Arts Magazine

Un monde de beauté

Trois-Rivières — Il était considéré comme pur prodige dès l’adolescence. À 37 ans, après de nombreuses années de tournées à travers le monde, le violoniste québécois Alexandre Da Costa est devenu musicien, cet alchimique mélange de dextérité et d’émotion qui confère à la musique son âme.

Il convie le public trifluvien à un partage dans le cadre de son spectacle Stradivarius à l’opéra à la salle Thompson le 23 février prochain. Pour ce faire, il a choisi une formule où il occupe la scène avec neuf autres musiciens sous des éclairages tonitruants, avec projections vidéo futuristes, costumes, etc. «C’est un véritable show qu’on a monté, dit Alexandre Da Costa avec un malin plaisir, en intégrant divers éléments mais la musique demeure toujours le point central et essentiel.»

Arts et spectacles

De belles attentes pour 2018

On s’entend que 2017 a offert de nombreux motifs de réjouissances aux amateurs d’art, de spectacles et de culture dans la région. Le mouvement ne donne pas de signe d’essoufflement et plusieurs événements inscrits dans le calendrier de 2018 retiendront l’attention. On jette un rapide coup d’œil sur quelques-uns de ceux-ci.

Le spectacle du Cirque du Soleil sur les Colocs

À chaque année désormais, le spectacle hommage du Cirque du Soleil est l’objet d’énormément d’attention. Stone a démontré que la qualité même du spectacle a un impact majeur sur son succès. La critique très positive pour Stone lui a permis de faire beaucoup mieux aux guichets que Tout écartillé en 2016. Qu’en sera-t-il des Colocs? Qu’est ce que les concepteurs du Cirque du Soleil trouveront comme trame de base pour présenter l’œuvre de ce groupe qui a marqué la musique québécoise? Et qu’est-ce que le magicien Jean-Phi Goncalves saura faire avec cette musique souvent festive, mais parfois empreinte aussi de beaucoup d’émotion? On a déjà hâte de voir et d’entendre tout ça.

Arts

L’année de l’accession au sommet de Denis Villeneuve

Trois-Rivières — La carrière de Denis Villeneuve est en orbite depuis déjà longtemps mais l’année 2017 aura été celle d’une certaine consécration puisqu’elle l’a propulsé à des sommets inégalés pour un Québécois dans la Mecque du cinéma américain et ce, plutôt deux fois qu’une.

Il y a d’abord eu la cérémonie des Oscars en février dernier lors de laquelle le p’tit gars de Gentilly a vu son film Arrival mis en nomination à pas moins de huit reprises dont dans la catégorie du meilleur réalisateur et du meilleur film. D’accord, Villeneuve n’a pas quitté le Dolby Theater avec entre les mains l’une ou l’autre de ces deux précieuses statuettes mais un membre de son équipe, le Québécois Sylvain Bellemare, a reçu l’Oscar pour le montage sonore. Connaissant la propension de Denis Villeneuve à donner crédit à ses collaborateurs, on peut penser qu’il était très sincèrement heureux de cet honneur.

Il reste que le Gentillois est sorti gagnant de la cérémonie puisqu’il est désormais considéré comme un des plus grands réalisateurs au monde. À tel point qu’on lui avait déjà confié l’incroyable mandat de réaliser la suite du très grand classique de Ridley Scott Blade Runner.

Sa version, Blade Runner 2049, est sortie sur les écrans le 6 octobre dernier. Si les critiques ont été dithyrambiques au Québec, même chez les plus exigeants, elles ont été légèrement plus mitigées au États-Unis où certains des plus crédibles observateurs du cinéma ont crié au génie alors que d’autres se sont montrés plus réservés, reprochant le plus souvent à Denis Villeneuve d’avoir été peut-être un peu trop respectueux de l’œuvre dont il s’inspirait et qui reste pour lui un film phare. Personne n’a cependant mis en doute la qualité exceptionnelle de la mise en scène, de la direction artistique et de la photographie.

