Week-end

Aller plus loin que jamais

Trois-Rivières — Dans quelques jours à peine, le 8 novembre, les quatre gars de Qw4rtz présenteront la première montréalaise de leur tout nouveau spectacle, leur troisième, intitulé "Le meilleur des quatre". Au bout du fil, depuis Montréal, ils sont fébriles, rieurs, heureux.

«On est vraiment dans la dernière portion de la préparation, le fine tuning, explique Philippe C. Leboeuf. On a vraiment hâte de le présenter.» Trois-Rivières n’aura pas à patienter trop longtemps puisque la première trifluvienne est fixée au 12 novembre.

Et qu’entendent-ils par «fine tuning?». «Évidemment, tout le spectacle est placé, solide, dit François Pothier Bouchard. À cette étape-ci, on regarde des vidéos de notre travail en rodage et on cherche ce qu’on pourrait améliorer, s’il n’y aurait pas une façon plus efficace de lancer une réplique ou des gestes qui seraient meilleurs.»

Les gars calculent que ça fait six mois qu’ils travaillent activement sur ce spectacle. «Pendant qu’on offrait les dernières représentations du précédent, on écrivait le nouveau, soutient Louis-Alexandre Beauchemin. C’était parfait parce que comme on maîtrisait parfaitement les exigences de notre deuxième spectacle, on pouvait imaginer les défis du prochain, ce qu’on pourrait faire de plus audacieux mais aussi ce qu’on avait envie de raconter aux gens. On a pris énormément de notes et quand on a retrouvé Serge (Postigo, le metteur en scène), on lui a lu toutes nos idées pour faire des choix et bâtir le spectacle suivant.»

«En fait, enchaîne François Dubé, ce nouveau spectacle est l’occasion de réaliser ce qui n’était souvent que des fantasmes qu’on avait en tête mais qu’on n’avait pas osé ou pas pu réaliser avant. Par exemple, on va offrir notre version de Bohemian Rhapsody, le grand classique de Queen. Ça faisait longtemps que les gens nous le demandaient. Eux se souviennent toujours de la première partie de la chanson avec la mélodie et les superbes harmonies vocales, mais oublient que dans la seconde portion, toute l’instrumentation entre. C’est un beau défi!»

«On a déjà dit de nous qu’on fait de la haute voltige sans filet mais ce spectacle-là, c’est de la plus haute voltige encore et toujours sans filet. C’est intéressant, le danger, pour nous comme pour les spectateurs, en autant qu’on ne se casse pas la gueule!»

Week-end

«Complémentarité agréable»

Trois-Rivières — Mathilde Cinq-Mars et Caroline Roy-Element ont toutes les caractéristiques des complices de toujours. Pourtant, même si les deux Trifluviennes ont le même âge et ont toujours gravité dans les mêmes univers sociaux, c’est la première fois qu’elles collaborent ensemble sur l’ouvrage "Le dernier mot", un roman graphique très touchant où deux mondes, l’écriture et le dessin, se fondent en toute finesse.

Le récit est celui d’un vieil homme de 82 ans qui révèle à sa famille qu’il ne sait ni lire ni écrire et de l’onde de choc qui vient avec ce secret longtemps et bien gardé.

«On avait l’idée, Malthide et moi, d’échanger des textes et des dessins pour collaborer éventuellement. Puis, un soir de février, il y avait de la neige dehors, j’étais dans ma petite chambre en train d’écrire et je cherchais des idées. Je suis allée voir les illustrations que Mathilde m’avait envoyées et il y avait le dessin d’un homme qui portait un manteau noir, l’air accablé. La silhouette était collée sur une page de livre, ce qui me donnait l’impression qu’il marchait dans une tempête, parce qu’il était entouré de mots», raconte Caroline Roy-Element à propos de la genèse de ce projet qui remonte à trois ans. 

À la suite de cet éclair d’inspiration, elle a proposé une page de texte à Mathilde Cinq-Mars. Cette dernière l’a aussitôt relancée en lui proposant d’en faire un projet plus long. Dès le début, Mathilde a fait des démarches avec différentes maisons d’édition. Mécanique générale a rapidement montré de l’intérêt pour cette histoire qui semble avoir une source très personnelle. Pourtant, elle n’est nullement inspirée d’un fait vécu. 

