François "FA2" Dubé, Louis-Alexandre Beauchemin, Philippe C. Leboeuf et François Pothier Bouchard sont devenus producteurs avec tout ce que cela entraîne de risques et de préoccupations.

Aller plus loin que jamais

Trois-Rivières — Dans quelques jours à peine, le 8 novembre, les quatre gars de Qw4rtz présenteront la première montréalaise de leur tout nouveau spectacle, leur troisième, intitulé "Le meilleur des quatre". Au bout du fil, depuis Montréal, ils sont fébriles, rieurs, heureux.

«On est vraiment dans la dernière portion de la préparation, le fine tuning, explique Philippe C. Leboeuf. On a vraiment hâte de le présenter.» Trois-Rivières n’aura pas à patienter trop longtemps puisque la première trifluvienne est fixée au 12 novembre.

Et qu’entendent-ils par «fine tuning?». «Évidemment, tout le spectacle est placé, solide, dit François Pothier Bouchard. À cette étape-ci, on regarde des vidéos de notre travail en rodage et on cherche ce qu’on pourrait améliorer, s’il n’y aurait pas une façon plus efficace de lancer une réplique ou des gestes qui seraient meilleurs.»

Les gars calculent que ça fait six mois qu’ils travaillent activement sur ce spectacle. «Pendant qu’on offrait les dernières représentations du précédent, on écrivait le nouveau, soutient Louis-Alexandre Beauchemin. C’était parfait parce que comme on maîtrisait parfaitement les exigences de notre deuxième spectacle, on pouvait imaginer les défis du prochain, ce qu’on pourrait faire de plus audacieux mais aussi ce qu’on avait envie de raconter aux gens. On a pris énormément de notes et quand on a retrouvé Serge (Postigo, le metteur en scène), on lui a lu toutes nos idées pour faire des choix et bâtir le spectacle suivant.»

«En fait, enchaîne François Dubé, ce nouveau spectacle est l’occasion de réaliser ce qui n’était souvent que des fantasmes qu’on avait en tête mais qu’on n’avait pas osé ou pas pu réaliser avant. Par exemple, on va offrir notre version de Bohemian Rhapsody, le grand classique de Queen. Ça faisait longtemps que les gens nous le demandaient. Eux se souviennent toujours de la première partie de la chanson avec la mélodie et les superbes harmonies vocales, mais oublient que dans la seconde portion, toute l’instrumentation entre. C’est un beau défi!»

«On a déjà dit de nous qu’on fait de la haute voltige sans filet mais ce spectacle-là, c’est de la plus haute voltige encore et toujours sans filet. C’est intéressant, le danger, pour nous comme pour les spectateurs, en autant qu’on ne se casse pas la gueule!»

Se réinventer 

«Ça fait partie de mon mandat avec eux, dit Serge Postigo, le cinquième gars de Qw4rtz. Je cherche à explorer les limites du spectacle vivant à travers le chant a capella. Au-delà des prouesses vocales, de l’humour dont on les enrobe, de l’histoire qui est racontée dans la trame dramatique, il y a déjà la question de ce qu’on arrivera à faire dans le prochain spectacle. On sait qu’à chaque fois, on doit se réinventer sinon, on va refaire à chaque fois le même spectacle et ça, ce n’est pas une option.»

«J’adore quand je leur propose quelque chose et qu’ils me disent qu’ils ne seront pas en mesure de le faire. C’est là qu’on fait nos meilleurs numéros. Depuis environ six ans qu’on travaille ensemble, notre relation a évolué. Aujourd’hui, il n’y a plus de pudeur entre nous, je sais que je peux les mettre au défi, même vocalement, et eux me font confiance.»

«Dans ce spectacle-ci, poursuit le metteur en scène, il y a des éléments que les gens n’ont jamais vus: des nouvelles chansons, des façons inédites d’en faire d’autres, des raisons différentes pour lesquelles on les fait. Les thèmes aussi, sont nouveaux. Par exemple, on explore l’idée de la discorde dans le groupe et on s’amuse avec ça. On prend également plaisir à transgresser le côté puriste que le groupe a toujours eu par rapport à la voix humaine. Cette fois, on intègre de l’électronique pour l’associer à la voix et emmener celle-ci plus loin, explorer de nouvelles limites. On n’a plus peur de la technologie: on l’intègre. Ça ajoute une couche supplémentaire.» 

Mais, sent le besoin de préciser Louis-Alexandre, sans jamais que la technologie ne prenne la première place avant le vivant, le facteur humain qui reste l’immuable essence de Qw4rtz.