Gilles Leblanc, président de Ciné-Campus et une véritable sommité pour tout ce qui touche le cinéma, est du côté des enthousiastes. «Blade Runner 2049 a été un de mes beaux plaisirs de cinéma de l’année. Pour moi, c’est une réussite extraordinaire. Et ce n’est pas une première puisqu’il avait réalisé de grands films dans le passé dont Arrival et Incendies. Il possède une maîtrise technique hors du commun mais la surprise avec lui, c’est que même dans des films de genre, il a son propre style, une touche qui lui appartient en propre.»

Arts

Une année bien remplie

Il n’y a jamais d’année banale dans le monde de l’actualité mais 2017 aura été particulièrement riche en événements de toutes sortes dans le monde des arts et de la culture en Mauricie. Jetons un rapide coup d’œil sur quelques-uns des événements qui auront marqué ces 365 jours bien remplis.

17 janvier

Le cabaret-spectacles Le Satyre qui était implanté sur la rue des Forges au centre-ville trifluvien annonce qu’il ferme officiellement ses portes après moins d’un an d’existence puisqu’il avait ouvert ses portes en mai 2016. Les propriétaires ont indiqué qu’il leur était devenu impossible d’assurer la rentabilité de la salle d’environ 150 places.

26 février

Lors de la cérémonie de remise des Oscars, le film Arrival du Gentillois Denis Villeneuve était en nomination pour huit récompenses dont celle pour le meilleur film et le meilleur réalisateur de l’année. Il s’en est finalement tiré avec une seule statuette pour le montage sonore réalisé par le Québécois Sylvain Bellemare. À Gentilly, une soirée de gala a été organisée pour visionner sur écran géant la retransmission télévisée de la cérémonie avec quelques centaines de spectateurs dont quelques invités d’honneur.

26 février

Ouverture de l’exposition La question de l’abstraction au Centre d’exposition Raymond-Lasnier de la Maison de la culture. Cette exposition arrivait tout droit du Musée d’art contemporain de Montréal et constituait la plus prestigieuse exposition jamais présentée au CER-L et une première collaboration de la sorte entre un établissement trifluvien et un des quatre musées nationaux du Québec. Quelque 104 oeuvres de 56 artistes parmi les plus marquants de l’histoire de l’art visuel au Québec étaient présentées aux spectateurs. Au terme de l’exposition de deux mois, près de 5000 entrées ont été enregistrées pour en faire un grand succès.

4 mars

La cinéaste d’origine trifluvienne Chloé Leriche remporte le prix du meilleur film québécois de 2016 des critiques de cinéma pour son œuvre Dans les rues tournée à Wemotaci entièrement en langue atikamekh, une première. C’était le neuvième prix remporté par ce film depuis sa sortie.

4 mars

Le chef d’orchestre et arrangeur trifluvien Pierre Peterson est officiellement accusé d’agression sexuelle sur une mineure. Dans la foulée, on annonce la fin prématurée de la saison du Grand Orchestre de la Mauricie qu’il avait fondé et qu’il dirigeait toujours.

Cinéma

Le trip à trois: plus qu’un titre aguichant

Trois-Rivières — Il est rare qu’un simple titre suffise à attirer de nombreux spectateurs dans les salles obscures. Parions que ce sera le cas avec la nouvelle comédie de Nicolas Monette intitulée Le trip à trois.

Notez que ce film a bien d’autres attraits et de plus convaincants puisque l’affiche annonce la présence de Martin Matte, Mélissa Désormeaux-Poulin, Bénédicte Décary ou Anne-Élisabeth Bossé. Séduisant. 