«C’est simplement l’inspiration du dessin. Mais j’avoue que ç’a créé beaucoup de confusion jusqu’à maintenant!», rigole Caroline Roy-Element. «C’est tiré de l’imagination. C’est certain que ce sont des questions qui me touchaient à la base pour écrire un texte.»

Pour celle qui écrit depuis toujours et qui a étudié en littérature, il est difficile de concevoir que quelqu’un puisse vivre toute une vie sans les mots. 

«J’aime écrire des histoires qui semblent être proches de moi mais, en même temps, j’aime les inventer. C’est sûr que dans ce que j’écris, il y a des petits éléments véridiques que je brasse mais qui donnent au final une fiction», mentionne la jeune auteure également pâtissière et vidéaste.

«Je pense qu’il y a l’histoire d’un personnage analphabète mais, pour moi, la thématique que je cherchais à approfondir, c’est celle de la famille. De ce qu’on ne dit pas, de ce qui ne passe tout simplement pas, le fait qu’on se tient pour acquis, souvent, et qu’on oublie de s’intéresser à la personne, pour vraiment aller au-delà des liens familiaux.»

L’histoire sensible et criante de vérité trouve une résonnance fusionnelle avec les illustrations de Mathilde Cinq-Mars. «On a des styles vraiment complémentaires», se réjouit Caroline qui ne tarit pas d’éloges envers sa comparse. «J’avais totalement confiance en elle. J’ai à peine eu besoin de lui donner des commentaires. Elle s’est plongée dans l’histoire et elle a étudié le texte en détail.» 

«Je suis contente que ça ait été un travail de longue haleine parce qu’on a vraiment été accompagnées tout le long du processus. De prendre notre temps, c’était vraiment bien parce que ça nous a laissé le temps de mûrir, toutes les deux. De plus, on avait la confiance de l’éditeur. Ça fait trois ans qu’il avait envie de publier notre projet et qu’il avait confiance que ça allait donner quelque chose de beau. Même si ç’a été long, il n’y a jamais eu d’inquiétude. Ça fait trois ans que je sais que je vais être contente du produit final!», sourit Caroline Roy-Element.

Les deux femmes ont des vies et des cahiers de projets bien remplis, elles n’ont pas encore eu le temps de plancher sur une autre ébauche. «Je retravaillerais avec Mathilde n’importe quand. J’ai trouvé dans cette collaboration-là, une complémentarité agréable. Le travail d’équipe fait la force des projets.» Le livre se retrouvera sur les tablettes dès le 7 novembre.

Arts

Ludovick Bourgeois: sans prétention

Trois-Rivières — C’est l’histoire d’un gars qui aime la musique, qui baigne dedans depuis son enfance et qui a eu, une fois adulte, la chance de remporter un populaire concours de talent. Le récit pourrait s’emballer et le jeune homme s’enfler la tête, mais ce n’est pas ainsi que semble se dessiner celui de Ludovick Bourgeois qui sait, au plus profond de ses gènes, qu’il ne faut rien tenir pour acquis.

«Pour le moment, ça n’a pas arrêté!», se réjouit-il. «Alors, je profite de ce high-là, mais je sais que ça va arriver. Je pense que, comme je ne tiens rien pour acquis, je suis conscient qu’un jour ça va arriver. Un moment donné tu as un down et c’est normal. Le fait d’avoir mon père comme modèle proche de moi ça m’aide à me préparer à ces downs-là. Les highs sont tellement le fun, que je pense que les downs en valent la peine... on verra quand ils vont arriver. Il faut que tu travailles pour que les gens t’aiment tout le temps car, au bout de la ligne, c’est grâce à eux que tu fais ce métier.»

Ludovick Bourgeois est très heureux et reconnaissant de ce qui lui arrive. Son nouveau boulot est d’ailleurs très différent du temps qu’il vendait des voitures. «Mon quotidien est différent mais ça n’a rien changé dans ma vie. Je joue toujours au hockey, je vois mes chums mais je ne vends plus de voitures», lance-t-il avec un petit sourire en coin tout en mentionnant qu’il ne considère pas son nouveau gagne-pain comme du travail.

«Honnêtement, je ne pense pas que ça va me changer. En tout cas mes amis n’ont pas l’air de trouver que j’ai changé!»
Terre à terre et investi à 100% dans ce qui lui arrive, Ludovick vit l’expérience à fond. «Je mets tout mon coeur dans ce que je fais. Si ça se poursuit, je serais le gars le plus heureux, mais si ça a à arrêter, ça arrêtera.»

