Randy Bachman aura sans doute marqué cette 10e édition par le plaisir qu’il a procuré aux plus de 5000 spectateurs venus se retremper dans des décennies antérieures.

Voyage dans le temps avec Randy Bachman

TROIS-RIVIÈRES – Autre salle comble à l’Amphithéâtre, autre valeur sûre sur la scène avec le bon vieux Randy Bachman. Samedi soir, ce sera le tour d’une pure légende: Buddy Guy. La 10e édition de Trois-Rivières en Blues s’annonce non seulement comme un succès mais une des plus populaires en termes de contenu et ce n’est certainement pas le grand public qui va s’en plaindre.

La soirée de vendredi nous force à rendre hommage aux programmateurs de l’événement pour leurs choix judicieux en premières parties des stars. Après la savoureuse Samantha Fish jeudi, on a offert la scène à Roomful of Blues vendredi. Huit musiciens, déjà, ce n’est pas si courant dans un blues traditionnel dense et lourd qui ne s’empêche pas de danser le boogie-woogie à l’occasion.

Le groupe du Rhode Island dont le compteur indique une cinquantaine d’années d’existence (avec différents musiciens) a donné un air festif à l’immense scène qu’il avait l’avantage d’habiter autant physiquement qu’avec sa sonorité joufflue. Leur musique on ne peut plus accessible a redonné sa place à un bon vieux son traditionnel quelque peu revampé mais bon enfant. La vie est trop courte pour se priver bien longtemps de saxophones et de trompette.

Alors que le rock a pris pas mal de place avec d’immenses têtes d’affiche sur la grande scène pour les deux premières soirées, Roomful of Blues a redonné son nom et sa vocation à l’événement. Bon choix.

Ce qui ne veut évidemment pas dire que Randy Bachman n’avait pas sa place. Bien au contraire: le vieux rocker aura sans doute marqué cette 10e édition par le plaisir qu’il a procuré aux plus de 5000 spectateurs venus se retremper dans des décennies antérieures marquées par The Guess Who, Bachman-Turner-Overdrive ou... les Beatles.

Randolph Charles Bachman est en soi une machine à voyager dans le temps sur les ailes de succès. Et comme le guitariste connaît son public et ce qu’il désire entendre, il ne l’a pas fait languir attaquant sans cérémonie l’inaltérable These Eyes (1968) dès la troisième chanson. Il y a eu un profond soupir de satisfaction qui a émané de la foule. Il faut battre le fer quand il est chaud, dit-on, alors, Bachman a enchaîné avec Ain’t Seen Nothing Yet (1974). Deux mégasuccès, dans un une-deux décoché sans avertissement aussi tôt dans l’affrontement: il faut avoir des ressources pour se permettre un culot pareil. La suite devait lui donner raison. M. Bachman a enchaîné les succès comme si de rien n’était: She’s Come Undone, Four Wheel Drive, Looking Out for No. 1, Let it Ride., Hey You...

Les seules réactions du public trahissaient à chaque fois la valeur des chansons. Aux premiers accords de American Woman, les gens ont non seulement fait entendre leur satisfaction mais ils se sont levés d’un coup. Bachman a simplement souri dans sa barbe. Il connaît depuis longtemps l’effet que font ses plus gros succès.

Les seules pauses dans l’enchaînement des chansons sont venues de légers problèmes techniques qui ont forcé l’intervention des techniciens de scène pour ajuster une courroie de guitare, une pédale ou alors une cymbale. Il faut dire que les papies du rock canadien n’ont pas nécessairement épargné le matériel: ce n’était pas dans les mœurs de l’époque où ces chansons ont été composées.

Comme s’il n’avait pas assez de ses propres chansons, Bachman en a repris d’autres d’un certain George Harrison qu’il a remanié à sa façon. Pour While My Guitar Gently Weeps, il a fait apparaître un copain venu se payer la traite: Steve Strongman. Sympathique.

Si vous pensez que Bachman et George Thorogood sont des légendes vous n’avez probablement pas tort. Mais alors, samedi soir, c’est plus qu’une légende qui sera la vedette de la soirée: Buddy Guy. Un Dieu? J’espère que vous avez votre place au paradis.

La soirée débute à 19 h avec Steve Strongman qui est d’ailleurs venu s’immiscer dans le spectacle de son ami Bachman vendredi pour l’interprétation de While My Guitar Gently Weeps de George Harrison. Ronnie Baker Brooks et Billy Branch suivront à 20 h 30.