«Ce qui est bien avec Serge, c’est qu’il reçoit les idées mais les questionne toujours pour qu’on définisse très clairement pourquoi on rajoute tel élément, telle blague et que tout ait sa raison d’être. Cette fois, on coécrit le spectacle avec lui et je pense que les gens vont constater l’évolution et la différence que ça fait. J’ai clairement l’impression que ce nouveau spectacle représente la quintessence de là où on voulait aller déjà dans les précédents.»

«On se connaît tous mieux, on sait ce que l’on aime faire, ce que le public apprécie, ce qu’on fait le mieux et tout ça nous amène plus loin artistiquement, dans de nouveaux chemins», complète François Pothier Bouchard.

Le meilleur des quatre comptera une bonne cinquantaine de titres, présentés intégralement ou dans des pots-pourris. «On a puisé dans un bassin d’environ 250 chansons qu’on avait envie de faire. On a choisi les chansons qui avaient la même profonde résonance pour chacun de nous. Ça va autant du côté de gros succès radio actuels que dans la chanson francophone ou anglophone plus classique. Forcément, on a aussi puisé dans notre album A capella 101

Le thème central du spectacle, dont témoigne astucieusement le titre, c’est l’idée de l’individualité. «Le fil d’Ariane, dit Philippe, c’est d’amener les spectateurs à mieux connaître chacun des membres du groupe, chaque individualité qui, quand elles se regroupent, se transforment en un tout beaucoup plus riche. Bien sûr, l’humour est toujours là pour rendre le spectacle plus plaisant mais on exploite beaucoup l’autodérision. Envers les individus mais aussi envers le groupe même.»

Qw4rtz n’a donc pas changé avec les années. Le quatuor demeure fidèle à sa vocation initiale faite de musique et d’humour mais cette fois, il aborde une nouvelle étape de sa progression avec la confiance que donne le succès, la maîtrise que donne le travail et l’amour du métier que donne la passion.

Artistes et producteurs

Les défis constants que se donnent les membres de Qw4rtz les emmènent là où ont ne les attend pas. Pour leur nouveau spectacle, par exemple, les quatre chanteurs sont devenus producteurs avec tout ce que cela entraîne de risques et de préoccupations.

«C’est beaucoup de travail, c’est sûr, admet François Pothier Bouchard, mais ça nous donne quelque chose de plus: la liberté de faire le spectacle qu’on veut vraiment. Nous avons été de toutes les étapes de production. Ça nous a fait des semaines de 70 heures de travail au cours des derniers mois, mais c’est excitant.»

«Dès le départ, poursuit François Dubé, nous avons pu décider où on avait envie d’entraîner les spectateurs et on s’est donné les moyens pour y arriver. C’est très satisfaisant en tant que créateur même si ça vient avec beaucoup de responsabilités.»

Les deux compères admettent que ça ajoute un stress supplémentaire qui n’était peut-être pas souhaité mais disons qu’il est quelque peu atténué par le rythme de vente des billets, nettement plus que satisfaisant. «En choisissant le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts pour la première montréalaise, on a visé plus haut que pour notre spectacle précédent, c’est clair, constate Philippe. Mais si on avait pris des paris sur le nombre de billets qu’on allait vendre,on serait tous arrivés en bas des chiffres que nous avons présentement. Et même en additionnant toutes nos prévisions! C’est quasiment surréel. La réponse du public est vraiment extraordinaire. À la salle Thompson, pour la représentation du 12 novembre, on est rendu à quelque chose comme 800 billets vendus et la vente va bien pour la suivante, le 25 mai.»

Qw4rtz n’a jamais fait un secret de son ambition de promener ses spectacles au-delà des frontières du Québec; c’est peut-être avec Le meilleur des quatre que la porte de l’Europe va s’ouvrir définitivement. «On adorerait l’exporter outre Atlantique, convient Louis-Alexandre. D’ailleurs, notre répertoire compte des succès européens au même titre que des chansons d’ici. On est conscient que ça peut nécessiter une petite adaptation pour bien marcher là-bas et ça ne cause pas de problème. Essentiellement, ce qu’on fait, c’est de la musique avec une pointe d’humour et je pense que notre propos est assez universel pour rejoindre tout le monde.»

«L’expérience nous a démontré qu’on touche un très vaste public qui va de 7 à 77 ans: c’est un autre atout. On a réellement mis sur pied le spectacle dont nous rêvions tous et on pense que ça peut avoir être bien reçu hors du Québec. N’empêche que pour l’instant, notre priorité demeure la tournée québécoise qui s’en vient.»