Il a sûrement hérité d’un peu de sagesse de son père, Patrick, qui a aussi connu le succès dans les années 80-90. st-ce que c’est difficile de suivre les traces de son père? «Ça fait 30 ans qu’il fait de la musique alors c’est un peu normal que je me fasse parler de lui. En plus, je me fais parler de lui pour les bonnes raisons. Ça ne me dérange pas! Mes décisions ne sont pas prises pour m’éloigner de mon père, je vais avec c’est tout. Je ne peux rien changer.»

«Je fais ce que j’aime, je le fais parce que ça me ressemble, pas parce que je veux ressembler à quelqu’un.»

Éric Lapointe, le mentor
«Éric Lapointe c’est rendu mon ami», affirme Ludovick tout en devant se pincer pour être sûr qu’il ne rêve pas. Après avoir tourné tout l’été avec le monument du rock, il affirme que l’expérience a été très formatrice. «Son professionnalisme est impressionnant et qui peut surprendre pour quelqu’un qui ne le connaît pas», confie le jeune homme. «Sa tournée est tellement rôdé. Son show est écoeurant mais tout est calculé et bien fait. Il travaille tellement fort. Ce n’est pas une vedette, c’est un gars qui tripe sur la musique.»

Il a aussi été témoin du dévouement qu’Éric Lapointe a envers ses fans. «Je pense qu’il faut être proche de son monde. En spectacle, de faire 50 ou 60 photos après le show, c’est la façon de redonner aux gens qui se sont déplacés. Éric Lapointe, ou mon père, ne disent pas non à des photos, ça fait 30 ans qui font ça et ils prennent encore le temps de prendre des photos après les shows. C’est un peu la clé du succès.»

Cinéma

Francis Leclerc: se retrouver avec son père

Il aura fallu bien du temps à Francis Leclerc pour enfin oser s’attaquer à une oeuvre de son père. Vingt ans que le projet lui trotte dans la tête, vingt ans à mûrir, le temps d’être prêt, vraiment.

Le cinéaste de 46 ans n’a pratiquement jamais parlé publiquement de son père avant ces derniers mois. Ses souvenirs étaient siens, en propre. Il était d’autant plus réticent qu’il sait mieux que quiconque combien il peut être compliqué d’être le fils d’une légende, surtout quand, comme lui, on a choisi de suivre les traces du paternel dans le monde des arts. Ces années de discrétion sur ses racines familiales lui auront aussi servi à peaufiner son complexe métier de cinéaste, à donner à son talent toutes les ressources pour s’exprimer.

«C’est sûr que ce projet a été différent de tous les autres, avoue-t-il en entrevue. C’est quelque chose d’unique qui ne se reproduira plus. Ça a même été émotivement difficile mais je suis très content de l’avoir fait et je suis très fier du résultat. J’avais de la difficulté à parler de mon père dans le passé alors qu’aujourd’hui, j’en parle beaucoup, très ouvertement et je me sens bien de le faire.»

Alors qu’il était jadis agacé que les gens ne reconnaissent dans son talent que la sensibilité de son père, Francis Leclerc assume aujourd’hui beaucoup mieux cette part d’héritage. «Il m’a transmis et appris un tas de choses, évidemment, mais j’ai aussi une part de la sensibilité de ma mère qu’il ne faut pas dédaigner.»

Reste qu’il a finalement décidé d’aborder de front ce projet extrêmement personnel. «J’ai tout choisi dans ce projet, toutes les décisions sont les miennes. J’ai d’abord passé une année complète à travailler sur un scénario, seul de mon côté. Puis, j’ai fait appel à Fred Pellerin pour avoir une autre opinion. J’aime son écriture et je voulais qu’il y mette sa poésie sans que ce soit du «Fred Pellerin» comme on le connaît. On a travaillé étroitement ensemble au point où je serais parfaitement incapable aujourd’hui de dire ce qui est de lui et ce qui vient de moi.»

Pourquoi avoir choisi Pieds nus dans l’aube, premier roman de son père? «Parce que c’est clairement le plus cinématographique de ses romans. Dans Andante ou Allegro, la religion est beaucoup plus présente et ça ne me semble pas aussi pertinent. Pieds nus dans l’aube se passe au cours d’une seule année et c’est assez réaliste. Ça parle de l’amitié, l’amour, la mort: les grands thèmes. Et ses descriptions sont tellement belles.»