Au-delà de cette impressionnante brochette, le plus gros argument de vente est peut-être qu’il s’agit d’une comédie légère qui sort tout juste à temps pour les congés des fêtes. Or, s’il y a une période de l’année où on veut se divertir sans se casser la tête, c’est bien celle-là. «C’est vrai, convient le réalisateur, que ça tombe plutôt bien et je suis content parce que notre offre est assez unique. Ça me fait plaisir de voir qu’à travers les films de science-fiction et les gros films de Noël pour enfants, il y a de la place pour une comédie québécoise. Et comme c’est un film qui porte sur le couple, je pense que ça va susciter l’intérêt du public. On sait à quel point les Québécois aiment rire et les réactions qu’on a eues aux visionnements préliminaires ont été très positives.»

N’en déplaise aux voyeurs, Monette soutient que le sujet de son film, c’est comment sauver son couple de la monotonie, cette scélérate qui s’allie avec le temps pour miner l’amour petit à petit. «En parallèle, il y a l’aspect de la sexualité qui apparaît souvent comme une solution miracle à ce problème. Alors, je me disais que de voir un couple ordinaire confronté à ce problème était une solide base pour faire une bonne comédie.»

«L’idée d’un trip à trois, on y a tous pensé à un moment ou à un autre. Ce que je trouvais intéressant, c’est l’idée non pas qu’un couple y pense, mais qu’il passe à l’étape suivante et l’organise, ce qui ne peut pas être aussi simple qu’on l’imagine. Et comme je n’ai aucunement le talent de scénariste, j’ai confié l’idée à Benoît Pelletier, un excellent scénariste, lui.»

Par contre, le choix des interprètes c’est Nicolas Monette. Comme il avait travaillé avec Martin Matte pour réaliser le tout dernier épisode de sa série Les beaux malaises, on s’imagine que Matte s’est imposé naturellement pour être la tête d’affiche masculine. Qui d’autre qu’un humoriste chéri des Québécois dans une comédie, n’est-ce pas? Ce n’est pourtant pas si simple. 

«Ce que je voulais surtout, c’est utiliser le rire pour passer un message plus chargé émotivement. Ça, c’est quelque chose que Martin fait particulièrement bien dans ses spectacles quand il parle de son frère, victime d’un traumatisme craniocérébral, notamment. J’ai senti qu’il n’est pas qu’un humoriste mais qu’il y a un comédien en lui.»

«Il m’a fallu le retenir un peu de faire de l’humour. Je voulais qu’il incarne un personnage un peu beige, un peu mou. Il s’est laissé aller et je le trouve vraiment excellent.»

En Mélissa Désormeaux-Poulin, il est allé à l’opposé. Elle se mourait pour jouer dans une comédie alors qu’on le lui offre rarement. Elle s’est volontiers pliée au processus des auditions et a dû apprendre les exigences de la comédie. «Je cherchais une comédienne qui soit juste, pas une comique. Elle n’a jamais à jouer les gags parce que ce sont les situations qui sont drôles.»

«J’étais moins apeurée en apprenant ça, avoue la comédienne qui s’est bâti une crédibilité dans des rôles dramatiques dans lesquels elle excelle. Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi parce que j’adore rigoler. Mais la comédie, je l’ai apprise un peu par instinct en espionnant Martin (Matte). Il est extrêmement travaillant et il comprend instinctivement ce qu’il y a de drôle à exploiter dans n’importe quelle scène. J’ai compris qu’il y a un ton qui vient avec la comédie et que le rythme est essentiel. C’est une mécanique particulière.»

Le défi

Mélissa Désormeaux-Poulin possède cette qualité naturelle et indéfinissable qui fait les grandes actrices: elle rayonne à l’écran, presque malgré elle. Or, elle incarne ici une femme qui doit être exactement le contraire. Il a donc fallu travailler à atténuer cette présence naturelle et éclatante. «On a travaillé sur de multiples détails pour y arriver dit Nicolas Monette. Les maquillages, les coiffures, les costumes: tout était conçu pour qu’elle soit terne.»

