Francis Gagnon

Francis Gagnon, créateur de zombies à Las Vegas

À mesure que les outils de communication se développent, on dirait que le monde rapetisse et que les opportunités se multiplient. On en veut pour preuve le cas de Francis Gagnon, musicien et concepteur de son d'origine trifluvienne qui a décroché le contrat de la conception sonore d'une nouvelle attraction majeure à Las Vegas .
Francis Gagnon marie depuis une dizaine d'années sa passion de la musique au sein du groupe Jardin mécanique et son autre passion, adjacente, pour la conception sonore. S'il a une formation assez conventionnelle dans le premier volet avec son diplôme d'études collégiales en guitare jazz du cégep St-Laurent, c'est en autodidacte qu'il a développé son expertise du côté des technologies sonores. 
«Comme musicien, expliquait-il récemment depuis Las Vegas, j'ai réalisé que j'aurai toujours à travailler étroitement avec des gens de son pour leur expliquer les sonorités que je désire obtenir. Pour mieux arriver à le leur expliquer, j'ai compris qu'il me fallait en apprendre davantage de ce côté. Par mes recherches personnelles et grâce à plein d'amis qui ont étudié dans le domaine, je me suis plongé là-dedans passionnément.»
«Avec les avancées technologiques, l'avantage, aujourd'hui, c'est qu'on peut expérimenter par soi-même, simplement en utilisant son ordinateur personnel sans avoir besoin des consoles de son et de tout l'équipement normal de reproduction.» 
Si l'objectif demeure de posséder la formation pour aider le musicien en lui, il reste que son expertise lui a ouvert de nouveaux chemins et permis d'obtenir des contrats de conception sonore pour des clips, notamment, ou même des jeux vidéo. Recruté au sein de la firme montréalaise Triotech, il a, par exemple, réalisé le son des cinématiques du très populaire jeu Deus Ex: Mankind Divided de la compagnie Eidos-Montréal.
Las Vegas
C'est justement chez Triotech qu'il a été approché pour réaliser le contrat de création de l'environnement sonore d'une toute nouvelle attraction qui va bientôt voir le jour à Las Vegas. Il s'agit d'une attraction immersive portant le nom de Fear of the Walking Dead Survival inspirée de la série télévisée éponyme. C'est un parcours intérieur d'une superficie de quelque 8000 pieds carrés séparés en une quinzaine de pièces au milieu duquel les visiteurs sont plongés dans un monde de zombies avec les éléments visuels, sonores, mécaniques et humains pour créer une illusion totale. L'idée étant de leur donner, pendant la trentaine de minutes que dure le parcours, les frissons de leur vie.
Francis Gagnon travaille sur le projet depuis la mi-janvier et le tout sera complété et opérationnel d'ici quelques semaines. Quand Le Nouvelliste lui a parlé, fin juillet, il était sur place, à Las Vegas, pour superviser les travaux d'installation. «La plupart du temps, indique-t-il, dans les étapes de conception, par exemple, je peux travailler depuis Montréal mais je n'ai pas le choix d'être sur place pour réaliser les tests et constater comment tout ça sonne en réalité. On peut faire bien des simulations mais chaque espace a sa résonance propre qui nous oblige à effectuer de multiples ajustements du son. Étant donné qu'on a là des installations vraiment complexes avec plusieurs dizaines d'enceintes acoustiques par pièce dont plusieurs agencements surround qui s'emboîtent, le travail d'ajustement est particulièrement délicat et doit absolument être fait sur place.»
«C'est vraiment un très gros projet, le plus gros sur lequel j'ai travaillé jusqu'ici, de calculer l'homme de 32 ans. L'idée, c'est de plonger les gens dans l'univers télévisuel de la série et c'est pourquoi nous travaillons en collaboration avec la maison de production AMC qui a réalisé la série télé. Mon rôle à moi, c'est de créer les ambiances pour assurer une expérience complètement immersive. Cet hiver, on en discutait, on avait des plans, des idées dans nos ordinateurs mais là, on est vraiment plongés dedans et c'est très excitant.» 
Le spécialiste n'en est pas tout à fait à ses premières armes dans le domaine puisque, à une plus petite échelle, il a effectué un travail similaire à L'Hôtel54, une attraction de Saint-Jean-sur-Richelieu que les amateurs de sensations fortes connaissent sans doute. Dans le cas de Fear the Walking Dead Survival, il a eu à dénicher ses propres effets sonores dans toutes sortes de banques de sons mais aussi à partir de ce que AMC a fourni d'échantillonnages sonores de zombies utilisés dans la série télévisée.