Cela pourrait étonner mais aux yeux de son fils, Félix n’était pas un poète. «Les gens en parlent toujours comme d’un poète: pas moi. Je trouve que ce qu’il a fait c’est de la belle littérature. Mon père n’était pas du genre poète rêveur qui passait des heures à la fenêtre à regarder la nature. Il était un peu contemplatif, c’est vrai, mais c’était un homme concret, terre à terre.»

Suivant la volonté du réalisateur, lui et Fred Pellerin sont demeurés fidèles à l’esprit au roman. «Disons que le roman est très présent dans l’adaptation. Je l’ai lu, relu et relu très souvent pour m’en imprégner. À tel point que j’ai l’impression que j’aurai finalement eu une chance extraordinaire: celle de travailler une fois dans ma vie avec mon père. J’ai quand même fait plusieurs choix importants pour en faire un film cohérent. J’ai laissé tomber des chapitres, j’ai amalgamé des personnages, je me suis donné une certaine licence dans certaines scènes. Quand, dans le livre, il assiste au bal que donnaient des Anglais, il en offre la description émerveillé d’un enfant. Alors, j’ai joué cette carte-là au maximum en embellissant la réalité avec des lustres, un orchestre, un banquet, etc. au détriment du réalisme.»

«Je sais que mon père aurait été content et qu’il aurait approuvé mes choix. C’est satisfaisant, rendu à mon âge, de savoir ce qu’on veut et d’arriver à ne plus douter.»

Malgré la fierté qu’il ressent devant le film qu’il a réalisé, malgré tout ce que l’expérience lui a apporté, Francis Leclerc est catégorique. «Je sais que je ne ferai pas d’autre adaptation d’une de ses oeuvres. Ça, j’en suis sûr. Ce chapitre de ma vie est fermé et je suis passer à autre chose. J’ai la chance, en tant que réalisateur au cinéma, de pouvoir entrer dans la tête d’un auteur pour m’en inspirer. J’ai plongé dans la tête de mon père à l’époque où il a écrit ce livre alors qu’il avait 32 ou 33 ans et ça a été une très belle expérience. Maintenant, je suis dans la tête de Stéphane Larue dont je veux adapter le roman Le plongeur.»

«En toute sincérité, j’espère qu’une autre oeuvre de mon père sera adaptée au cinéma, mais ce ne sera pas par moi.»

Cinéma

Pieds nus dans l’aube: une vision positive de la paternité

L’expérience et l’âge n’ont pas que de mauvais côtés. Ils permettent parfois à des acteurs d’hériter de rôles gratifiants de vieux sages, forts et tendres, comme celui de Léo, le père de Félix Leclerc dans Pieds nus dans l’aube, qui vient de prendre l’affiche.

Dupuis a interprété des personnages plus denses, plus complexes, plus intenses mais rarement plus attachants que celui-ci. Dans ce joli film délicat et plein de tendresse, ce Léo est la force tranquille, le pilier, solide et droit, d’une famille des années 20 unie et heureuse. «Je l’avoue, si c’est quelqu’un d’autre que Francis (Leclerc, le réalisateur) qui me l’avait proposé, je ne l’aurais peut-être pas accepté. Mais je le connais bien et j’ai bien vu que c’était un projet qui lui tenait à cœur. C’est le jour même de ma fête qu’il m’a offert de jouer le rôle de son grand-père. Et comme Francis a appelé son propre fils Léo, je me doutais bien que c’est un personnage qui était important pour lui.»

Dupuis a pris plaisir à lire le scénario, ça l’a convaincu. «J’ai trouvé que le scénario était bien écrit et que cette jolie histoire était bien racontée. Je savais aussi que ce film serait un objet particulier et précieux pour Francis. En plus, j’allais retrouver une équipe de collaborateurs que j’ai beaucoup appréciée lors de mes tournages avec lui.» Dupuis a tourné deux fois auparavant avec Francis Leclerc dans Un été sans point ni coup sûr (2008) et dans Mémoire affective (2004), un de ses meilleurs rôles en carrière.