«Mon mot d’ordre, précise la comédienne, c’était qu’Estelle devait évoluer tranquillement vers une sorte d’émancipation. Je ne voulais surtout pas reprendre le classique de la vamp qui se révèle parce que c’est d’abord et avant tout une fille ordinaire, straight. Il fallait donc qu’elle soit très réservée au départ. J’ai travaillé sa posture physique, l’absence de maquillage, des vêtements banals, etc. Tranquillement, de scène en scène, on augmentait le maquillage, on lui donnait des coiffures plus élaborées et son attitude se transformait très graduellement, subtilement. Il y avait une certaine complexité sous-jacente au personnage qui en a fait un très beau défi d’interprétation.»

À tel point qu’elle a pris goût à la comédie. «Oh oui! J‘ai vraiment eu la piqûre. Je pense que je pourrais en faire d’autres et dans d’autres styles de comédie. Pour l’instant, je dirais qu’à travers ce qu’on me propose, il y a des propositions intéressantes qui font que je vais peut-être reprendre la comédie. Mais rien n’est encore définitif.»

Cinéma

Mélissa Désormeaux-Poulin: se réinventer

Mélissa Désormeaux-Poulin a grandi devant la caméra, surtout au petit écran, dès l’âge de 9 ans. Puis il y a eu ce bouleversant long métrage qui a tout changé et révélé l’étendue de son talent dramatique : Incendies de Denis Villeneuve, en 2010 — un réalisateur avec qui elle rêve d’un autre tournage, voire d’une carrière américaine. En attendant, l’actrice de 36 ans enfile les rôles à une vitesse folle. Dont celui d’un Trip à trois, qui lui permet de casser son image.

La brune beauté a un talent naturel, mais elle travaille très fort. «Une première de classe», dit Martin Matte, qui partage l’affiche avec Mélissa Désormeaux-Poulin. Elle est d’ailleurs passée par les auditions. Pour pouvoir jouer dans une comédie, mais aussi dans un film qui présente une perspective féminine sur les relations de couple et «une crise existentielle» plus commune qu’on pense.

«J’ai tout fait pour l’avoir. […] Ça me tentait vraiment parce que ça me sortait de ma zone — j’ai fait beaucoup de drames. J’ai un côté drôle dans la vie, mais d’être drôle au grand écran, c’est une autre affaire complètement. Il faut trouver le ton, il y a un timing particulier. Ça me tentait d’explorer ça», souligne la chaleureuse actrice de noir vêtue — blouse transparente, pantalons avec des trous aux genoux et chics petites bottines rougeâtres.

Mélissa Désormeaux-Poulin incarne Estelle, une employée modèle et mère d’une petite peste qui s’enfonce dans une vie rangée auprès d’un conjoint confortable dans sa routine. Elle décide de s’offrir un trip à trois — sans lui. «Elle a besoin de se retrouver et de mettre du piment dans sa vie de couple.»

Un film représentatif de la réalité de bien des gens de la classe moyenne, estime-t-elle. Sans pour autant opter pour une solution aussi audacieuse pour brasser le quotidien. Le trip à trois repose beaucoup sur Estelle, mais aussi sur sa sœur irresponsable (et délurée), jouée par Bénédicte Décary, ainsi que ses deux amies (Geneviève Schmidt et Anne-Élisabeth Bossé). Les actrices ont contribué au scénario, notamment pour la véracité et le niveau de langue de leurs confidences, souvent de nature sexuelle, évidemment.

On est loin de la sage avocate Ariane Beaumont dans Ruptures et tout autant de l’actrice porno Carla Morelli dans Mensonges, à la télévision. Deux extrêmes qui ne la représentent pas du tout, pas plus qu’Estelle. «Ce sont des parcelles de moi qui sont sous la loupe. Je trouve ça ennuyant de me jouer, je n’y aurais aucun plaisir.» Pouvoir se glisser dans la peau de quelqu’un d’autre, «moi, c’est ça mon trip».

