Florissante Bloom

«Je ne suis pas stressée. J’ai vraiment fait cet album dans la joie et la bonne humeur. Tout découle de cette énergie, saine et positive. Je suis super bien avec le résultat et la direction prise.»

Ce ton heureux et cette aisance ne pourraient être plus loin de la nonchalance. Fanny Bloom est juste en paix. « Je suis au bon endroit, au bon moment. »

Elle n’en ressent pas moins l’excitation de lancer un troisième album, Liqueur, mais le processus quasi parfait qui l’a menée à cet aboutissement a fait pâlir les doutes et estompé le stress émanant de sa nature anxieuse.

« Je pense que j’avais une équipe de fou autour de moi. C’est vraiment un beau cadeau que je me fais. »

Partir sans destination est parfois le meilleur moyen d’aller à la rencontre de son instinct. Sans but, nulle pression. « Au départ, j’ai vraiment travaillé de pair avec Thomas (Hébert) et Julien (Harbec), qui étaient aussi de la Patère rose. On n’était pas censés faire un album. Ça faisait deux ans que je proposais aux garçons de nous rasseoir pour faire d’autres tounes, sans but précis en tête. Ils ont embarqué. On a fait des séances de création, en nous disant que si c’était mauvais, on s’en foutait, on le mettrait à la poubelle. » Mais la poubelle a connu une période de jeûne.

« On s’exilait en dehors de la ville pendant trois ou quatre jours avec l’objectif de faire une chanson par jour », souligne la jeune femme originaire de la Montérégie. « On créait la musique ensemble au début de la journée. On partait from scratch et à la fin de la journée, on allait se coucher avec une chanson, une intro, des couplets, refrain, outro, bridge, tout le kit », raconte l’auteure des onze morceaux de l’album qui sera lancé le 8 mars et offert en magasin le lendemain.

« C’était vraiment saisir l’instant. C’était quelque chose qui sortait maintenant. On a surfé là-dessus pour tout l’album. Je ne sais pas si ce sera un succès. J’ai l’impression que d’enlever cette pression joue beaucoup dans la qualité de toute œuvre. Il faut se détacher de nos propres barrières. Il faut le faire pour soi. »

La quiétude des vieux amis

Quand on lui demande si c’est l’opus qui la représente le mieux, elle précise qu’elle ne tourne surtout pas le dos aux précédents. « Mes albums m’ont toujours bien représentée au moment où je les sortais. Je suis dans cette vibe-là, mais je pense c’est la première fois que je suis aussi près de ma personnalité. On a fait les choses de façon instinctive, en nous faisant confiance. J’ai rempli les objectifs que je m’étais donnés. »

Ce ton apaisé, elle l’attribue en grande partie à l’équipe qui l’a entourée dans le processus. Des coéquipiers de longue date, pour la plupart sherbrookois, avec qui la chimie se crée naturellement. « C’est dur à expliquer. C’est quelque chose que je ne retrouve avec personne au monde. Quand on est tous les trois, avec notre bagage, il y a beaucoup de tendresse, d’écoute, d’amour. On met vraiment nos talents respectifs au service de la création. C’est comme quand tu rentres chez vous, ado, et que ça sent le macaroni au fromage, ou alors comme des pantoufles tellement confortables. J’ai aussi retravaillé, pour une chanson, avec Étienne Dupuis-Cloutier, qui a réalisé les deux autres albums. C’est du monde avec qui je suis habituée de collaborer, avec qui ça connecte et ça va vite. »

Pour en arriver à cet album, il fallait toute une chaîne de production qui embrasse la philosophie établie pour la création. « Chez Grosse Boîte [l’étiquette de disque], je me suis sentie outillée et entourée pour faire ce que j’avais envie de faire, sans pression. J’ai été très privilégiée d’avoir cette liberté de création. On dirait que la vie m’a tout donné pour cet album. »

Grosse ouate

Un précédent qui, l’espère-t-elle, servira de base pour le reste de sa carrière. « J’ai tellement fait ça dans la grosse ouate! Je veux que ça continue, parce que ç’a été tellement trop facile. C’est dur de revenir en arrière quand tu as vécu ça. J’ai vécu d’autres productions qui m’ont amenée à vivre celle-là. Je me suis préparée. Tout ce que je pouvais mettre de mon bord, je l’ai mis. Avec un peu d’expérience, tu sais comment t’entourer et ce qu’il te faut pour créer et être au maximum de tes capacités. »

Autant dans sa musique que dans sa personnalité, Fanny Bloom incarne la bonne humeur et la joie de vivre. Il va donc de soi que l’opus rayonne de cette énergie. « Des fois, tu as envie de regarder un feel good movie, d’être bien et de te laisser porter par ça. C’est un peu ça que j’ai voulu faire même en étant la face collée dessus. Je pense que c’est un feel good album, qui parle d’amour mais qui parle aussi d’autres choses de manière différente. J’ai essayé de m’éloigner de mes patterns d’écriture avec des trucs un peu plus narratifs », explique-t-elle, donnant comme exemple Juré craché, monologue d’une soirée bien arrosée. « J’étais dans mes pantoufles, mais ça ne m’a pas empêchée de me donner des défis à l’intérieur de ces créations, avec les thèmes et les textes. »

Vous voulez y aller?
Fanny Bloom

Vendredi 16 mars, 21 h
La Petite Noîte noire
Entrée : 16 $ (prévente : 13 $)

Un peu de Gilles Vigneault

Fanny Bloom (à droite) est au nombre des huit artistes ayant participé à un atelier d’écriture dirigé par Gilles Vigneault en janvier 2017. On reconnaît également, de gauche à droite, Daniel Boucher, Caracol, Geneviève Binette, Alex Nevsky, Mouffe, Vincent Vallières, Catherine Leduc et Antoine Corriveau.

L’atelier d’écriture que Fanny Bloom a suivi avec Gilles Vigneault en janvier 2017 a assurément contribué à cet état d’apaisement ou, à tout le moins, au sentiment de satisfaction. « Ç’a m’a beaucoup outillée. On est pas mal seul dans la création, il n’y a pas une équipe de 25 en arrière de toi pour te dire : "Oui! Ça c’est une bonne phrase." Avec le temps, je me suis un peu enfermée dans certains patterns et je ne savais plus trop comment m’en sortir pour débloquer la création, pour que ce soit plus facile et que les images me viennent plus facilement. Les ateliers, ça m’a donné des clés pour débarrer ça, cette inspiration qui était en surface dans mon cerveau, mais que je n’étais pas capable d’aller chercher, parce que je réfléchissais trop. »

Parmi les nombreux enseignements qui lui sont restés, il y a cette phrase : « T’as le droit de dire je t’aime, ça dépend juste de la sincérité avec laquelle tu le dis. » Cette ligne du grand Gilles Vigneault, la principale intéressée l’a reçue comme une révélation. « C’est vrai! Pourquoi s’empêcher de dire les choses si c’est ça qu’il faut que tu dises pour que le message passe. Même si c’est la chose la plus simple, go for it! Des fois, tu essaies tellement de faire de belles phrases qui ont du sens et qui sont poétiques, mais il y a de la belle poésie tellement simple. »

FANNY BLOOM
Liqueur
POP ROCK FRANCO
Grosse Boîte