Jouer dans un film sur Félix Leclerc quand on est cinquantenaire, qu’on a connu le monument de son vivant, ne peut être une expérience banale. «Évidemment, il y a une certaine charge émotionnelle, avoue Roy Dupuis. Félix fait partie de nous. Il est un des bâtisseurs du Québec d’aujourd’hui. Un peu comme son père était un bâtisseur à son époque alors qu’il explorait des terres dans des coins pratiquement inconnus.»

«Je trouve qu’il est parfaitement pertinent de faire un film sur un artiste comme Félix Leclerc aujourd’hui mais ça dépend comment on en parle. Il fallait que ça dépasse le fait divers. On a cherché à recréer l’univers de sa jeunesse mais avec la vision romancé que Félix lui-même a offerte à travers son roman. Oui, il y a une partie historique et les faits sont basés sur une réalité mais il y a aussi une part qui tient à l’inspiration de Félix.»

Le film est marqué par une certaine sérénité enveloppée dans des images magnifiquement mises en scène. C’est la chronique d’une enfance et d’une famille heureuse. «Je ne suis pas mécontent qu’on présente ce modèle de père sain et équilibré. Il me semble que dans le cinéma québécois, on ne l’a pas fait si souvent. C’était un homme fidèle à ses principes qu’il a transmis à ses enfants. C’est un message pertinent pour l’époque actuelle et à travers cette famille unie, les Québécois d’aujourd’hui peuvent encore se reconnaître, je trouve.»

«Présenter le beau côté d’une famille et d’un personnage de père, pourquoi pas? Je pense que c’est important qu’on ait ça de temps en temps.»
La célébration des beautés de la nature dont on est témoin avec Pieds nus dans l’aube n’est pas non plus pour déplaire à l’ardent défenseur de la nature qu’est Roy Dupuis. «Ce n’était pas évident à la lecture du scénario que la nature prendrait cette place-là et c’est au moment du tournage que j’ai vu combien elle était présente et belle. Sachant que c’était filmé en cinémascope, je savais que ce serait magnifique. Ç’a été une belle surprise. La nature fait partie de ce qu’on est, c’est une conviction profonde chez moi. L’environnement influence ce que l’on est et les grands espaces nous définissent. Je trouve qu’il y a un côté western dans ce film avec l’idée de la conquête du territoire de la part du père de Félix, justement. La production a même construit une vraie cabane en bois rond sur le bord d’une rivière, exprès pour le tournage. Ça m’a beaucoup plu.»

Arts

Valérie Milot: entre Mozart et le multimédia

En mai dernier, la harpiste Valérie Milot a donné trois concerts avec l’Orchestre métropolitain de Montréal, a conclu à Québec une tournée avec les Violons du Roy, a joué avec l’Orchestre Filharmonia i Opera Podlaska à Bialystok, en Pologne, et a complété la préparation de la nouvelle version de son spectacle Orbis. Cet extrait de son agenda 2017 illustre la versatilité de la musicienne que l’on pourra voir et entendre deux fois ce mois-ci à Trois-Rivières.

Depuis sa conquête de multiples prix prestigieux, Valérie Milot a tracé son chemin dans le monde de la musique dite classique en en repoussant constamment les frontières. La Trifluvienne a brillé en explorant les genres, certes, mais aussi les formules de collaborations avec un vaste réseau d’instrumentistes.

D’un chant de Noël à un titre de Frank Zappa ou de Simon & Garfunkel en passant par un concerto de Haendel, une sonate de Germaine Tailleferre, une danse de Debussy ou une suite de Benjamin Britten, elle a démontré sa polyvalence sur scène en solo, en duo, en trio, avec des orchestres de musique de chambre ou symphoniques, et sur les huit disques qu’elle a enregistrés.

Ce samedi avec l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières, la harpiste incarnera le volet plus classique de ses multiples personnalités artistiques, même si en ouverture de concert elle livrera la pièce plus contemporaine El Dorado, de Marjan Mozetich, qui se retrouve dans son spectacle Orbis, plus éclaté.

Sa présence sur la scène de la salle Thompson sera significative pour Valérie Milot sur divers aspects. Sous la direction du chef invité Mathieu Lussier, elle interprétera avec la flûtiste Caroline Séguin le Concerto pour flûte et harpe de Mozart, qu’elle a joué plusieurs fois et enregistré avec les Violons du Roy en 2013.