Week-end

Isabelle Blais: au terme d’une grande année

Trois-Rivières — S’il n’y a pas de petit rôle selon Stanislavsky, il n’y a probablement pas de petits films non plus. La comédienne d’origine trifluvienne Isabelle Blais peut en témoigner, elle qui brille dans "Tadoussac", un film à tout petit budget dont personne ne savait, au moment de son tournage, s’il pourrait seulement être distribué un jour dans des salles commerciales.

Or, il vient de sortir dans cinq salles, dont au Tapis Rouge, à Trois-Rivières. 

Ce long métrage tourné en deux semaines avec quelque chose comme 250 000 $ de budget a remporté le prix Coup de cœur du public à l’événement Trois-Rivières - Images, fêtes et films (TR-IFF), il y a deux semaines. Il était le film de clôture de l’événement Cinéma du Québec à Cannes 2017, son actrice principale a remporté un prix d’interprétation au Festival international du film francophone de Namur, et le film a décroché le Prix Spécial du jury du Festival du Film Canadien de Dieppe en plus d’être dans les sélections officielles de festivals en Abitibi-Témiscamingue, à Sao Paulo, en Thessalonique en plus d’être à Cinémania à Montréal. Pas mal pour un tout petit film sans ambition; et sa carrière ne fait que commencer.

Difficile, en le voyant, de ne pas être bouleversé par les deux principales interprètes, la jeune Camille Mongeau et Isabelle Blais qui, malgré son statut, a suivi l’astreignant processus des auditions pour décrocher le rôle. 

«Au Québec, c’est assez rare qu’on se fasse offrir des rôles sans audition, en tout cas, pour moi, disait-elle en entrevue téléphonique avec Le Nouvelliste la semaine dernière. On convient que ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable dans le métier mais je comprends très bien que ce soit nécessaire. Je ne connaissais pas le réalisateur Martin Laroche et qu’on le veuille ou non, c’est important qu’on ait une certaine chimie dans un projet comme ça.»

«En plus, il fallait bien voir si le duo des deux personnages principaux fonctionne bien à l’écran, si les énergies sont compatibles. Ce n’est pas une question de talent qu’on évalue mais de voir si telle interprète est la meilleure pour incarner tel personnage. Si j’avais été moi-même la réalisatrice, j’aurais voulu faire des auditions même en sachant que c’est difficile pour les interprètes.»

Week-end

Un auteur et compositeur libre

Trois-Rivières — Alors que de nombreux artistes peinent à produire le moindre disque, faute de perspectives de rentabilité, d’autres résistent et continuent à pérenniser leurs chansons comme cela se faisait dans le passé. C’est le cas de Mononc’Serge qui sortira le 1er décembre "Révolution conservatrice", un 12e album en carrière pour lequel il fera un lancement au café-bar trifluvien Zénob le 5 décembre.

D’où lui vient cette volonté à contre-courant? «Ma vie, c’est de faire de la musique, plaide-t-il candidement. Je ne sais pas vivre autrement. C’est vrai que le chiffre de douze albums peut paraître gros mais réparti sur 20 ans de carrière, ce n’est pas démesuré.»

S’il peut y arriver, c’est non seulement parce qu’il est un créateur prolifique, mais aussi parce qu’il est indépendant. «J’ai un contrat avec un distributeur depuis l’an 2000 mais je n’ai pas une maison de disques qui me dicte ce que je peux ou dois faire; je suis libre. Jusqu’à un certain point, on peut dire que je suis à la tête de ma propre petite entreprise. Je suis parfaitement conscient que c’est un grand privilège d’avoir cette latitude-là. En fait, je considère c’est une grande chance de simplement gagner ma vie en musique.»

