debbie Lynch-White.

Qui, mieux qu’elle, aurait pu incarner la Bolduc? se demande-t-on en quittant la salle. C’est un incontestable hommage à son travail. Elle a opté pour un jeu en retenue qui transmet efficacement les émotions du personnage comme sa difficulté à assumer complètement son propre succès. Les maquilleurs ont notamment fait un travail extraordinaire pour la vieillir de façon très réaliste, ce qui n’est pas fréquent au cinéma. Dire qu’elle offre une interprétation transcendante serait assurément exagéré mais elle est très bonne. Elle est La Bolduc.

Rose-Marie Perreault n’occupe pas l’écran si longtemps mais on comprend très bien ce que les réalisateurs lui trouvent. Son visage plaît énormément à la lentille et il exprime sans effort de forts sentiments. Elle semble posséder un talent assez rare pour le cinéma.

Les interprètes sont une des bonnes raisons d’aller voir ce film. Malgré ses lacunes, c’est un document tout à fait intéressant et fort agréable à regarder sur un personnage marquant de notre histoire artistique. C’est un film bien réalisé qui plaira sans doute à une grande majorité des spectateurs.

La Bolduc

* * 1/2

Drame biographique de François Bouvier avec Debbie Lynch-White, Émile Proulx-Cloutier et Rose-Marie Perreault

Le parcours de la première auteure, compositrice et interprète québécoise qui a apporté du réconfort aux Québécois pendant la crise.

On aime: la direction artistique extrêmement juste.

On aime moins: Un scénario trop banal qui n’arrive pas à donner une grande intensité au film.