«C’est la pièce à cause de laquelle je joue de la harpe!», confie-t-elle. «Mon père est un grand fan de Mozart. C’est une pièce que j’ai beaucoup écoutée, même avant de jouer de la harpe, parce que mon père l’écoutait souvent. Et quand j’ai commencé à jouer de la harpe, j’ai voyagé Trois-Rivières-Montréal avec mes parents pendant huit ans, et le nombre de fois où on a écouté le concerto de Mozart dans l’auto, ça frôle les milliers!», se souvient-elle.

Monter sur scène avec l’OSTR cette année représente aussi un marqueur symbolique pour la musicienne de 32 ans. «C’est l’OSTR qui m’a donné ma première occasion de jouer professionnellement comme soliste. C’était en 2007, avec Gilles Bellemare. D’y revenir 10 ans plus tard, il y a comme un principe de boucle», constate-t-elle.

Valérie Milot a souvent travaillé avec le chef invité pour le concert de ce samedi, Mathieu Lussier, particulièrement associé aux Violons du Roy. Ils ont partagé la scène une quinzaine de fois, dont à Edmonton l’an dernier, et le chef a participé aux enregistrements d’Orbis. «C’est un super bon chef, musicien et communicateur», apprécie la harpiste en parlant du maestro qui dirigera aussi les musiciens de l’OSTR dans la Symphonie no 40 de Mozart ce samedi.

Cinéma

L’innocent: la vie n’est pas tendre pour les naïfs

Quand, à la première image, on voit apparaître Emmanuel Bilodeau haletant et blessé sur le plancher nu d’une grande cage, on est loin de s’attendre à la suite ou de soupçonner la comédie qui suivra. Il faudra les 90 minutes de péripéties absurdes et rocambolesques d’Innocent pour comprendre comment il s’est retrouvé là. Et ce ne sera pas la seule surprise, loin de là.

Emmanuel Bilodeau incarne Francis, un homme bien sous tous rapports qui fait face à un enquêteur qui, pour comprendre son dossier, a besoin que notre héros lui explique pourquoi il a fait une fausse déclaration. Pour ce faire, Francis va devoir raconter quelques épisodes de sa vie récente qui l’ont mené jusqu’à cet interrogatoire. Il sera question d’un gros lot à partager ou pas, de voisins bruyants et pas très catholiques, d’un malfrat irrespectueux, d’une voisine gentille mais un peu fêlée et d’une ancienne flamme que Francis aurait préféré ne jamais avoir connue.

Tout cela sur le ton de la comédie absurde mais rendue assez plausible par le personnage de Francis, l’innocent du titre. Par sa naïveté, parfaitement incarnée par Emmanuel Bilodeau, il subit les dérapages de la réalité comme d’incontestables fatalités. Simplement mené par sa bonne volonté et face à des gens rarement dignes de confiance, il s’embourbe, mais met toujours une belle vigueur à se dépatouiller de ces situations invraisemblables. 

Innocent fait toute la place à Emmanuel Bilodeau qui fait sien ce film de bout en bout avec son énergie débridée et son sens du comique qui l’amène ici à ne jamais jouer les gags mais à se laisser porter par les situations. Avec son débit verbal hors de contrôle, on le sent si libre et à son aise qu’on le soupçonne d’improviser des répliques.


Cinéma

Le ténébreux devenu comique

On ne pourrait tout simplement pas imaginer Francis, personnage central dans la comédie Innocent avec une autre tête que celle d’Emmanuel Bilodeau.

Le comédien a d’ailleurs accepté le rôle sans même lire le scénario, rien qu’à entendre Marc-André Lavoie lui raconter cette histoire pourtant assez complexe à résumer. «J’ai tout de suite senti que c’était un personnage qui était proche de mon instinct comique et de ma créativité. J’ai compris que Marc-André me faisait totalement confiance, qu’il me laisserait la liberté de l’interpréter comme je le sens. J’ai aussi été inspiré par l’énergie et la passion de ce réalisateur.»

Le comédien converti à l’humour au cours des dernières années a voulu dessiner ce personnage proche de ce qu’il est lui-même. «Je ne suis pas aussi innocent que Francis, rigole Bilodeau, mais je crois être foncièrement bon et certainement un peu candide. Pas au point de me lancer tête baissée dans des actions aussi folles que Francis le fait mais je suis volontaire, moi aussi.»