L’autre face à cette médaille, c’est qu’il s’occupe de tout lui-même: la comptabilité, les demandes de subventions, la promotion, le graphisme, etc. Derrière son personnage outrancier d’iconoclaste tout azimut ayant un penchant pour le rock metal, se cache un homme résolu et rigoureux. «Je n’irais pas jusque là, répond-il, mais disons que j’arrive à me démêler et à être organisé. Ce sont des tâches souvent fastidieuses que tous les artistes n’ont pas nécessairement le temps ou l’envie de faire, mais j’aime mieux faire ça que d’avoir à me trouver un travail sans intérêt à l’extérieur du monde de la musique. Au moins, la gestion que je fais me permet de vivre de la musique; ça donne un sens au boulot. Par ailleurs, j’aime bien être au courant et en contrôle de tous les aspects de mon travail.»

# 12

Malgré sa production d’un album aux deux ans, Mononc’Serge arrive à se renouveler artistiquement. À la musique acoustique de son dernier album, 2015, Révolution conservatrice oppose un rock générique mais appuyé avec une instrumentation plus lourde. «En fait, l’idée ne vient pas de moi, admet-il. J’ai envoyé presque une trentaine de nouvelles chansons à mes musiciens sous la forme voix-guitare-contrebasse. Ce sont eux qui m’ont proposé de revenir à un rock de la vieille école, qui peut ressembler à ce qui se fait dans les années 70, par exemple, avec Neil Young ou Jimmy Hendrix. Ça ne flirte même pas avec le metal que j’ai fait avec Anonymus.»

«De mon côté, j’étais conscient que le danger quand on produit beaucoup, c’est de savoir se renouveler. Je voulais donc un album qui se démarquerait des autres et je n’avais jamais exploité la musique électrique dans mes albums précédents. Chaque chanson a été travaillée individuellement mais en cours de route, j’ai bien perçu qu’il se dégageait une homogénéité d’ensemble que je souhaitais.»

Si on a envie, en écoutant ses textes qui demeurent au premier-plan, de voir chez lui un discours revendicateur ou de critique sociale, Mononc’Serge se dissocie presque complètement de pareille démarche. «Je pense qu’il est difficile de tirer un thème général de l’album. Je m’amuse, je ne dénonce pas une position particulière. Je m’en prends un peu aux propos qu’on peut entendre sur certaines radios de Québec mais je ne milite pas pour leur fermeture non plus.»

«Je ne crois même pas qu’il y a un profond courant de pensée rétrograde qui soit en train de se répandre sur le Québec. Il y a des choses qui se disent qui me dérangent, mais en même temps, il continue d’exister une multitude de courants de pensée. Par moments, mes textes frôlent le commentaire social mais je ne fais pas de critique de la société: je laisse ça à des sociologues ou autres spécialistes qui sont bien mieux armés que moi pour le faire.»

«Je me contente de profiter de la liberté que la création me permet. J’ai des chansons qui sont sur le mode comique, d’autres, nettement plus sérieuses alors que d’autres encore sont carrément bizarres. Comme Révolution conservatrice qui est une sorte de trip dans lequel j’imagine comment serait le Québec si on revenait en arrière avec les idées qui dominaient dans les années 40. C’est loufoque plus qu’autre chose: je m’amuse, tout simplement. Tout cela est fait sans prétention.»

Pour découvrir ce que Mononc’Serge a à offrir, le public trifluvien pourra le voir gratuitement au Zénob le 5 décembre lors d’un 5 à 7 où il se fera un plaisir de rencontrer ses fans dans un lieu où il a ses habitudes.

Week-end

Les Colocs: de l’histoire ancienne

Trois-Rivières — Mononc’Serge était le bassiste de la première mouture du groupe Les Colocs au sein duquel il a évolué entre 1990 et 1995. Il est donc concerné par la présentation du spectacle du Cirque du Soleil qui sera consacré au groupe l’été prochain à l’Amphithéâtre COGECO. Cependant, le bassiste se montre indifférent devant cet hommage. «Honnêtement, je n’ai pas vraiment d’opinion sur cet événement. Les responsables du Cirque ont eu la délicatesse de me contacter pour me proposer de contribuer au spectacle et j’ai poliment refusé. Depuis mon départ des Colocs, je m’en suis tenu loin. En quittant, il était clair dans mon esprit que je devais me dissocier du groupe non pas parce que j’étais en conflit mais essentiellement parce que je ne voulais pas bâtir ma propre promotion sur le fait que j’étais un ancien des Colocs.»

