«Complémentarité agréable»

Trois-Rivières — Mathilde Cinq-Mars et Caroline Roy-Element ont toutes les caractéristiques des complices de toujours. Pourtant, même si les deux Trifluviennes ont le même âge et ont toujours gravité dans les mêmes univers sociaux, c’est la première fois qu’elles collaborent ensemble sur l’ouvrage "Le dernier mot", un roman graphique très touchant où deux mondes, l’écriture et le dessin, se fondent en toute finesse.

Le récit est celui d’un vieil homme de 82 ans qui révèle à sa famille qu’il ne sait ni lire ni écrire et de l’onde de choc qui vient avec ce secret longtemps et bien gardé.

«On avait l’idée, Malthide et moi, d’échanger des textes et des dessins pour collaborer éventuellement. Puis, un soir de février, il y avait de la neige dehors, j’étais dans ma petite chambre en train d’écrire et je cherchais des idées. Je suis allée voir les illustrations que Mathilde m’avait envoyées et il y avait le dessin d’un homme qui portait un manteau noir, l’air accablé. La silhouette était collée sur une page de livre, ce qui me donnait l’impression qu’il marchait dans une tempête, parce qu’il était entouré de mots», raconte Caroline Roy-Element à propos de la genèse de ce projet qui remonte à trois ans. 

À la suite de cet éclair d’inspiration, elle a proposé une page de texte à Mathilde Cinq-Mars. Cette dernière l’a aussitôt relancée en lui proposant d’en faire un projet plus long. Dès le début, Mathilde a fait des démarches avec différentes maisons d’édition. Mécanique générale a rapidement montré de l’intérêt pour cette histoire qui semble avoir une source très personnelle. Pourtant, elle n’est nullement inspirée d’un fait vécu. 

«C’est simplement l’inspiration du dessin. Mais j’avoue que ç’a créé beaucoup de confusion jusqu’à maintenant!», rigole Caroline Roy-Element. «C’est tiré de l’imagination. C’est certain que ce sont des questions qui me touchaient à la base pour écrire un texte.»

Pour celle qui écrit depuis toujours et qui a étudié en littérature, il est difficile de concevoir que quelqu’un puisse vivre toute une vie sans les mots. 

«J’aime écrire des histoires qui semblent être proches de moi mais, en même temps, j’aime les inventer. C’est sûr que dans ce que j’écris, il y a des petits éléments véridiques que je brasse mais qui donnent au final une fiction», mentionne la jeune auteure également pâtissière et vidéaste.

«Je pense qu’il y a l’histoire d’un personnage analphabète mais, pour moi, la thématique que je cherchais à approfondir, c’est celle de la famille. De ce qu’on ne dit pas, de ce qui ne passe tout simplement pas, le fait qu’on se tient pour acquis, souvent, et qu’on oublie de s’intéresser à la personne, pour vraiment aller au-delà des liens familiaux.»

L’histoire sensible et criante de vérité trouve une résonnance fusionnelle avec les illustrations de Mathilde Cinq-Mars. «On a des styles vraiment complémentaires», se réjouit Caroline qui ne tarit pas d’éloges envers sa comparse. «J’avais totalement confiance en elle. J’ai à peine eu besoin de lui donner des commentaires. Elle s’est plongée dans l’histoire et elle a étudié le texte en détail.» 

«Je suis contente que ça ait été un travail de longue haleine parce qu’on a vraiment été accompagnées tout le long du processus. De prendre notre temps, c’était vraiment bien parce que ça nous a laissé le temps de mûrir, toutes les deux. De plus, on avait la confiance de l’éditeur. Ça fait trois ans qu’il avait envie de publier notre projet et qu’il avait confiance que ça allait donner quelque chose de beau. Même si ç’a été long, il n’y a jamais eu d’inquiétude. Ça fait trois ans que je sais que je vais être contente du produit final!», sourit Caroline Roy-Element.

Les deux femmes ont des vies et des cahiers de projets bien remplis, elles n’ont pas encore eu le temps de plancher sur une autre ébauche. «Je retravaillerais avec Mathilde n’importe quand. J’ai trouvé dans cette collaboration-là, une complémentarité agréable. Le travail d’équipe fait la force des projets.» Le livre se retrouvera sur les tablettes dès le 7 novembre.