«La recherche n'est qu'un des aspects de mon travail qui implique aussi de me pencher sur des aspects mécaniques, électriques ou scénographiques de l'aménagement. Je travaille avec les installateurs selon des plans techniques préalablement dessinés. C'est assez large comme expertise de sorte que ça va me permettre d'aborder d'autres projets d'envergure s'il s'en présente. C'est sûr que j'aimerais beaucoup en faire d'autres, d'autant que Triotech travaille avec des partenaires un peu partout dans le monde. Ils ont notamment réalisé l'attraction Ninja Go qu'on retrouve dans les parcs Legoland à travers le monde.»
La nouvelle attraction de Las Vegas sera située sur la rue Fremont, dans la portion de cette artère appelée Fremont Street Experience qui a fait l'objet d'énormes efforts de revitalisation depuis quelques années au point d'être devenue un centre d'intérêt aussi fréquenté que ne l'est la célèbre Strip. «C'est l'fun aussi de voir toute l'affluence de gens dans la rue, note Francis Gagnon, en sachant que dès qu'on va ouvrir nos portes, une bonne partie d'entre eux vont entrer chez nous. C'est motivant de travailler sur un projet dont on sait qu'il va avoir une grande portée.» 
L'affluence qu'il constate est d'autant plus significative que la fin juillet est loin de constituer la période la plus achalandée dans ce coin du Nevada où la température est excessivement élevée à cette époque de l'année. «Il faisait 47º C quand je suis arrivé l'autre jour et en soirée, après le coucher du soleil c'était quand même 41ºC! Parce que c'est sec, c'est quand même supportable.» 
Souhaitons-lui quand même que les zombies prospèrent et se reproduisent à l'air climatisé.
Fidèle à Jardin mécanique
Le succès du volet conception sonore de sa carrière n'éloigne pas Francis Gagnon de sa vocation première de musicien. Il poursuit l'aventure riche et singulière de Jardin mécanique, trio qu'il forme avec Sylvain de Carufel et Philippe Coulombe.
«J'ai fait le choix de ne poursuivre la musique qu'au sein d'un seul groupe contrairement à Phil et Sylvain qui collaborent tous les deux avec plusieurs autres formations. Je participe activement aux compositions de Jardin mécanique avec Sylvain. J'aime vraiment la direction qu'on a prise et c'est là-dedans que je me sens le plus à l'aise. Le groupe existe depuis nos études secondaires. Le concept musical et théâtral qu'on a mis en place nous offre une infinité d'options de sorte qu'on n'arrivera jamais au bout de notre inspiration.»
Ce concept de spectacles éclatés, sortes d'opéra-rock dans lesquels la musique est appuyée par une complexe mise en scène théâtrale avec une esthétique unique et décalée d'inspiration steampunk permet effectivement toutes sortes de propositions. Ainsi, le groupe a mis sur pied un projet de bande dessinée dont les héros sont les personnages qu'ils incarnent au sein du groupe. «On travaille avec le dessinateur Jeik Dion qui a notamment signé les dessins pour Turbo Kid et Amos Daragon. On a lancé une campagne de sociofinancement sur Kickstarter avec un objectif de ramasser les 20 000 $ nous permettant de réaliser la bande dessinée. On a finalement amassé 24 600 $, ce qui a été un succès inespéré. On a ainsi pu donner plus d'ampleur au projet pour en faire un album d'une centaine de pages en couleur qui va s'intituler L'asile de St-Iscariote.»
«L'histoire va raconter l'origine de nos personnages de scène et sa réalisation est déjà commencée. Ça va être édité en français et en anglais. Comme notre musique est exclusivement en français, ça va nous ouvrir la porte des marchés anglo-saxons comme les États-Unis où on est déjà assurés d'une distribution. On a été renversés de voir la provenance des contributions dont plusieurs sont venues d'aussi loin que la Thaïlande, l'Allemagne ou l'Australie.»
Parallèlement à ce projet, le groupe bosse sur son troisième album à venir dans les prochains mois. Jardin mécanique continue aussi de se produire sur scène comme ils l'ont fait à cinq reprises entre le 14 et le 23 juillet dernier dans le cadre du Zoofest à Montréal.