«Je voulais me faire un nom par moi-même, que le public qui vient voir mes spectacles le fasse parce qu’il aime mon matériel et pas parce qu’il a une nostalgie des Colocs. J’ai été fidèle à cette ligne de pensée depuis de sorte que je ne m’associe jamais à ce qui concerne le groupe et ça a plutôt bien marché puisque le public ne m’en parle à peu près jamais.»

«Que le Cirque du Soleil veuille monter un spectacle en hommage aux Colocs, je trouve cela très bien et je leur souhaite sincèrement un gros succès. Je pense que les gens que ça concerne au premier chef, ce sont les ayants droit, les membres de la famille de Dédé. En autant que les ententes se font correctement avec eux, je n’ai aucun problème avec ça. Je comprends par ailleurs que Mike (Sawatzky, un confrère au sein du groupe) n’a pas très bien réagi parce que lui, il a fait partie des Colocs jusqu’à la fin.»

Pour illustrer à quel point Mononc’Serge est dissocié de ces cinq années de son parcours musical professionnel, qu’il suffise de dire qu’il n’a même jamais vu le film Dédé à travers les brumes, de Jean-Philippe Duval, sorti en 2009. «Je n’ai absolument rien contre le fait qu’on ait fait le film mais comme j’ai toujours pris mes distances, je n’y ai pas collaboré non plus. Je ne l’ai même pas vu. Je me doute bien qu’il y a un écart important entre la réalité que j’ai vécue et celle que le film présente. C’est normal: le film est une fiction avec un point de vu particulier. Et comme je me connais, je n’aurais pas été capable de ne pas le dire publiquement et je ne voyais pas ce que ça aurait apporté. Ça aurait provoqué une controverse complètement inutile.»

N’était-il même pas curieux de savoir comment on le dépeignait à l’écran, puisque son personnage y était bien présent? «Non, ça ne m’intéressait pas. Je n’ai pas la nostalgie des Colocs. À un moment donné, quelqu’un ayant vu le film m’a écrit que j’y étais dépeint comme une sorte de débile léger et j’ai compris que j’avais bien fait de ne pas le voir!, rigole le musicien. Tous ceux qui ont été associés au groupe m’ont unanimement fait des commentaires défavorables sur le film parce que nous le comparons forcément avec la réalité que nous avons vécue. J’ai pu constater par contre que le grand public a beaucoup aimé et c’est tant mieux.»

Est-ce à dire qu’il conserve de mauvais souvenirs de cette époque? «Non plus. J’en ai de bons comme de mauvais. Ce qui est sûr, c’est que de faire partie des Colocs m’a énormément aidé. Je me suis fait de nombreux contacts qui m’ont beaucoup servi par la suite. Ç’a été un passage déterminant dans ma carrière mais je suis passé à autre chose par la suite.»

Pour ce qui est du spectacle de l’été prochain, il n’entretient pas le projet de venir le voir, mais ne l’exclut pas non plus. 

«Je n’ai jamais vu ce que le Cirque présente à Trois-Rivières. En vérité, je n’ai vu mon tout premier spectacle du Cirque du Soleil que l’été dernier, à Montréal. Par contre, j’ai vu l’amphithéâtre trifluvien l’été dernier et j’ai été très impressionné. L’emplacement est magnifique. Si jamais l’occasion se présente, je ne dis pas que je n’irai pas assister au spectacle.»

Week-end

«Complémentarité agréable»

Trois-Rivières — Mathilde Cinq-Mars et Caroline Roy-Element ont toutes les caractéristiques des complices de toujours. Pourtant, même si les deux Trifluviennes ont le même âge et ont toujours gravité dans les mêmes univers sociaux, c’est la première fois qu’elles collaborent ensemble sur l’ouvrage "Le dernier mot", un roman graphique très touchant où deux mondes, l’écriture et le dessin, se fondent en toute finesse.

