Bruce Willis défend avec son habituel aplomb le médecin qui décide de se faire justice lui-même après le meurtre de son épouse dans Un justicier dans la ville.

Ça tombe bien mal

Trois-Rivières — En 1974, l’Amérique s’inquiétait de la violence qui régnait dans les rues de ses grandes villes. Les guerres de gangs liées au commerce de la drogue faisaient des ravages. Les corps de police étaient débordés, presque impuissants, au point où certains cultivaient le fantasme que le simple citoyen puisse se faire lui-même justice. Brian Garfield en avait fait un roman, Wendell Mayes, un scénario et Michael Winner, un film, Un justicier dans la ville. C’était il y a 44 ans.

Aujourd’hui, l’Amérique doit être toujours aussi inquiète parce qu’elle s’arme comme jamais. Ça aurait pu être un sujet intéressant pour un scénario original mais des producteurs ont préféré se rabattre simplement sur le film de 1974. Comme quoi les choses changent moins qu’on aime le croire.

À l’époque, c’est à Charles Bronson qu’on avait confié le rôle du citoyen qui prenait les armes. Aujourd’hui, c’est à Bruce Willis. On n’est pas perdant au change. Le chauve sexagénaire apparaît toujours parfaitement à son aise dans un rôle de justicier. Il est bien conservé, le bougre.

Il prend la peau de Paul Kersey, un chirurgien, marié à une femme charmante dont il est toujours amoureux et ils ont une fille qui s’apprête à entrer à l’université. Lors d’une invasion de domicile, des malfrats tuent l’épouse et blessent sérieusement la fille. Débordée par les cas d’homicides, la police de Chicago est inefficace à retracer les coupables. Kersey pète discrètement les plombs. Il se procure une arme et part en croisade pour faire payer les meurtriers de sa femme. Sur son chemin, il sème anonymement une flopée de cadavres de méchants. Les médias et le public prennent conscience de sa croisade et voit en lui un ange gardien faisant enfin le ménage dans la ville.

On n’a pas senti, quarante-quatre ans plus tard, le besoin de changer l’essence du scénario. Eli Roth, reconnu pour son approche outrancière de la violence et son goût prononcé pour le scabreux, reprend ici sans originalité les paramètres du film initial, si ce n’est qu’il lui donne une teinte d’ironie. À défaut d’être original, le film a une sorte de dangereux pouvoir cathartique: le héros, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est ambivalent, descend les méchants avec une furieuse efficacité et ça semble faire l’affaire de tout le monde, police incluse. Un détective flaire néanmoins la tromperie mais comme on n’élimine que de la racaille, est-ce si grave?

En 1974, Un justicier dans la ville avait fait un tabac au box-office mais avait été décrié par la critique qui y voyait une dangereuse apologie de la violence. On comprend, et on ne voit pas comment il en serait autrement aujourd’hui. Les tout récents événements de Parkland, en Floride, ont redonné au débat sur la réglementation des armes à feu, une douloureuse pertinence.

Avant même que le film ne prenne l’affiche, le réalisateur a eu à défendre sa vision. À ceux qui l’accusent de prendre une position d’extrême-droite en proposant aux citoyens de se faire eux-mêmes justice, Eli Roth répond que son film est plutôt une dénonciation par l’absurde de cette position. Il est vrai que quelques clins d’oeil vont dans ce sens et que Roth est reconnu pour son approche outrancière. Dans The Green Inferno (2013), il se complaisait dans l’horreur vécue par un groupe d’étudiants américains détenus dans une tribu cannibale dans la jungle. Difficile de l’accuser de faire l’apologie du cannibalisme. Plus récemment, avec Knock Knock (2015), c’était le calvaire d’un honnête homme pris en otage et torturé par deux jolies jeunes femmes folles à lier.

Il reste qu’Un justicier dans la ville est un film excessivement violent et marqué, comme l’original, par une utilisation infernale des armes à feu. Tout cela est une caricature qu’il faut absolument regarder comme telle mais dans le contexte actuel, le film tombe bien mal et va susciter une bien inutile controverse supplémentaire. Aura-t-il un effet néfaste sur certains exaltés? Espérons que non, évidemment, mais ce qui est sûr, c’est que personne n’a besoin de ça.

Au générique

cote: * *

Titre: Un justicier dans la ville

Genre: Drame policier

Réalisateur: Eli Roth

Acteurs: Bruce Willis, Elisabeth Shue et Vincent d’Onofrio.

On aime: le travail de Bruce Willis.

On aime moins: le manque de personnalité de ce bête remake.