La filière trifluvienne de Voïvod, le guitariste Daniel «Chewy» Mongrain et le bassiste Dominic «Rocky» Laroche, entourant le chanteur Denis «Snake» Bélanger lors d’une répétition du groupe à Montréal.

Voïvod, toujours aussi pertinent

TROIS-RIVIÈRES — Qui a dit que la scène heavy metal n’offrait que du réchauffé et n’était plus d’actualité depuis des lustres? Sûrement pas les membres du légendaire groupe Voïvod, qui ont encore une fois repoussé les limites de leur art sur leur dernier album, intitulé The Wake, paru il y a quelques semaines à peine.

Ce dernier opus du quatuor à moitié trifluvien depuis 2014, alors que le bassiste Dominic «Rocky» Laroche a rejoint le guitariste Daniel «Chewy» Mongrain qui chaussait les grands souliers du défunt Denis «Piggy» D’Amour depuis 2008, a d’ailleurs fait l’objet de plusieurs critiques élogieuses depuis sa sortie le 21 septembre dernier. Un journaliste du réputé magazine américain Rolling Stone a notamment été dithyrambique, qualifiant ce nouvel effort studio de retour aux racines progressives du groupe qui célèbre son 35e anniversaire. Dans la même critique, Hank Shteamer salue également l’apport de Chewy, qu’il n’hésite pas à comparer à celui de son prédécesseur, décédé d’un cancer du côlon en 2005.

Fidèle à son habitude, le guitariste trifluvien demeure humble quand on lui rappelle que ses prouesses créatives sont reconnues à l’échelle internationale. Question d’échapper un peu aux projecteurs, il préfère mettre l’accent sur l’efficacité d’un nouveau processus créatif collectif, la qualité des textes du chanteur Denis «Snake» Bélanger et la puissante présence de la section rythmique composée de Laroche et du batteur Michel «Away» Langevin. Néanmoins, il reconnaît qu’il prend de plus en plus de place dans l’ensemble musical qui roule sa bosse depuis les années 1980.

«Ça fait dix ans que je suis dans le groupe et les gens commencent à se rendre compte que j’en fais partie! Je commence à laisser ma couleur. [...] Piggy était le maestro et arrangeur principal du groupe. J’ai pris un peu sa place malgré moi et parce que je suis guitariste, mais ça demeure un collectif. Tout le monde amène ses idées. Chaque personne apporte sa personnalité. C’est pour ça que c’est riche comme ça. On s’influence l’un et l’autre, mais ça prend quelqu’un pour rapatrier les idées et les mettre en ordre pour les enregistrer. Et ça, c’est un peu mon rôle présentement», explique le guitariste et enseignant en musique au Cégep de Joliette.

Alors que Mongrain avait déjà participé à un autre album studio officiel depuis son arrivée au sein du groupe, The Wake constituait le baptême voïvodien de Laroche. Fan de la première heure du groupe originaire du Saguenay, celui qui multiplie les collaborations avec des artistes très variés depuis des années avoue qu’il a en quelque sorte réalisé un rêve de jeunesse en faisant résonner ses quatre cordes sur cet album. Fait à noter, l’enregistrement et le mixage s’est déroulé sporadiquement au cours de la dernière année au studio Radicart, situé à Notre-Dame-du-Mont-Carmel et propriété de Francis Perron, également membre du groupe Bears of Legend. Ami de longue date de Mongrain et Laroche, il a d’ailleurs joué au réalisateur lors des séances d’enregistrement. Il avait également réalisé le EP Post Society en 2016, qui avait été en quelque sorte une pratique en studio pour celui qui a donné plus de 200 concerts avec ses nouveaux collaborateurs depuis 2014.

«Je sais ce que le fan de Voïvod en moi a envie d’entendre. Je sais quand une ligne de basse fait plus Voïvod ou moins. Ç’a été beaucoup de travail, mais avec de bons résultats. Je referais la même chose de A à Z», lance le bassiste.

Un dynamique duo

Même si les deux membres originaux toujours en place peuvent se vanter d’avoir joué aux quatre coins du globe au cours de leur carrière et possèdent un bagage d’expérience leur permettant de bien cibler ce qui est bon ou mauvais pour leur groupe, ils laissent tout de même suffisamment de latitude aux «petits nouveaux» pour qu’ils puissent s’exprimer, et ce, autant en studio que sur scène. Selon Mongrain et Laroche, Voïvod est plus que jamais un quatuor et ils considèrent que ça s’entend sur The Wake ainsi que lors des prestations scéniques. Le groupe revient justement d’une tournée de plusieurs semaines en Europe au cours de laquelle la réponse du public a été très bonne. Par ailleurs, des pourparlers sont en cours relativement à de prochaines tournées ailleurs dans le monde.

«C’est certain que l’on veut battre le fer pendant qu’il est chaud avec l’album et le 35e anniversaire. Il y a des offres intéressantes sur la table», avoue le guitariste.

«Nous avons une très belle équipe en place présentement et ça va super bien», ajoute son comparse trifluvien.