Le récit est celui d’un vieil homme de 82 ans qui révèle à sa famille qu’il ne sait ni lire ni écrire et de l’onde de choc qui vient avec ce secret longtemps et bien gardé.

«On avait l’idée, Malthide et moi, d’échanger des textes et des dessins pour collaborer éventuellement. Puis, un soir de février, il y avait de la neige dehors, j’étais dans ma petite chambre en train d’écrire et je cherchais des idées. Je suis allée voir les illustrations que Mathilde m’avait envoyées et il y avait le dessin d’un homme qui portait un manteau noir, l’air accablé. La silhouette était collée sur une page de livre, ce qui me donnait l’impression qu’il marchait dans une tempête, parce qu’il était entouré de mots», raconte Caroline Roy-Element à propos de la genèse de ce projet qui remonte à trois ans. 

À la suite de cet éclair d’inspiration, elle a proposé une page de texte à Mathilde Cinq-Mars. Cette dernière l’a aussitôt relancée en lui proposant d’en faire un projet plus long. Dès le début, Mathilde a fait des démarches avec différentes maisons d’édition. Mécanique générale a rapidement montré de l’intérêt pour cette histoire qui semble avoir une source très personnelle. Pourtant, elle n’est nullement inspirée d’un fait vécu. 

«C’est simplement l’inspiration du dessin. Mais j’avoue que ç’a créé beaucoup de confusion jusqu’à maintenant!», rigole Caroline Roy-Element. «C’est tiré de l’imagination. C’est certain que ce sont des questions qui me touchaient à la base pour écrire un texte.»

Pour celle qui écrit depuis toujours et qui a étudié en littérature, il est difficile de concevoir que quelqu’un puisse vivre toute une vie sans les mots. 

«J’aime écrire des histoires qui semblent être proches de moi mais, en même temps, j’aime les inventer. C’est sûr que dans ce que j’écris, il y a des petits éléments véridiques que je brasse mais qui donnent au final une fiction», mentionne la jeune auteure également pâtissière et vidéaste.

«Je pense qu’il y a l’histoire d’un personnage analphabète mais, pour moi, la thématique que je cherchais à approfondir, c’est celle de la famille. De ce qu’on ne dit pas, de ce qui ne passe tout simplement pas, le fait qu’on se tient pour acquis, souvent, et qu’on oublie de s’intéresser à la personne, pour vraiment aller au-delà des liens familiaux.»

L’histoire sensible et criante de vérité trouve une résonnance fusionnelle avec les illustrations de Mathilde Cinq-Mars. «On a des styles vraiment complémentaires», se réjouit Caroline qui ne tarit pas d’éloges envers sa comparse. «J’avais totalement confiance en elle. J’ai à peine eu besoin de lui donner des commentaires. Elle s’est plongée dans l’histoire et elle a étudié le texte en détail.» 

«Je suis contente que ça ait été un travail de longue haleine parce qu’on a vraiment été accompagnées tout le long du processus. De prendre notre temps, c’était vraiment bien parce que ça nous a laissé le temps de mûrir, toutes les deux. De plus, on avait la confiance de l’éditeur. Ça fait trois ans qu’il avait envie de publier notre projet et qu’il avait confiance que ça allait donner quelque chose de beau. Même si ç’a été long, il n’y a jamais eu d’inquiétude. Ça fait trois ans que je sais que je vais être contente du produit final!», sourit Caroline Roy-Element.

Les deux femmes ont des vies et des cahiers de projets bien remplis, elles n’ont pas encore eu le temps de plancher sur une autre ébauche. «Je retravaillerais avec Mathilde n’importe quand. J’ai trouvé dans cette collaboration-là, une complémentarité agréable. Le travail d’équipe fait la force des projets.» Le livre se retrouvera sur les tablettes dès le 7 novembre.