Fidèle à une règle d’or dans un certain type d’humour, l’acteur de 53 ans évite de jouer les gags; il laisse l’aspect comique de chaque situation créer la drôlerie. «Je ne peux pas dire que c’était le fait d’une décision très réfléchie: c’est mon instinct qui m’a commandé de le jouer comme ça. En fait, je crois que je n’aurais tout simplement pas su le jouer autrement qu’en m’investissant de cette façon. En travaillant sur mon spectacle d’humour solo, j’ai énormément appris. J’ai appris à faire rire et certaines des règles pour y arriver. Pour moi, ce qui fonctionne, c’est d’être toujours vrai. C’est ma façon à moi d’être comique et dans ce cas-ci, c’était particulièrement pertinent parce que ce n’est pas une pure comédie.»

«Ça joue vraiment sur la ligne entre la comédie et le drame. C’est un peu comme l’humour que j’aime tellement des frères Cohen, sans vouloir établir de comparaison entre leurs films et celui-ci: leurs personnages ne sont pas drôles en soi mais ils vivent des situations dramatiques mais quelque peu absurdes et ça crée un effet comique. Ici, ce sont les situations qui fabriquent le personnage: il est complètement emporté dans diverses affaires un peu folles qui lui échappent complètement et c’est en cela que ça devient drôle. Chacun peut probablement se reconnaître un peu là-dedans.»

«Vous savez, poursuit-il, mon but, sur un plateau, c’est de faire rire le réalisateur. C’est son film à lui et moi, je suis bon élève. J’ai proposé l’approche qui m’apparaissait juste mais Marc-André qui avait le dernier mot. Il a aimé ma proposition.»

Du drame à la comédie

Si la comédie occupe l’essentiel de l’actuelle carrière d’Emmanuel Bilodeau, il n’en a pas toujours été de même. «C’est fou parce qu’au début de ma carrière, je ne jouais que du drame. Les réalisateurs ne voyaient en moi que l’aspect ténébreux et j’adorais jouer ça. C’est le Sketch Show qui a été mon école de l’humour. Gilbert Dumas a été mon maître: c’est lui qui est venu me chercher pour ça parce que personne savait que j’aime faire rire.»

«C’est même compulsif chez moi. C’est comme ça depuis que je suis tout petit. Dès que j’ai compris que je pouvais faire rire les gens autour de moi, j’ai aimé ça comme j’aime aussi le drame. Mais aujourd’hui, faire de l’humour me rend heureux, sans compter qu’avec mon spectacle solo, dès 2011, j’ai pu expérimenter ce que c’est que de vivre de ma plume et ça aussi, ç’a été une révélation dans ma carrière.»

Or, malgré cette passion avouée, Emmanuel Bilodeau voit le rire comme tout sauf une solution facile. «Je ne recommande pas à mon pire ennemi de faire de l’humour. C’est terriblement difficile. C’est fragile, très délicat et ça exige énormément de travail.»

Pour l’instant, la facette de l’humoriste de scène est quelque peu en attente puisqu’il travaille à l’élaboration de son deuxième spectacle solo et comme il sera père pour la troisième fois en décembre prochain, il sait par expérience qu’il n’aura pas beaucoup de temps libre au cours des mois suivants. «Je vais bien faire quelques participations à gauche et à droite, mais je ne pense pas apparaître dans des gros projets avant environ un an et demie. Il y a un projet de film qui est à l’étape du dépôt auprès de la SODEC et Téléfilm Canada et si ça passe, ça va prendre du temps avant d’apparaître sur les écrans.»

Cinéma

Faire beaucoup avec peu

Au Québec, on peut faire un long-métrage profitant d’une distribution à grande échelle dans 41 salles avec un budget de production de quelque 500 000 $. La preuve en est faite par l’Innocent, du réalisateur Marc-André Lavoie, sorti vendredi à la grandeur de la province.

Il s’agit d’une comédie dramatique écrite à quatre mains par Lavoie et Adrien Bodson. Le film, on peut bien le dire, n’accuse en aucune façon son budget liliputien pour un long-métrage. Les créateurs ont fait preuve d’énormément de débrouillardise, ont profité de nombreuses faveurs de la part de toutes sortes de collaborateurs et ont misé sur ce qui est le moins coûteux dans un film: le scénario.

«Je suis extrêmement fier de ce qu’on a pu faire avec le budget dont on disposait, clame Lavoie à qui on doit aussi les films Bluff (2007), Y’en aura pas de facile (2010) ou Hot-Dog (2013). On s’est entouré de passionnés, beaucoup de jeunes dans les différents métiers du cinéma parce que j’aime travailler avec la relève. Au Québec, on le sait, nos techniciens sont réputés pour leur compétence et leur créativité. Je pense qu’on est arrivé à un moment dans l’évolution de l’industrie où le modèle d’affaires traditionnel est en train de changer. On voit des gens qui réalisent des films de qualité avec trois fois rien. C’est vraiment intéressant.» 

Par ailleurs, les deux affirment avoir écrit leur film en ayant en tête des interprètes bien précis qui ont pratiquement tous accepté de collaborer au projet pour pas cher. «Le rôle principal a été écrit pour Emmanuel Bilodeau au point où sans lui, je n’aurais tout simplement pas fait le film, affirme le réalisateur. Certains ont accepté après avoir lu le scénario alors que pour d’autres, je les ai simplement rencontrés et je leur ai raconté le scénario et ç’a été suffisant pour les convaincre.»

L’équipe a été limitée à quinze petits jours de tournage répartis sur quatre saisons, celles-ci venant situer les différentes histoires qui s’entrecroisent dans le film. C’est dire que les scénaristes ont travaillé avec une rigueur totale pour faire en sorte que leur récit soit sans faille. «On a pris la peine de s’attarder à un paquet de détails en apparence insignifiants pour la crédibilité du tout, explique Adrien Bodson. On a fait tout le découpage à l’avance pour arriver sur le tournage avec un plan très précis. On a insisté pour avoir des éléments de décors ou des accessoires qui viennent corroborer nos histoires même si aucun spectateur ne les remarquera au visionnement. Pour nous, c’est important. À mes yeux, c’est même pertinent de voir le film plus d’une fois pour bien saisir toutes sortes d’allusions ou de détails qui donne des indices sur la conclusion qui n’est pas celle à laquelle on s’attend.»

Il était d’autant plus pertinent d’être rigoureux que le genre de la comédie romantique est très délicat, la ligne entre un film réussi ou un flop est très mince. «On joue constamment sur la limite entre le drame et la comédie, explique Marc-André Lavoie. Ce qui arrive à notre personnage principal pourrait être vu comme un drame mais l’absurdité de certaines situations en fait une comédie. À travers ces mésaventures, le personnage participe à une courbe dramatique par laquelle un changement arrive. Autant il est victime des situations qu’il vit, autant, ce sont ces situations qui le changent et le mène à une heureuse conclusion. J’aime quand on sort du visionnement d’un film avec une dose d’optimisme.»

Les deux créateurs l’ont affirmé sur plusieurs tribunes, sans avoir cherché à en faire une œuvre à message, le film porte quand même une revendication contre les préjugés. «Les spectateurs vont se faire une idée du personnage central et leurs préjugés vont être déjoués, prédit Adrien Dobson. On a joué avec les codes du cinéma pour qu’il en soit ainsi. Bien sûr, on voulait que ce soit une comédie mais on n’y rit pas forcément. Dans le cours de l’écriture, on a inséré des blagues, mais on les a enlevées parce qu’elles brisaient le ton et le rythme soutenu de l’ensemble. La comédie naît davantage des situations tordues auxquelles le personnage principal est confronté et de la façon qu’il a de les aborder.»

Week-end

Alain Lefèvre, résurrecteur d'André Mathieu

Alain Lefèvre est avant tout un artiste. Mais le plaideur n'est jamais très loin, dans la conversation. Ses principaux chevaux de bataille concernent l'importance de la culture en général, de la musique classique en particulier, et la valorisation de la relève et des créateurs québécois. Depuis maintenant 40 ans, il se dédie à la réhabilitation de l'oeuvre du compositeur André Mathieu, décédé prématurément en 1968.
Le samedi 16 septembre, en ouverture de la 40e saison de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières, il interprétera le Concerto no 3 en do mineur «Concerto romantique» d'André Mathieu, anciennement connu sous le nom de Concerto de Québec. En mars 2010, il avait livré le Concerto no 4 de Mathieu, sous la direction du chef émérite de l'OSTR, Gilles Bellemare, qui avait reconstitué l'oeuvre. Maestro Bellemare avait transcrit et orchestré les fragments de ce concerto d'André Mathieu, décédé à 39 ans en laissant plusieurs esquisses et brouillons d'oeuvres.